mardi 22 décembre 2009

"Diccionario Geográfico-Histórico de España"

Par la "Real Academia de la Historia", à l'article Vascongadas :

"Los pueblos diseminados por la cuenca del Garona y calificados de gascones, no son vascos (...) han perdido, andando el tiempo, su lengua con su nacionalidad, y no son reconocidos como hermanos por los vascos franceses, quienes sólo consideran como tales a vizcaínos, guipuzcoanos, alaveses y navarros. Población: estos países, últimos restos de la antigua raza de los íberos, ocupan las dos vertientes de los Pirineos occidentales, entre Francia y España, repartidos en siete provincias, cuatro españolas y tres francesas".

Déjà en 1802, la conscience géographique du peuple gascon, l'idée de langue basco-aquitaine disparue. Ou plutôt que déjà, encore, non ?

Source :
http://www.plazanueva.com/MCW_desarrollo.php?contenidoID=1184138647

samedi 28 novembre 2009

Complément : la haute-vallée de la Lèze

En complément de mes petites remarques ariégeoises :

Etudions brièvement ces villages entre Foix et Séronais qui appartiennent au bassin de l'Ariège et non à celui de la Lèze (dont on a vu que nous pouvons supposer qu'elle a été languedocianisée par les hauteurs). Cette région est bien délimitée géographiquement :


(en noir : l'extension maximale de la toponymie gasconne)

Taille initiale

Commençons avec Artix. Il n'est pas certain que la signification soit la même que pour l'Artix béarnais, anciennement Artitz (alternance ts/cs), nom basque transparent qui signifie "pinède". Il y a de nombreux lieux-dits Artix en Guyenne et Languedoc. Actons du fait cependant que la toponymie peut être aquitaine (Alzen, Caralp, Escosse ??, le sont peut-être). Comme elle peut être celtique (Sabarthès par exemple contiendrait la racine celtique *sav).


Aucun toponyme qui ne laisse entrevoir un passé gascon, sauf à la rigueur Micheou s'il s'agit de Michel (vocalisation). Tuquet est quand même très gascon.

A Madière (-ièra<-arium), pas de toponyme gascon :


Pas plus à Saint-Victor :


Le nom d'Escosse est intéressant mais je doute franchement à en faire un toponyme aquitain en -osse. Ils sont absents de la Gascogne de l'Est où l'on trouve plutôt la variante -os. L'existence d'un village "Lescousse" au Nord plaide pour un autre lien, roman probablement.


Berduc et Cassouret sont les deux seules formations de distribution gasconne majoritaire.

Promenade dans la vallée de la Lèze aux confins du gascon

Frontière entre le gascon couseranais et le sud-languedocien fuxéen : la haute vallée de la Lèze est plutôt fuxéenne alors que la basse vallée est gasconne. Je vais faire la preuve que des traits gascons ont été connus également dans la haute vallée, il y a eu languedocianisation sur quelques villages par l'entremise de Foix (sachant cependant que le languedocien de Foix est très typé puisqu'il connait par exemple le que énonciatif gascon). Les parlers du Séronais ont également été passablement languedocianisés mais l'appartenance de cette région au Couserans antique ne fait aucun doute comme le prouve sa toponymie bascoïde : Alzen, Nescus, ...



Taille initiale


Commençons au Carla-Bayle. Le parler du Carla connait :

-nd- > -n-
-ll > -th
-arium > -èr
Conservation de kw et gw

En effet, la vallée de l'Arize ne vocalise plus mais les éléments toponymiques montrent que ce fut le cas.

Il connait aussi :

entà pour per
escriver pour escriure (réduction gasconne des étymons)
subjonctif dans les subordonnées de temps


Il apparait nettement que cette région, dans le diocèse de Saint-Lizier autrefois, donc dans le Couserans antique, a été plus ou moins parfaitement languedocianisé. Bec a fait la preuve en date de ses études (années 50-60) que la basse vallée de la Lèze jusqu'au confluent avec l'Ariège était gasconne. La toponymie le confirme. Je m'intéresserai à cette région prochainement.

Plus intéressante est la question de la haute vallée de la Lèze. La Lèze prend sa source dans le massif du Plantaurel dans une région à la géographie administrative médiévale très complexe : entre Couserans, Comté de Foix et enclaves languedociennes (au sens de la région historique qui comprenait donc des terres gasconnes : Seix par exemple).

