Je me propose d'analyser très brièvement les résultats électoraux du 1er tour des élections présidentielles dans le Sud-Ouest de la France qui me semblent mettre en avant deux faits peu étudiés :
- Consolidation du vote frontiste dans la vallée de la Garonne depuis l'estuaire de la Gironde jusqu'en amont de Toulouse et émergence de nouveaux foyers de vote extrême.
- Consolidation de la dichotomie entre campagnes rurbanisées et centre-villes bobos, ce phénomène n'étant pas sans relation avec le précédent.
I - Une carte politique inchangée en apparence
Il faut dire que de prime abord, les résultats du 1er tour ne semblent pas faire émerger de nouvelles tendances : le Sud-Ouest de la France (je m'intéresse essentiellement aux régions administratives iniques dites Aquitaine et Midi-Pyrénées) reste une région de centre-gauche, conformément à son histoire politique radical-socialiste. A ce titre, le vote Hollande a eu les faveurs d'une majorité de l'électorat.
D'autres grandes tendances persistent : le Pays Basque intérieur (Soule exceptée) reste marqué par le vote à droite anciennement RPR, le vote "Inchauspé" j'ai envie de dire. Tout comme d'ailleurs l'Aveyron même si au fil des années on constate un basculement vers la gauche (pour un phénomène similaire, cf le vote breton sur 30 ans). Les Landes restent une terre de gauche, tout comme le Sud-Gironde voire le Tarn. Mais en somme, ces phénomènes ne sont pas intéressants, c'est le temps long d'une génération politique, les nouveautés à ce titre sont bien plus intéressantes car elles permettent d'induire ce qu'il en sera dans 20-30 ans.
II - Les nouvelles tendances qui dessinent l'avenir
1. Le vote abertzale au Pays Basque
Parmi ces nouvelles tendances, l'une qui retient mon attention, c'est l'importance toute relative et conjuguée du vote Poutou-Joly (jusqu'à 15%) dans le Pays Basque intérieur. Très clairement, se dessine là l'émergence d'un vote abertzale qui parvient, autant que je sache, à convertir parmi la jeunesse paysanne de Basse-Navarre et du Labourd intérieur, l'ancien vote conservateur traditionnel ex-RPR en vote alter, avec ce paradoxe de l'Histoire que ce nouveau vote est tout aussi patriote que l'ancien, je veux dire par là qu'il n'est qu'une adaptation à la nouvelle donne historique, contre un certain changement, contre une normalisation sur un modèle français (cf les luttes sur la chambre d'agriculture par exemple). De la même manière qu'au Pays Basque espagnol, le carlisme a donné le vote Amaiur d'aujourd'hui.
En tout état de cause, la constitution d'une conscience politique basque se renforce, Soule exceptée, le gouffre avec le Béarn n'a jamais été aussi grand, ce qui pose véritablement la question du dialogue politique à l'intérieur des Pyrénées-Atlantiques à l'avenir. Il ne faut évidemment pas prendre en compte les résultats de la côte, c'est une colonie de retraités franciliens.
2. Le vote frontiste dans la vallée de la Garonne
L'autre phénomène intéressant, c'est bien évidemment le vote frontiste, et sa dynamique propre dans le Sud-Ouest. J'identifie désormais une "vallée" frontiste, celle de la Garonne (en rouge).
Je me propose de faire une brève analyse de l'embouchure aux environs de Toulouse :
- En Médoc, le vote FN est très clairement la rencontre de votes qui auparavant trouvaient leur satisfaction dans d'autres candidats : le vote chasseur (ex-Nihous) et le vote viticole (ex-RPR). Les mêmes causes expliquant les mêmes conséquences, il doit être possible d'induire des raisonnements similaires pour la rive charentaise de l'estuaire ("Cognac"), le Nord-Gironde et l'Entre-Deux-Mers.
- Il faut noter que les Graves et les environs de Langon restent néanmoins fidèles au vote de gauche. La donne change dès que l'on entre en Réolais qui annonce le vote lot-et-garonnais des villes de la plaine (Marmande, Tonneins, ...). A mon sens, l'analyse est relativement claire : il s'agit d'un vote de rejet des populations immigrées en nombre important dans ces villes. Ce vote est porté par les descendants à la 3ème génération des immigrés italiens, en nombre dans cette vallée maraichère, venus "coloniser" cette terre après les massacres de 14-18, sur impulsion de la IIIème République. Il faut y ajouter l'adstrat du vote pied-noir, notamment vers Montauban. Au fond, on a là un vote assez similaire à ce qui se passe en Provence.
La nouveauté de ce vote frontiste, c'est qu'il s'étend désormais aux communes rurales aux alentours. Là aussi, il rallie le vote chasseur. Mais à mon avis, son apport le plus important provient du vote rurbain, celui des classes moyennes "blanches" déclassées qui font construire à la campagne pour pas cher leur petit pavillon dégueulasse. J'y reviendrai, je pense que c'est la constituante principale du vote FN en Toulousain.
- Toulouse est clairement perdue pour la droite et sans-doute à long terme. Les raisons sont simples, c'est la conjonction du vote banlieusard et du vote bobo du centre-ville, les classes plus huppées traditionnellement à droite ayant migré en périphérie, tandis que les classes ouvrières et moyennes "blanches", qui ont opéré un transfert du PCF/PS vers le FN, ont également été exfiltrées des villes pour des raisons foncières, se retrouvant à la campagne, condamnées à des vies de "commuteurs".
C'est donc là à mon sens les raisons du vote FN dans les vallées de la Lèze, de l'Arize, et plus généralement en Murétain et Volvestre, bref en amont de Toulouse, dans ce qui est le paradis pavillonnaire rurbain. L'exil des classes moyennes des villes a pour conséquence la consolidation d'un vote de rejet des élites traditionnelles. C'est le monde des petits entrepreneurs, des salariés déclassés qui passent leur budget en essence, des lotissements uniformes. De manière tout à fait consciente, la classe politique n'entend plus parler à cet électorat, du moins n'entendait plus le faire. Il faut dire que d'une certaine manière, toute la France institutionnelle - notamment la décentralisation mal ficelée à la française qui emporte la concurrence des communes de périphérie pour attirer les nouveaux-venus, au lieu de les concentrer en ville - est organisée de façon à favoriser ce clivage entre ville et campagne rurbaine, forcées de cohabiter dans la référence métropolitaine, mais qui développent des sociologies irrémédiablement distinctes.
Pour caricaturer les choses, disons que la France contemporaine, ce sont des métropoles constituées comme suit :
- un centre-ville où s'épanouit une population bobo déconnectée des enjeux réels, bénéficiant des savoirs et de la mondialisation, en communication avec le monde via un réseau de transport efficient (TGV, avion,, ...). Ces populations votent centre-gauche, écolo, centriste. Et Mélenchon parfois pour s'encanailler. Elles constituent le background culturel de l'élite française.
- des "Bantustans" en périphérie proche où se développe une culture parallèle dite "de banlieue" (en fait, une culture mondialisée de ghetto, rendue possible par la mondialisation médiatique, la même depuis les faubourgs pakistanais de Londres jusqu'au Bronx) culture sur laquelle un service public de l'éducation déficient n'a plus prise. Ces populations votent "communautaire", en l'espèce PS, dans la mesure où les élites socialistes y ont généralement constitué leur clientèle électorale, parfois de façon très consciente (cf Terranova).
- des villes "blanches" en périphérie lointaine, peuplées des anciennes classes laborieuses des villes, tout du moins de leurs descendants, vivant dans le rêve d'une France de propriétaires, de la tondeuse le samedi, de la piscine l'été. Ces populations ont voté Sarkozy en 2007, Le Pen en 2012.
Si l'on devait appliquer à Toulouse, ce modèle, on a bien un centre-ville bobo (Carmes, ...), des Bantustans (Le Mirail, ...) et la périphérie lointaine "blanche" (la vallée de la Garonne en amont, jusque très loin en Comminges).
Je pense que ce phénomène d'éclatement géographique a pour conséquence que pour la première fois depuis longtemps, la sociologie politique d'une région donnée colle avec sa situation géographique. Cette analyse demanderait confirmation dans d'autres métropoles. Mais aussi dans des villes petites ou moyennes : une ville comme Tonneins semble répondre à ce schéma (centre-ville encore relativement à gauche, communes rurbaines voisines comme Fauillet ou Varès pour le FN).