Pour Bec, les premiers traits gascons apparaissent à partir d'Artigat-Pailhès : je fournirai les cartes pour savoir précisément lesquels. J'entends faire la preuve que la toponymie fait état de traits gascons en amont d'Artigat. Ce faisant, cela détruirait quelques hypothèses présentes dans cet article :

Questions de langues dans l'affaire Martin Guerre

La toponymie d'Artigat (le village de Claude Bergeaud soit dit en passant) est gasconne : Les Lanes, Pédescaux, Lardos, Petitoye, Coustelat, Loudas, ... Des formations que l'on ne trouve qu'en Gascogne. Il ne s'agit même pas de les analyser linguistiquement (Les Lanes montre la mutation nd>n), leur inexistence ailleurs en France et au contraire les "répondants" en Gascogne, parfois très éloignés, sont une preuve suffisante. Lardos est aquitain. On trouve aussi un Chanaud à la limite avec la commune de Castéras (très gascon, ce serait Castellars en languedocien, voire Carlas typique du languedocien ibérique).

Retournons dans la vallée de la Lèze que nous remontons avec Montégut-Plantaurel. On trouve immédiatement le Château de la Hille et la maison La Hillette. Qui dit château dit probablement lieu-dit maintenu dans le temps sur le long terme : une trace de nom gascon ? Difficiles de dire si Bourgaillé, La Mouillère et Baragné sont gascons : -lièr et -nièr peuvent se confondre avec
-lhèr et -nhèr.

Voici l'intégralité de la toponymie de Montégut-Plataurel, il faudrait faire une analyse géographique et longue. Je la ferai quand j'aurai du temps. Peut-être aller sur place. A vue de nez :

Barraillot, Carrerots, Coudère, La Hillete, Lavignasse, Moureou,
Peyrouteou, ...

Si l'on remonte encore la Lèze, se trouve la commune de Cazaux : le nom de la commune semble indiquer l'ancienne extension du trait gascon de vocalisation.


Las Vignottes, Cazalas, Bosc de Darré, Le Juncas, Darré l'Oustal (oour
darrèr), ...

La Lèze prend ici sa source. Mais si l'on longe le massif du Plataurel, on arrive sur Loubens. La toponymie y est franchement fuxéenne mais certains indices laissent entendre d'anciens traits gascons. D'abord Saubiac : s'il ne s'agit pas d'un patronyme, on a le témoignage d'une ancienne villa romaine qui serait Salviac en languedocien. Peut-être que Saubiac témoigne d'un passé
gascon.


Porteteni est très gascon également. Avant d'arriver sur la vallée de l'Ariège (je reviendrai sur son passé que je crois aquitain), reste Crampagna (métathèse bien gasconne).



Micouleau est gascon (vocalisation). Fourmiguères également. La Bouychère.


Je complèterai ces réflexions lancées comme ça plus tard. Je verrai ce que j'en ferai. Mon intuition, c'est que le Pays de Foix d'une part a autrefois été aquitain (Miglos, Aulos, Orus, Orlu, ...), en tout cas peu peuplé (aucune trace historique, peu de restes archéologiques) puis annexé à la cité celte des Volques (Durban en Séronais, ancienne forteresse, serait un toponyme celte sur
dun) qui a dès lors ancré la vallée de l'Ariège à Toulouse. On a également l'abondance de toponymes en -ac et puis Verdun en haute vallée de l'Ariège. Subrepticement, même si certains lieux-dits ont pu être importés plus tard, il semble que les marges occidentales du Pays de Foix (nous ne parlons pas du Séronais mais bel et bien de ce qui se trouve à l'Est de celui-ci) laissent
entrevoir peut-être un passé gascon. Ce qui est cohérent avec certains traits du languedocien fuxéen (que énonciatif par exemple).

Un extrait sonore du "languedocien" de Saurat (que je traiterai plus tard) :

http://crdo.risc.cnrs.fr/data/thesoc/09-SAURAT.wav

mercredi 25 novembre 2009

Scène vécue

Centre culturel du Leclerc de Pau. Un client demande à une vendeuse (au fort accent du Sud-Ouest : c'est rassurant, il existe encore) un dictionnaire occitan. Elle le mène au rayon régionalisme. L'homme feuillette alors seul les ouvrages à sa disposition. Il sort avec "Le Gascon de Poche".

Que conclure ?

- D'abord, les ouvrages occitans sont trop chers. Une vraie plaie.
- Ensuite, le terme d'occitan n'est pas senti comme naturel, quand bien même sa socialisation aujourd'hui dans certaines micro-régions serait réelle.

Pour toutes ces raisons, on constate aujourd'hui en Béarn, autrefois l'étendard de l'occitanisme (pour quelle raison ? Je pense que la plupart d'entre vous ne savez pas qu'en fait, c'est seulement par réaction au dynamisme basque !), un retour au terme unique de gascon, notamment chez Per Noste. Choix difficile quand on sait qu'en Béarn, depuis la fin du félibrige, plus personne n'a agi dans une optique gasconne. D'ailleurs, les livres qui se vendent le mieux sont les ouvrages qui marquent "béarnais" sur leur couverture (en écriture fébusienne) : c'est la même chose en Limousin. A ce propos, les occitanistes se plaignaient dans la presse de n'avoir que peu vendu au dernier Salon du livre de Pau.