En tout état de cause, ce phénomène de la rurbanisation - renforcé par l'héliotropisme - expliquera dans les années à venir la montée en puissance du FN dans le Sud-Ouest de la France, à l'image de ce qui s'est passé en Provence. On constate ainsi déjà par exemple dans la Haute-Lande des foyers de pénétration très surprenants, mais qui sont bien en phase avec ce que l'on sait du boom démographique (lire : populations franciliennes fuyant la banlieue) dans cette partie du département, non loin de la côte.
Quant à la leçon politique à tirer de tout cela, l'analyse froide des données ne suffisant pas à mon sens, elle est double :
- c'est l'échec de décennies de politiques françaises, notamment en matière d'aménagement du territoire, de politique industrielle et de décentralisation. Il faut à tout prix mettre fin à l'étalement urbain (qui de toute façon n'est pas viable, ni écologiquement, ni socialement), se doter du cadre juridique nous permettant de maintenir in situ une industrie (pourquoi pas sous la forme de coopératives ?) et revenir sur la décentralisation de 1982 qui n'a pas donné aux bons échelons les bonnes compétences (la commune ne doit plus disposer de la compétence urbanistique).
- toute personne désireuse de se lancer dans la vie publique, de gauche comme de droite, devra tenir compte de ces données nouvelles, devra chercher à parler à l'électorat FN, ne pas l'ostraciser donc, bien au contraire, car c'est lui qui dans les années à venir déterminera les politiques à suivre ...
Béarniaiseries et occitâneries
Réflexions autour du peuple gascon
mercredi 25 avril 2012
mardi 21 février 2012
Toulouse 1920-1940 : La Ville et ses architectes (compte-rendu de lecture)
J'ai acheté le livre "Toulouse 1920-1940. La Ville et ses architectes" qui est relativement intéressant sur une période qui a vu dans les villes du Sud-Ouest une véritable expérience de renouveau régional, via l'Art-Déco.
Cependant, ce livre, qui est écrit par l'école d'architecture de la ville, est de manière assez surprenante, très sévère avec le style néo-basque inspiré d'Arnaga.
Pour résumer, il est nié tout caractère régional à ce style, assimilé au rêve de vacances des anciens ruraux qui nieraient leurs racines.
Je crois que l'on a un exemple de plus du manque cruel d'études sur la question du style néo-basque.
A la lecture du livre, la seule Toulouse qui existerait serait ce mirage de briques réinventé au XIXème siècle.
Les auteurs du livre n'ont absolument pas conscience qu'à quelques encablures de Toulouse, en Lomagne, en Volvestre, partout des maisons rurales vasconnes, en tout point semblables aux maisons basques, en tout cas dans l'aspect général.
La maison néo-basque sur Toulouse, loin d'être la honte des origines, est au contraire un style profondément populaire, opposé au fond au renaissantisme snob néo-Hôtel d'Assezat.
Le livre date de 1991. Il marque le retournement idéologique des années 90 qui a fait le procès des époques qui précédaient.
Aujourd'hui encore, les architectes n'ont plus conscience de la force de la maison néo-basque pour une génération de paysans venus à la ville, ce qu'elle disait de l'inconscient collectif d'une population déracinée, qui certes rêvait de mer, mais retrouvait également des formes familières.
Les architectes de la fin du XXème siècle et du début du XXIème siècle font de Toulouse une autre ville, une ville qu'ils veulent méditerranéenne, ils ne comprennent pas que la brique est un matériau friable que l'on recouvrait d'enduit, et qui n'était utilisé qu'à défaut de carrières de pierre.
Dans le même genre, dans le livre "15 promenades dans Toulouse", l'auteur, qui est paloise, parle d'une ville qui retrouverait enfin ses couleurs en se retrouvant méditerranéenne et ensoleillée une fois les enduits enlevés, enduits qu'elle précise être le fruit de l'ancien complexe des Toulouse vis-à-vis de la grisaille bordelaise, bref la volonté d'imiter Bordeaux. C'est ridicule.
Pour conclure brièvement, je crois qu'il y a aujourd'hui tout un mouvement intellectuel qui n'a plus de vision historique honnête et qui préfère le confort des stéréotypes médiatiques à la réflexion historique.
Les conséquences visibles (provençalisation rurbaine, méditerranisation urbaine) sur les lieux que nous pouvons fréquenter me semblent lourdes de conséquence.
J'espère que comme toute mode, nous en reviendrons.
Cependant, ce livre, qui est écrit par l'école d'architecture de la ville, est de manière assez surprenante, très sévère avec le style néo-basque inspiré d'Arnaga.
Pour résumer, il est nié tout caractère régional à ce style, assimilé au rêve de vacances des anciens ruraux qui nieraient leurs racines.
Je crois que l'on a un exemple de plus du manque cruel d'études sur la question du style néo-basque.
A la lecture du livre, la seule Toulouse qui existerait serait ce mirage de briques réinventé au XIXème siècle.
Les auteurs du livre n'ont absolument pas conscience qu'à quelques encablures de Toulouse, en Lomagne, en Volvestre, partout des maisons rurales vasconnes, en tout point semblables aux maisons basques, en tout cas dans l'aspect général.
La maison néo-basque sur Toulouse, loin d'être la honte des origines, est au contraire un style profondément populaire, opposé au fond au renaissantisme snob néo-Hôtel d'Assezat.
Le livre date de 1991. Il marque le retournement idéologique des années 90 qui a fait le procès des époques qui précédaient.
Aujourd'hui encore, les architectes n'ont plus conscience de la force de la maison néo-basque pour une génération de paysans venus à la ville, ce qu'elle disait de l'inconscient collectif d'une population déracinée, qui certes rêvait de mer, mais retrouvait également des formes familières.
Les architectes de la fin du XXème siècle et du début du XXIème siècle font de Toulouse une autre ville, une ville qu'ils veulent méditerranéenne, ils ne comprennent pas que la brique est un matériau friable que l'on recouvrait d'enduit, et qui n'était utilisé qu'à défaut de carrières de pierre.
Dans le même genre, dans le livre "15 promenades dans Toulouse", l'auteur, qui est paloise, parle d'une ville qui retrouverait enfin ses couleurs en se retrouvant méditerranéenne et ensoleillée une fois les enduits enlevés, enduits qu'elle précise être le fruit de l'ancien complexe des Toulouse vis-à-vis de la grisaille bordelaise, bref la volonté d'imiter Bordeaux. C'est ridicule.
Pour conclure brièvement, je crois qu'il y a aujourd'hui tout un mouvement intellectuel qui n'a plus de vision historique honnête et qui préfère le confort des stéréotypes médiatiques à la réflexion historique.
Les conséquences visibles (provençalisation rurbaine, méditerranisation urbaine) sur les lieux que nous pouvons fréquenter me semblent lourdes de conséquence.
J'espère que comme toute mode, nous en reviendrons.
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Architecture
dimanche 5 février 2012
ALG : Mézin (47)
Première tentative de sous-titrage des données sonores de l'Atlas Linguistique de Gascogne avec Mézin (47) : à terme, je tenterai de mettre en ligne de la sorte tous les fichiers, mais cela demande du temps ... Le but est de porter à la connaissance du jeune public des enregistrements qui permettent de se faire une idée de l'ancienne prosodie gasconne, ainsi que de la prononciation, de manière à ce que les néo-locuteurs améliorent leur langue.
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Langue
dimanche 29 janvier 2012
"La Gascouigno desoulado" (suite)
Je continue de relever quelques faits intéressants. Ainsi on peut trouver trois dédicaces faites par des collègues curés avec lieu d'indication de la paroisse :
Je laisse aux linguistes de la liste le soin de faire de plus amples analyses mais il est évident que les parlers de Mauressac et de Mauzac & Aurilbail sont gascons. Pour le parler de Lagrâce-Dieu, c'est plus ambigu : or Mauressac est tout à fait voisin ! Il est possible que la provevance des "ritous" (recteur je suppose) en soit la cause.