Il me semble que l'exclusion de Per Noste des instances de l'Institut d'Etudes Occitanes est annonciatrice de profondes mutations en Béarn. Car il faut bien le dire, il semble que les Béarnais en aient marre de porter un combat aussi lourd que celui qu'induit l'idéal occitan, et qu'un recentrage sur la Gascogne est à prévoir. Il faut adapter l'offre à la demande.

Le bicéphalisme de Toulouse

Cette carte tirée d'un article du regretté Allières est primordiale : je regrette de ne pas connaître les faits linguistiques choisis. Je tenterai de vous scanner l'article d'Allières.


Remarquons que la confluence Garonne-Ariège est gasconne de langue : Pinsaguel était encore Pinsaguèth dans le gascon local à l'époque où Pierre Bec mena ses enquêtes sur les parlers gascons du Comminges et du Toulousain (on a Portet sur l'autre rive de la Garonne). Parmi d'autres traits, Pinsaguel connaissait v intervocalique prononcé w, le h gascon et la vocalisation du l final.

Il est des clichés qui veulent que la rive gauche de Toulouse ait cependant été de langue languedocienne (c'est vrai que sa langue tait plus franchement languedocienne du temps des premières enquêtes mais on rejoint la thématique de la languedocianisation de la rive gasconne en Lomagne et Rivière-Verdun où la toponymie de Blagnac à Auvillar reste cependant marquée par des formes gasconnes). Je veux bien que les Toulousains aient un problème avec le bicéphalisme de leur ville (ça ne peut jouer que dans des têtes occitanes parce que tout le monde s'en fout en fait) mais en l'occurrence j'apporte la preuve que les formes gasconnes s'avancent jusqu'à la Garonne.

Maintenant, c'est vrai que pour Saint-Cyprien plus proprement, nous ne pouvons que conjecturer une langue dégradée un peu comme à Blagnac mais il parait peu probable que ce soit le seul endroit où la Garonne n'est pas une frontière pour des isoglosses aujourd'hui évanouies). Il faudrait une étude plus détaillée des noms de rues (qui tirent souvent leur nom d'un habitant comme dans toute ville). Le lieu-dit Rodolose est attesté comme patronyme sur les deux rives. La Rue Quilméry est difficile d'analyse : elle a été auparavant Rue Quillemenut ou Rue Pisselauque, il y a eu probable croisement avec la rue et le Pont Guilhemery sur le Canal du Midi ou le chemin de Guilhermy rive gauche. La Rue des Novars est anciennement la "Carriera dels Navars" : colonie navarraise ? L'ancien nom de la rue Cujette est la Rue Tuzague/Tussaet/Tuzaguet : c'est très gascon.

Voici la liste des dénominations historiques de Saint-Cyprien avec des noms alternatifs :

La Grande Rue (également Rue Réclusane, Rue Lafargue)
Rue Neuve
Rue de la Triperie
Rue Cugette (anciennement Tuzaguet)
Rue de Navarre (carr. dels Navars)
Rue Saint-Nicolas (aujourd'hui Rue San-Subra)
Rue Ferrière
Rue Quilmery (Quille Menut, Pisselauque)
Rue Descuns (aujourd'hui Bourdelle)
Rue Piquemil (également Rue de la Treille)
Rue Trente-Sayes (aujourd'hui Impasse Dames-de-la-Porte)
Place de l'Estrapade
Rue du Chapeau-Rouge (Rue des Monges)
Rue Chayredon
Rue de la Lacque (ou de la Vacque ?)
Rue Pelicier
Rue des Teinturiers (également Coupafer)
Rue de Peyrolade


Pour ce qui est des toponymes gascons à l'Ouest de Saint-Cyprien, quelques uns
des plus connus :

- Chemin de la Flambère : flambella dans les textes anciennes ; c'est la
mutation gasconne -ll- > -r-

- Prononciation mouillée de Miralh (latin miraculum=tour de garde)

- Attestation Bache Came dans les textes anciens pour Basso-Cambo (donc mutation -mb->-m- non connue à Toulouse même)


Il se pourrait même que certains traits gascons aient débordé rive droite. Il y a d'abord la Rue Riguepels, qui vient de l'oc "arriga-pels" (arrache-cheveux), hypercorrigée en Riguepels alors que la coupure ne se justifie pas : elle n'a pu se faire qu'avec l'idée que le gascon rajoute souvent un ar- prosthétique devant r initial. Idem pour le Férétra. C'est toujours "Faletrare" au XIIème siècle et le quartier tire son nom probable de la Tour dite "de turre folletaria". On peut le vérifier :

Lien vers Google Books

Première attestation en 1120 donc : "de turre Folletaria" puis "Faletrare" tout au long du XIIème siècle. Difficile de trouver un sens à ce terme latin qui désigne une tour (on a proposé falere qui a le sens de pilier), en tout cas, si les deux "ll" de la première attestation sont étymologiques, alors Férétra est une forme gasconne rive droite de la Garonne.