En tout cas, la langue du curé de Mauressac est pleinement gasconne : h gascon, vocalisation de l, ll final devient t, ... Remarquez que l'article toulousain masculin "le" n'est pas utilisé contrairement à la version de Lagrâce-Dieu ! Pierre Bec a montré que le h gascon dans les années 50 atteignaient toujours Mauressac, à quelques encablures de Cintegabelle.
La langue du curé de Mauzac et Auribail est également gasconne : h gascon, vocalisation du l, forme gasconne des verbes ("bese" là où Lagrâce-Dieu a "beiré"). Remarquez dans les trois textes que "j" à l'initiale se prononce "y" : "lou ioc" à Mauzac, "iamay" à Lagrâce-Dieu.
Difficile de tirer des conclusions de textes dont on ne sait rien des auteurs, mais en tout cas, il y a discontinuité évidente entre la langue utilisée par le curé de Lagrâce-Dieu et celle du curé de Mauressac, paroisses voisines.
A l'autur,
Amic nou't plaignés deus malurs,
Que t'an heit aquets grans boulurs,
Nou te'n plaignés pas dauantatgé,
Que certos lou Lenguadoc ;
E tout pays es au pilhatgé,
Auta plan qu'es estat toun loc.
D.Azema. Ritou de Mourassac
***
Amic nou't plaignés deus malurs,
Que t'an heit aquets grans boulurs,
Nou te'n plaignés pas dauantatgé,
Que certos lou Lenguadoc ;
E tout pays es au pilhatgé,
Auta plan qu'es estat toun loc.
D.Azema. Ritou de Mourassac
***
Au medis
Ny lous pistoulets a rouët,
Ny l'usatge de bieillos glaços,
Ny la bieillo gloso deu dret,
Ny d'un soulat las grans grimassos,
Ny mes lou ioc deu piperouët,
Nou se trobon pas en Lasplaces,
Soun esperit a tout lou moun,
He bese u Mercuro Gascoun
I.Landes. Ritou de Mauzac & d'Auribailh
***
Ny lous pistoulets a rouët,
Ny l'usatge de bieillos glaços,
Ny la bieillo gloso deu dret,
Ny d'un soulat las grans grimassos,
Ny mes lou ioc deu piperouët,
Nou se trobon pas en Lasplaces,
Soun esperit a tout lou moun,
He bese u Mercuro Gascoun
I.Landes. Ritou de Mauzac & d'Auribailh
***
Au medis
Bous meritats uno courouno,
Encaro que siatz courounat,
L'esprit de Diu à toutis douno,
A bous be boun a plat dounat,
Per iamay les mals fasets beiré,
Aus Gascous que n'ac pouirion creiré.
D.Aliens. Ritou de la Gracio Diu
Bous meritats uno courouno,
Encaro que siatz courounat,
L'esprit de Diu à toutis douno,
A bous be boun a plat dounat,
Per iamay les mals fasets beiré,
Aus Gascous que n'ac pouirion creiré.
D.Aliens. Ritou de la Gracio Diu
Je laisse aux linguistes de la liste le soin de faire de plus amples analyses mais il est évident que les parlers de Mauressac et de Mauzac & Aurilbail sont gascons. Pour le parler de Lagrâce-Dieu, c'est plus ambigu : or Mauressac est tout à fait voisin ! Il est possible que la provevance des "ritous" (recteur je suppose) en soit la cause.
En tout cas, la langue du curé de Mauressac est pleinement gasconne : h gascon, vocalisation de l, ll final devient t, ... Remarquez que l'article toulousain masculin "le" n'est pas utilisé contrairement à la version de Lagrâce-Dieu ! Pierre Bec a montré que le h gascon dans les années 50 atteignaient toujours Mauressac, à quelques encablures de Cintegabelle.
La langue du curé de Mauzac et Auribail est également gasconne : h gascon, vocalisation du l, forme gasconne des verbes ("bese" là où Lagrâce-Dieu a "beiré"). Remarquez dans les trois textes que "j" à l'initiale se prononce "y" : "lou ioc" à Mauzac, "iamay" à Lagrâce-Dieu.
Difficile de tirer des conclusions de textes dont on ne sait rien des auteurs, mais en tout cas, il y a discontinuité évidente entre la langue utilisée par le curé de Lagrâce-Dieu et celle du curé de Mauressac, paroisses voisines.