Remarquez qu'à l'origine, la borde Empalot était rive gauche mais le nom a été donné au quartier rive droite du Férétra. Donc en fait, la propriété d'En Palot devait être précisément à Braqueville donc dans le Toulouse proprement gascon (quartier de Lafourguette : le quartier tire son nom d'une propriété : il comprend Fontaine-Lestang, Larrieu, Braqueville, Thibaud, La Pointe, Sainte-Cécile, Saint-Jean et Candie) et devait comprendre plusieurs îles dans la Garonne.

La question de formes gasconnes rive droite est intéressante. Je rappelle la carte du début qui montre que la langue de Vielle-Toulouse possède 25% de traits gascons. Par exemple, on trouve à Pouvourville "Paou" qui semble faire état de la vocalisation gasconne, à moins qu'il ne s'agisse du prénom Paul. Le chemin du Paou a disparu mais le Dictionnaire des rues de Toulouse le traite en disant que cette métairie tirait son nom du "paon" au XVIIème siècle. Il faudrait des preuves. On trouve Lanusse sur les hauteurs de Vielle-Toulouse. Juste en contrebas, rive droite mais sur le territoire communal de Portet, on a "La Graverasse" qui montre l'évolution gasconne du suffixe -arium (en languedocien, ce serait plutôt La Graviérasse). A mesure que l'on va vers le Sud, on rencontre de toute évidence des formes gasconnes, sachant que le confluent entre la Garonne et l'Ariège est gascon : Caubet à Lacroix-Falgarde par exemple.

Il ne faut pas tirer de conclusions de ces lieux-dits de l'IGN dont on ne sait pas comment ils ont été relevés (il peut s'agit de noms de famille). Il faudrait une enquête minutieuse des archives. En tout cas, comme pour Agen (où par exemple la toponymie de l'Ermitage est à dominante gasconne !), Toulouse est un entre-deux et dès que l'on quitte l'hyper-centre pour aller rive gauche ou vers le Sud en longeant la Garonne, on se retrouve immédiatement dans des toponymes plutôt gascons. Cela rejoint la délicate question du peuplement de Toulouse, partagée entre Tolosates (suffixe -ates plutôt basco-aquitanique) et les Volques.

Vocabulaire basque en gascon

Une bonne moitié du vocabulaire botanique est d'origine basque en gascon, autant de parentés dans le domaine animal (souvent des traductions mot à mot).

Quelques exemples :

- arrian=vautour (cf basque arana)
- caparra=tique (cf basque kaparra)
- biscarrar=tondre
- magòrra=femelle stérile (cf basque malkor=stérile, en basque, makur, c'est "contrefait", "mokor" c'est hargneux)
- midau=passage entre deux maisons (probable racine basque bide=chemin)
- garren=rocher (cf basque gerenda=rocher)
- lacarra=pente rocheuse (cf basque lakarr)
- luda=abris sous roche (cf baque lude/lute)
- muga=talus (cf basque muga), ...

D'autres mots de la vie quotidienne des pâtres et des bergers :

- amorro="animal qui a le tournis" (cg basque amurri=tournis)
- ansolh="chevreau" (assemblage basco-roman sur antzu=stérile par analogie avec anolh)
- cascarras="boules crotteuses" (cf basque kaskar)

- èguet="le sol natal" (cf basque egoite=action de demeurer)


Il n'y a aucune racine latine pour ce mot accentué sur l'initiale ce qui est généralement un indice. On est sur la même racine et passer de
egoite à èguet est très simple.

egoite > ègoueyt > èguet

(Même évolution que pour le suffixe -orium : -oiro > -oir > -ouir > -oueir > -ouer > -oué)


- ièrdis=petit lait" (cf basque gerli=partie aqueuse du lait)
- artaish=arbuste (cf basque arte=chêne vert)
- coscorra=cône de sapin (cf basque kuzkur=trognon de chou)
- laston="espèce de graminée" (cf basque lasto=paille)

- auròst="chant funèbre" (cf basque auri=gémissement + osti=cri)
- agòr="automne" (cf basque agorril=août)
- shemis="éclair" (cf basque tximista)
- monsor="taciturne" (cf basque mantzur=insociable)
- shamarra="blouse de paysan" (cf basque zamarra=blouse de peau)
- sosmac="sournois" (cf basque susmo=soupçon)

Echanges lexicaux entre Gallo-Romanie et Ibéro-Romanie partie II

Mots gallo-romans en Espagne :
(ie des mots latins qui ont atteint le Nord de la péninsule, et seulement le Nord, c'est-à-dire l'aragonais et le catalan)