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vendredi 20 janvier 2012
"La Gascouigno desoulado"
Je viens d'acheter "La Gascouigno desoulado" aux éditions Letras d'oc, un texte par un dénommé Lasplaces sous le règne de Louis XIV, qui fait la litanie des ravages de la Fronde en Gascogne, de Toulouse à Bordeaux, en passant par Pau, même s'il s'agit surtout d'une évocation de la Gascogne garonnaise et du Gers moderne.
Sont très intéressantes les formes données par le curé Lasplaces des villages. Ainsi, Agen est dit « Agens » de manière assez curieuse, alors que Bordeaux est « Bourdeus » (comme en catalan et espagnol en somme, avec la réadaptation du –s final qui n'est pas étymologique, et est probablement une influence francisante).
Aiguillon est dit Aguilhon, comme si le o final avec nasale n'avait pas encore été fermé en –oun (il y a d'autres exemples jusqu'au XVIIIème siècle). Bajonette se dit Baiouneto et Goujon Gouioun, confirmation que j se prononçait y partout en Gascogne en des temps pas si anciens. L'abbé Lasplaces graphie le v intervocalique u : Billonauo par exemple. Casteljaloux est bien Castetgelous, Astaffort est Estahort mais Fontenilles et Fonsorbes sont Fountanilhos et Founsorbos.
Fals en Bruilhois est Hals (ce qui sous-entend je suppose Halhs) car dans le même texte, Fieux est Hius. La Sauvetat (32) est La Saubedat avec une intéressante forme sonorisée. Lachapelle est Lacapero. On a confirmation que Lavardens est Lauardens et que le n final dans Lèguevin se prononçait à l'époque, en tout cas dans le gascon de Lasplaces, car il écrit Legobin.
Il y a une erreur dans le texte : Jean Eygun qui annote identifie Mouchac avec Mouchan (32) : je ne pense pas, Mouchac est seulement la forme gasconne de Moissac, sans yod. Yod qui apparait dans Seysses qui est Seissos (on attendrait en gascon Sechos). Puycasquier est Pouycasque, Pujaudran est Puiaudran (encore j prononcé y).
Enfin, confirmation finale : Tonneins en gascon est bien Tounens, et je suppose même qu'en certaines régions gasconnes, cela devait tendre vers du Tounenx. C'est en guyennais que l'on dit Tounen, car ces parlers sont plus lâches au niveau de la prononciation, déjà influencés par l'oïl en somme, en tout cas par le limousin.
Sont très intéressantes les formes données par le curé Lasplaces des villages. Ainsi, Agen est dit « Agens » de manière assez curieuse, alors que Bordeaux est « Bourdeus » (comme en catalan et espagnol en somme, avec la réadaptation du –s final qui n'est pas étymologique, et est probablement une influence francisante).
Aiguillon est dit Aguilhon, comme si le o final avec nasale n'avait pas encore été fermé en –oun (il y a d'autres exemples jusqu'au XVIIIème siècle). Bajonette se dit Baiouneto et Goujon Gouioun, confirmation que j se prononçait y partout en Gascogne en des temps pas si anciens. L'abbé Lasplaces graphie le v intervocalique u : Billonauo par exemple. Casteljaloux est bien Castetgelous, Astaffort est Estahort mais Fontenilles et Fonsorbes sont Fountanilhos et Founsorbos.
Fals en Bruilhois est Hals (ce qui sous-entend je suppose Halhs) car dans le même texte, Fieux est Hius. La Sauvetat (32) est La Saubedat avec une intéressante forme sonorisée. Lachapelle est Lacapero. On a confirmation que Lavardens est Lauardens et que le n final dans Lèguevin se prononçait à l'époque, en tout cas dans le gascon de Lasplaces, car il écrit Legobin.
Il y a une erreur dans le texte : Jean Eygun qui annote identifie Mouchac avec Mouchan (32) : je ne pense pas, Mouchac est seulement la forme gasconne de Moissac, sans yod. Yod qui apparait dans Seysses qui est Seissos (on attendrait en gascon Sechos). Puycasquier est Pouycasque, Pujaudran est Puiaudran (encore j prononcé y).