O : standard Occitan (Languedocian+Provençal)
G : Gascon F : French A : Aragonese
C : Catalan S : Spanish



1. O : mes de l'avent (december) ; A (Benasque) : abièn < latin adventum

2. O : agulhada (goad); F : aiguillée ; C and A : agullada < aculatea

3. G : arredalh/ardalh (renewal) ; O : redai ; A : redallo ; C : redall < latin re-dacula

4. G : arreu (holly) ; O : agreu ; A : crebol ; C : grevol < latin acrifolum

5. G : aubar (elm) ; O : albar ; A : albar : elm < latin albaris

6. G and O : badalhar (to yawn) ; F : bâiller ; C and A : badallar < latin bataculare

7. G : vetèth (calf) ; O : vedèl ; C : vedell ; A : betiello : latin vitellum

8. G : biraga (rye grass) ; O : embriaga ; F : ivraie ; A : biraca/biraga < latin ebriaca

9. G : bodèth (gut) ; O : bodèl ; C : budell ; A : budiello < latin botellus

10. G : braguèr (magpie) ; O : braguièr ; C : braguer ; A : braguero < latin bracariu

11. G : bròc (heather) ; O : bruc ; C : bruc ; A : bruco < unknown *broccius

12. G : cabiron (rafter) ; O : cabrion ; C : cabiró ; A : capirón < latin caprionem (whereas Spanish cabrio
13. G and O : canaula (cheese mold) ; A : canaula/canabla < latin cannabula

14. G : que cau (it's necessary) ; O : cal ; C and A : cal < latin calet

15. G and O : cremar (to burn) ; A and C : cremar < latin cremare

16. G : empliar (to fill) ; O : emplenar ; A : emplenar < latin implenare (whereas Spanish llenar < plenare)

17. G : esloronc ; O : floronc ; C : floronc ; A ; floronco < latin fluruncus (metathesis for furunculus)

18. G : esquiròu ; O : esquiròl ; C : esquirol ; A : esquiruelo ; Asturian : esquilu < latin scuriolus

19. G : ahraga/arraga (strawberry) , O : fraga ; Franco-Provençal : freye ; C and A : fraga ; Basque arraga < latin fraga

20. G : herishèra (wooden wedge) ; L : faissèla ; F : faissèle ; A : faxella < latin fiscella

21. G : hissar (to sting) ; O : fissar ; C : fiçar ; A : fizar < latin fictiare

22. G and O : lòssa (spoon) ; C : llossa ; A : loza < frankish lotja

23. G and O : mas (farmhouse) ; C and A : mas < latin mansum

24. G : minjar (to eat) ; O : menjar ; C : menjar ; A : minchar < manducare

25. G : paishèra (irrigation canal) ; O : peissièra ; C : peixera ; A : pachera < latin paxaria

26. G : pishar (to piss) ; O : pissar ; C : pixar ; A : pichar

27. G : pujar (to mount) ; O : pojar ; C : pujar ; A : puyar < latin podiare

28. G : solèr (attic) ; O : solièr ; A : solero

29. G, O, C and A : trobar (to find) ; F : trouver < latin tropare

30. G, O, C and A : trucar (to hit)

Echanges lexicaux entre Gallo-Romanie et Ibéro-Romanie partie I



Mots ibéro-romans en gascon :
(ie des mots latins archaïques préservés en Ibéro-Romanie et en Gascogne, et absents de Gallo-Romanie, Italie du Nord incluse)

1. G : ar (wooden mould) ; A and Asturian : aro (same sense)

2. G : alèr (shelter under a roof) ; C aler ; S alero (same sense)

3. G : apèr (plough) ; C : aper (plough) ; S : apero (tool) < latin appariare

4. G : aplegar (to gather) ; C : aplegar (to recollect) ; A : aplegar (~same sense) ; S : allegar (to gather) < lat applicare

5. G : arvelha (vetch) ; A : arbeja ; C : arvella ; S : arveja < latin ervilia

6. G : arralhar (to chop) ; A : rallar ; S : rajar

7. G : arrolha (rivulet) ; S : arroyo (stream) < latin arrugia

8. G : vagar (to have time) ; C : vagar ; S : vagar < latin vacare

9. G : vautorn (SW wind) ; A : bolchorno ; S : bochorno < latin vulturnus

10. G : vencilh (flexible branch) ; C : vencill ; A : bensello ; S : vencejo

11. G : brau (marsh) ; S : tierra brava

12. G : broisha (witch) ; C : bruixa ; S : bruja

13. G : capcèra (bedhead) ; S : cabecera < latin capitiaria

14. G : carassòu (sunny side) ; C and S : carasol < latin carasolem

15. G : caucanh (heel) ; A and S : calcaño

16. G : un chic (a bit) ; S : chico ; C : un xic

17. G : clamar (to name) ; S : llamar ; A : clamar

18. G : corrau (enclosed plot of land) ; S and C : corral < latin curralis

19. G : cojolar (shelter for sheep) ; A and S : cubilar < latin cubile

20. G : hart (satiated) ; S : harto ; C : fart

21. G : hat (destiny) ; S : hado ; C : fat < latin fatum

22. G : heder (to stink) ; S : heder < latin foetere

23. G : hets (lees) ; S : hez ; C : feu < latin faecem

24. G : ir (to go) ; S : ir < to go

25. G : lairar/ladrar (to bark) ; S : ladrar ; C : lladrar < latin latrare

26. G : lheute (leaven) ; C : lleute ; S : leudo < latin levitum

27. G : maishèra (cheek) ; S : mejilla < latin maxilla

28. G : malhada (pen) ; S : majada ; C : mallada < latin maculata

29. G : mostajo (rowan) ; A : mostachera ; S : mostajo ; C : moixera < latin mustum

30. G : nina (pupil) ; S : niña del ojo ; A : nineta ; C : nina

31. G : noguèra (walnut tree) ; S and A : noguera < (planta) nucaria (elsewhere in Romania (arbor) nucarius hence noyer in French)

32. G : orsa (jug) ; S : orza ; C : orsa

33. G : pardia (ruins) ; A and C : pardina < latin parietina

34. G : pèrna (loin) ; C : perna ; S : pierna < latin perna

35. G : presep (crib) ; S and C: pesebre < latin praesepe

36. G : saut (forest) ; S : soto < latin saltus

37. G : sengles (each of them) ; S : sendos < latin singulos

38. G : sian (aunt) ; S : tía ; C : tia < latin thia(nem)

39. G : so (sun) ; S : sol ; C : sol < latin solum (elsewhere solicum hence French soleil and Occitan solelh)

40. G : teish (yew) ; S : tejo ; A ; taxo < latin taxus


La figure du Gascon dans l'Espagne du XVIème

Très amusant contrepoint aux Gascons du siècle qui suivra, dans le théâtre français. "PEIRUTÓN", Peyroutou, le prénom du Gascon par excellence. (Lien)



Exemples de gascon contrefait :


GASCÓN.- Qui vos pras, qué volets? Aguardats un pauch.

GASCÓN.- Qué mandats? Diu us dé saylud tuta una maysada? Craves de
Diu! Qué's acró, señor? Qué vos debi? Por qué vos arrencorats contra
mí?

GASCÓN.- No me direts, si hu pras o si hu pesa, por qué me habets
sacudits desú la costielles?


A propos de Médioromanie : l'ancienne zone d'oc en Poitou

Il semblerait que les études modernes menées par Bonnaud en particulier, font état d'une ligne "Fontenay-Niort-Poitiers-Chauvigny-Le Blanc" pour l'extension maximale de l'oc en Poitou, autrement dit, une ligne droite depuis le domaine limousin ! On a en effet trouvé des toponymes en -ac jusqu'en Sud-Vendée dans des hameaux qui s'ajoute au foyer bien connu de Ruffec, en Charente poitevine : Condac, Poursac, Bioussac, ...

Introduction fascinante de ce problème : Lien vers un article d'Eric Nowak


Chamouillac* en Haute-Saintonge

La question n'est pas évidemment de faire du poitevin-saintongeais de l'oc (même si en des coins non-francisés, c'est de l'oïl très original), mais de montrer les limites de l'extension maximale de l'oc autrement dit une ligne droite à hauteur du Croissant. Ces découvertes vont tout à fait dans le sens de l'existence d'une médio-romanie, chainon manquant entre l'oïl et les véritables langues d'oc (gascon, languedocien, provençal) dont le limousin et l'auvergnat sont des résidus moins francisés qu'à l'Ouest dans la plaine (le Poitou) et à l'Est via la vallée du Rhône (la dite Arpitanie). Cela rejoint également ce que nous savons du peuplement de ces régions à savoir que le Poitou présente depuis les origines des affinités de population avec le Massif Central (alors que Gascogne et Languedoc méridional relèvent bien plus du domaine ibérique).


* : Chamouillac en Haute-Saintonge entre Mirambeau et Montendre. Occitanie "irrédente" dans tous les cas : les paysages sont déjà périgourdins (la Double vieux pays celtique est impressionnante), l'intégralité de la toponymie est d'oc, aussi bien dans les formations médiévales que dans la déformation des étymons latins (La Clotte, La Barde, Boscamnant, Polignac, Corignac, Souméras, Boisredon, Tugéras, Soubras, ...). Cette région est liée de toute antiquité avec le Périgord voisin, depuis les premiers dolmens de type dit angoumoisins. Tout indique que l'on a parlé en ces terres une langue proche des dialectes limousins contemporains et que celui-ci s'est perdu soit du fait des repeuplements post-médiévaux (certains patronymes montrent des affinités avec le Grand-Ouest mais la plupart sont très locaux : Brodut, Bouinot, Louassier, Boisbleau, ...) mais plus probablement par infiltration, peut-être même tardive. Il faut être occitaniste pour tracer une frontière vers Chalais (c'est le pays des frères Reclus).