Enfin, confirmation finale : Tonneins en gascon est bien Tounens, et je suppose même qu'en certaines régions gasconnes, cela devait tendre vers du Tounenx. C'est en guyennais que l'on dit Tounen, car ces parlers sont plus lâches au niveau de la prononciation, déjà influencés par l'oïl en somme, en tout cas par le limousin.
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dimanche 13 novembre 2011
Road-trip en Espagne du Nord (Août 2011) - Deuxième Jour : de Santander (Cantabrie) à Gijón (Asturies)
Vous pouvez suivre la deuxième partie de mon "road-trip" en Espagne septentrionale sur le lien suivant :
Giri's 2011 road trip aka "Giri en España" / Day 2 : from Santander (Cantabria) to Gijón (Asturias)


Les commentaires sont toujours en anglais, je suis toujours disposé à traduire, voire à héberger ici même les photos si cela intéresse certains lecteurs. Quelques remarques :
- Bien que similaires somme toute, la Cantabrie et les Asturies se distinguent quelque peu, d'un point de vue géographique évidemment (les Asturies, en somme, ce sont les Pyrénées centrales qui tomberaient dans la mer quand la Cantabrie reste plus fidèle au canevas "basque" des moutonnements), mais également de l'ambiance qui peut se dégager, notamment à Gijón qui véritablement donne l'impression d'un univers espagnol maritime assez distinct - on pourrait s'imaginer en Uruguay du moins tel que je l'imagine - de la Biarritz espagnole qu'est Santander. Et encore, au deuxième jour, je n'ai pas encore vu les Asturies minières.
- Lors de la traversée de la Cantabrie, on ne peut que remarquer l'omniprésence du style architectural que l'on appelle parfois "vascon" dans certains cercles. Des vieilles villes comme Santillana ou San Vicente sont faites intégralement de telles maisons. La similitude avec le Pays Basque est frappante. Tellement frappante que par souci de se distinguer, j'ai pu constater que des mouvements cantabres entendaient mettre en avant une identité celtique. Bref, après la Galice et les Asturies, c'est au tour de la Cantabrie d'être contaminée par ce celticisme stupide sur fond de culture irlandaise américanisée, alors qu'il y a autrement plus de fierté à être l'un des berceaux de ce qui deviendra la vieille Castille (et dans le cas de la Galice, du Portugal).
- Bien que similaires somme toute, la Cantabrie et les Asturies se distinguent quelque peu, d'un point de vue géographique évidemment (les Asturies, en somme, ce sont les Pyrénées centrales qui tomberaient dans la mer quand la Cantabrie reste plus fidèle au canevas "basque" des moutonnements), mais également de l'ambiance qui peut se dégager, notamment à Gijón qui véritablement donne l'impression d'un univers espagnol maritime assez distinct - on pourrait s'imaginer en Uruguay du moins tel que je l'imagine - de la Biarritz espagnole qu'est Santander. Et encore, au deuxième jour, je n'ai pas encore vu les Asturies minières.
- Lors de la traversée de la Cantabrie, on ne peut que remarquer l'omniprésence du style architectural que l'on appelle parfois "vascon" dans certains cercles. Des vieilles villes comme Santillana ou San Vicente sont faites intégralement de telles maisons. La similitude avec le Pays Basque est frappante. Tellement frappante que par souci de se distinguer, j'ai pu constater que des mouvements cantabres entendaient mettre en avant une identité celtique. Bref, après la Galice et les Asturies, c'est au tour de la Cantabrie d'être contaminée par ce celticisme stupide sur fond de culture irlandaise américanisée, alors qu'il y a autrement plus de fierté à être l'un des berceaux de ce qui deviendra la vieille Castille (et dans le cas de la Galice, du Portugal).