Méditons Raimbaut de Vaqueiras et Dante

Poème bien connu dont chaque strophe est dans une langue romane différente. On remarquera que le gascon n'est pas considéré comme une langue d'oc. (Lien)


Dauna, io mi rent a bos,
Coar sotz la mes bon' e bera
Q'anc fos, e gaillard' e pros,
Ab que no.m hossetz tan hera.
Mout abetz beras haisos
E color hresc' e noera.
Boste son, e si.bs agos
No.m destrengora hiera.


Que disait Dante à propos de la langue d'oc ? Si on suit au mot la description de Dante du domaine d'oc, on se retrouve avec un drôle de domaine d'oc. Citons les extraits de Dante relevés par J.Lafitte :

"Les Espagnols, les Français et les Italiens [...] et ceux qui disent oïl [...] sont bornés par les montagnes d'Aragon". (De vulgari eloquio)

Donc l'oc en "Hispanie" mais l'oïl jusqu'aux Pyrénées. Dante ne faisait que citer les grandes langues poétiques de son temps, rien de plus, et qu'il en donnait des extensions géographiques "littéraires", très imparfaites. Dante parle de l'usage d'une langue poétique dite d'oc, et est confus dans la description des territoires où cette langue poétique est plus ou moins employée. La question n'est pas ce que dit Dante, qui ne dit rien l'extraordinaire (comme si on avait besoin de Dante pour connaître la langue d'oc poétique médiévale !), c'est ce qu'on a tiré de ces phrases anodines !

Travestissement bazadais

Contexte : le vieux pays du Bazadais, une des contrées les plus belles de Gascogne (qui a vu les Pyrénées depuis Bernos-Beaulac sait ce qu'est la magie d'un mirage). L'architecture des maisons est vasconne (façade sous pignon, usage du bois, ...), les noms des villages sont étranges : Auros, Lados, Sendets, Uzeste, Budos, Illats, ...

Après Langon, je longe la vallée de la Garonne puis m'enfonce vers le Sud : le Bazadais fusionne la lande et le Gers. Subrepticement, du haut d'une de ces collines pelées, on aperçoit la large arribère, le Réolais, le Marmandais. Saint-Sauveur-de-Meilhan : rue unique, l'église nous rappelle combien le XIXème siècle fut un siècle idiot. Heureusement, l'emban des maisons lando-bazadaises est là. Nous sommes véritablement en pleine Gascogne septentrionale, de celle que des imbéciles se plaisent à appeler Guyenne, parce qu'ainsi en avait voulu l'administration française : il existait une Guyenne peuplée de Gascons. Et pourtant rien ne ressemble plus à cette région que le Tursan : la lande sépare des pays jumeaux qui se retrouvent en Lomagne sur la Garonne.

Saint-Sauveur-de-Meilhan donc et à l'entrée du village, ça :



Panneau en languedocien. Il n'y a rien à ajouter (sauf peut-être que Lizos* est un toponyme basco-aquitain ce qui rend l'assemblage encore plus pittoresque) : c'est l'occitanisme réel dans toute sa bêtise, son manque de sensibilité aux réalités du terrain. Le zèle d'un petit minable local très probablement, qui doit trouver que Sent Sauvador, ça s'éloigne trop du latin, ça fait patois, un gros naze qui ne maîtrise même pas le z en orthographe alibertine. Mais je crois bien que c'est pire que ça : la commune a seulement du demander à une instance du département du Lot-et-Garonne (et oui, la géographie administrative maltraite les vieilles entités, le Bazadais oriental se retrouve dans le 47) un nom "occitan" pour sa commune. Voilà le résultat. Merci à tous les occitanistes.


* : A propos du Lizos

Le Lisos est le nom de la rivière qui traverse Saint-Sauveur et qui se jette dans la Garonne à Hure. En Béarn on trouve le ruisseau "Le Lizo". On trouve le village de Lizos dans les coteaux de Bigorre, une maison Lizos en Magnoac et la Fontaine de Lizos à 1400 mètres d'altitude dans le Lavedan à Vier-Bordes.

Je pense à une mécoupure et je verrais bien des composés du basque ihitz (=jonchaie) :

ihi(t)z + oz

Le nombre de ruisseaux appelés Junca et autres variantes est un indice supplémentaire.
Au Pays-Basque, on trouve le ruisseau Ihixart (=entre les ajoncs) qui doit donner également les Icharts du Comminges.