samedi 27 août 2011
Road-trip en Espagne du Nord (Août 2011) - Premier Jour : de Hendaye à Santander (Cantabrie)
Vous pouvez suivre la première partie de mon "road-trip" en Espagne septentrionale sur le lien suivant :
Giri's 2011 road trip aka "Giri en España" / Day 1 : from Hendaye to Santander (Cantabria)
Les commentaires sont en anglais, je suis disposé à traduire, voire à héberger ici même les photos si cela intéresse certains lecteurs. Quelques remarques ethno-culturelles qui me semblent importantes sur ce premier jour destiné à rallier Santander, capitale de la Cantabrie :
- Les Etats-Nations au XIXème siècle ont fortement fait dévier la trajectoire des terres basques selon leur appartenance étatique. Qu'on le veuille ou non, Basques "espagnols" et Basques "français" possèdent des traits divergents saillants, ne serait-ce que dans la manière de gérer un territoire, voire le rythme de vie. Le cadre juridique influe sur une société. Nous le constaterons plus tard, au jour 5 du voyage dans les environs de Pasaia.
- L'Espagne est un pays formidable, dynamique, grandiose, envoutant : où que l'on aille des montagnes, des villes qui paraissent gigantesques. L'Espagne, ce sont des autoroutes qui surplombent la mer, des montagnes arasées pour fournir de la matière première, ... On est loin du maniérisme français si bien incarné dans l'imaginaire rurbain du petit pavillon banlieusard. La propreté est illustrative : l'Espagne est un pays propre, dans ses rues, ses campagnes, pas de bourgeoisie à caniche.
- D'un point de vue culturel, il est manifeste que "Hegoalde" constitue une nation qui fait montre de sa distinction en tout lieu, par le bilinguisme total, voire l'unilinguisme basque. La culture vernaculaire cantabre parait moins évidente, pour cause, elle constitue une partie intégrante de la culture castillane originelle. Cependant, on voit ci et là le drapeau nationaliste cantabre au lábaro. Par contre, partout le drapeau officiel. On voudrait la même chose en France, mais est-ce à dire qu'il faudrait supporter l'ignoble logo de la région Aquitaine en façade des administrations ?
- De manière plus sentimentale et géographique, la Cantabrie est un pays familier pour un Gascon : les paysages ressemblent sensiblement aux nôtres, vert immuable, champs de maïs, montagnes en arrière-plan. Pour ce qui est de l'architecture, il n'y a pour ainsi dire aucune différence notable avec le Pays Basque voisin. J'en dirai plus sur la Cantabrie prochainement et en quoi l'imaginaire vascon est plus fort que le projet occitan.
- Les Etats-Nations au XIXème siècle ont fortement fait dévier la trajectoire des terres basques selon leur appartenance étatique. Qu'on le veuille ou non, Basques "espagnols" et Basques "français" possèdent des traits divergents saillants, ne serait-ce que dans la manière de gérer un territoire, voire le rythme de vie. Le cadre juridique influe sur une société. Nous le constaterons plus tard, au jour 5 du voyage dans les environs de Pasaia.
- L'Espagne est un pays formidable, dynamique, grandiose, envoutant : où que l'on aille des montagnes, des villes qui paraissent gigantesques. L'Espagne, ce sont des autoroutes qui surplombent la mer, des montagnes arasées pour fournir de la matière première, ... On est loin du maniérisme français si bien incarné dans l'imaginaire rurbain du petit pavillon banlieusard. La propreté est illustrative : l'Espagne est un pays propre, dans ses rues, ses campagnes, pas de bourgeoisie à caniche.
- D'un point de vue culturel, il est manifeste que "Hegoalde" constitue une nation qui fait montre de sa distinction en tout lieu, par le bilinguisme total, voire l'unilinguisme basque. La culture vernaculaire cantabre parait moins évidente, pour cause, elle constitue une partie intégrante de la culture castillane originelle. Cependant, on voit ci et là le drapeau nationaliste cantabre au lábaro. Par contre, partout le drapeau officiel. On voudrait la même chose en France, mais est-ce à dire qu'il faudrait supporter l'ignoble logo de la région Aquitaine en façade des administrations ?
- De manière plus sentimentale et géographique, la Cantabrie est un pays familier pour un Gascon : les paysages ressemblent sensiblement aux nôtres, vert immuable, champs de maïs, montagnes en arrière-plan. Pour ce qui est de l'architecture, il n'y a pour ainsi dire aucune différence notable avec le Pays Basque voisin. J'en dirai plus sur la Cantabrie prochainement et en quoi l'imaginaire vascon est plus fort que le projet occitan.
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