Seul défaut à cette théorie : on aurait plutôt Ichos/Lichos non ?
Cependant, les attestations anciennes d'Yzosse montrent une hésitation (Usshos).

Tout était là au XVIème siècle

"Noz deux langages principaux sont le françois Celtique et le Gascon ... Mais le Celtique ne nous entend poinct, s'il n'est appris, ny nous luy.

De là nous sçaurons la cause pourquoy nous, et ceux qui sont outre Garonne ayans auecq nous affinité de langue, estans hors de nos pais somes apelés d'vn nom comun Gascons et quand ilz s'en retournent en leurs maisons, ilz disent qu'ilz s'en retournent en Gascogne. La raison de la Géographie ne nous peult de rien servir en cecy : Seroit ce donq pour nostre excellence qu'ilz ayment d'estre nommés comme nous ? Ie n'entre poinct en cette constatation, e sçay que par tout il y a des hommes preus et vallans, de gentil esprit, et de bon entendement. Mais pour ce que nous auons conformité de langage, nos nations sont apelées d'vn mesme nom, pris du langage le plus excellent. Car en cecy il failt qu'on nous donne les mains, et confesse que le langage spécialement apelé Gascon, naturel à nous de Béarn, de Comenge, d'Armagnac et autres, qui somes enclos entre les mons Pyrenees et la Garone, est beau pardessus les autres ses affins, et comme l'Attique entre les Grecz. A cause dequoy entre nos voisins, par les maisons de noblesse, nostre langage est vsité, et telement en pris, que celuy qui le parle bien conte cela our vn titre d'honneur."


Pey de Garros


Que retenir ?

- Pey de Garros parle du français comme d'une langue celtique. Très intéressant et cela rejoint par ailleurs ce qu'il écrit dans d'autres extraits de ce texte, non reproduits, sur une langue gasconne qui existerait de toute antiquité, même face au latin, ce que certains commentateurs ont interprété comme une intuition de l'existence de la langue aquitaine.

- Pey de Garros propose une explication pour la généralisation du terme de gascon à tous les habitants du Sud à partir du XVIème siècle : il admet une "conformité de langage" avec les voisins guyennais (du moins avec l'Agenais et le Quercy que l'enfant de Lectoure doit cotoyer) et met en avant cependant que c'est hors de leurs pays qu'on les nomme Gascons.

- Ce point rejoint le précédent : si les Agenais et les Quercynois ne sont pas Gascons, c'est qu'il existe de vrais Gascons (notez cependant que l'Agenais au sens médiéval du terme est en partie proprement gascon : Marmandais, Tonneinquais, ce qui peut expliquer les hésitations de Garros. Même le parler de la ville d'Agen est dit mi-gascon par Luchaire et l'on sait la tradition de cette ville à se dire gasconne). Ces vrais Gascons, Pey de Garros sait les situer : entre les Pyrénées et la Garonne. Autrement dit, Pey de Garros identifie ses compatriotes gascons dans leurs limites géographiques "sentimentales" (nous savons à la vérité que le gascon déborde la Garonne partout sauf lorsqu'elle se confronte au Pays de Serres puis aux contreforts du Quercy vers Moissac, finalement le Toulousain étant la seule contrée où la Garonne, bien que dans une large vallée, sert de frontière, bien que nous sachions que des villages gascons de la rive gauche ont été languedocianisés).

Bref, Pey de Garros fait état parmi les Gascons du sentiment de l'existence d'un peuple qui se nomme comme tel. Bien avant que les linguistes ne viennent fixer des limites dialectales. Le gascon est loin d'être une invention et c'est avec vigueur qu'il faut s'opposer à un certain renouveau parmi les occitanistes des thèses de Mistral ou de Ronjat qui se plaisaient à charcuter le domaine gascon, soit par ignorance, soit par mauvaise foi.

- Le Béarn est clairement identifié comme parlant gascon.

- On peut passer vite sur les sentiments nationalistes et chauvins de Garros. J'y vois quand même la confirmation d'une certaine propension gasconne à la fierté et au patriotisme local.


D'autres choses peuvent être dites de ces courts extraits. J'en retiens surtout le regard qu'un Gascon porte sur sa qualité de naissance et la conscience de l'étendue réelle de la culture qu'il porte. Cette conscience a perduré très tardivement. En 1906, une habitante de Nérac est surprise que plus personne à Saint-Sébastien ne lui réponde en gascon car on lui disait que l'on y parlait la même langue qu'en Albret.

J'ajouterai une chose : s'il y a 50 ans, la génération qui s'intéressait aux cultures régionales avait eu connaissance de tels sentiments, probablement que tout le dynamisme de ce "Renadiu" aurait été employé à sauver l'idée gasconne. Trop souvent dans le milieu occitaniste est développée l'idée que la Gascogne n'est au fond qu'un domaine linguistique. Elle est bien plus que ça.