samedi 28 novembre 2009

Promenade dans la vallée de la Lèze aux confins du gascon

Frontière entre le gascon couseranais et le sud-languedocien fuxéen : la haute vallée de la Lèze est plutôt fuxéenne alors que la basse vallée est gasconne. Je vais faire la preuve que des traits gascons ont été connus également dans la haute vallée, il y a eu languedocianisation sur quelques villages par l'entremise de Foix (sachant cependant que le languedocien de Foix est très typé puisqu'il connait par exemple le que énonciatif gascon). Les parlers du Séronais ont également été passablement languedocianisés mais l'appartenance de cette région au Couserans antique ne fait aucun doute comme le prouve sa toponymie bascoïde : Alzen, Nescus, ...



Taille initiale


Commençons au Carla-Bayle. Le parler du Carla connait :

-nd- > -n-
-ll > -th
-arium > -èr
Conservation de kw et gw

En effet, la vallée de l'Arize ne vocalise plus mais les éléments toponymiques montrent que ce fut le cas.

Il connait aussi :

entà pour per
escriver pour escriure (réduction gasconne des étymons)
subjonctif dans les subordonnées de temps


Il apparait nettement que cette région, dans le diocèse de Saint-Lizier autrefois, donc dans le Couserans antique, a été plus ou moins parfaitement languedocianisé. Bec a fait la preuve en date de ses études (années 50-60) que la basse vallée de la Lèze jusqu'au confluent avec l'Ariège était gasconne. La toponymie le confirme. Je m'intéresserai à cette région prochainement.

Plus intéressante est la question de la haute vallée de la Lèze. La Lèze prend sa source dans le massif du Plantaurel dans une région à la géographie administrative médiévale très complexe : entre Couserans, Comté de Foix et enclaves languedociennes (au sens de la région historique qui comprenait donc des terres gasconnes : Seix par exemple).

Pour Bec, les premiers traits gascons apparaissent à partir d'Artigat-Pailhès : je fournirai les cartes pour savoir précisément lesquels. J'entends faire la preuve que la toponymie fait état de traits gascons en amont d'Artigat. Ce faisant, cela détruirait quelques hypothèses présentes dans cet article :

Questions de langues dans l'affaire Martin Guerre

La toponymie d'Artigat (le village de Claude Bergeaud soit dit en passant) est gasconne : Les Lanes, Pédescaux, Lardos, Petitoye, Coustelat, Loudas, ... Des formations que l'on ne trouve qu'en Gascogne. Il ne s'agit même pas de les analyser linguistiquement (Les Lanes montre la mutation nd>n), leur inexistence ailleurs en France et au contraire les "répondants" en Gascogne, parfois très éloignés, sont une preuve suffisante. Lardos est aquitain. On trouve aussi un Chanaud à la limite avec la commune de Castéras (très gascon, ce serait Castellars en languedocien, voire Carlas typique du languedocien ibérique).

Retournons dans la vallée de la Lèze que nous remontons avec Montégut-Plantaurel. On trouve immédiatement le Château de la Hille et la maison La Hillette. Qui dit château dit probablement lieu-dit maintenu dans le temps sur le long terme : une trace de nom gascon ? Difficiles de dire si Bourgaillé, La Mouillère et Baragné sont gascons : -lièr et -nièr peuvent se confondre avec
-lhèr et -nhèr.

Voici l'intégralité de la toponymie de Montégut-Plataurel, il faudrait faire une analyse géographique et longue. Je la ferai quand j'aurai du temps. Peut-être aller sur place. A vue de nez :

Barraillot, Carrerots, Coudère, La Hillete, Lavignasse, Moureou,
Peyrouteou, ...

Si l'on remonte encore la Lèze, se trouve la commune de Cazaux : le nom de la commune semble indiquer l'ancienne extension du trait gascon de vocalisation.


Las Vignottes, Cazalas, Bosc de Darré, Le Juncas, Darré l'Oustal (oour
darrèr), ...

La Lèze prend ici sa source. Mais si l'on longe le massif du Plataurel, on arrive sur Loubens. La toponymie y est franchement fuxéenne mais certains indices laissent entendre d'anciens traits gascons. D'abord Saubiac : s'il ne s'agit pas d'un patronyme, on a le témoignage d'une ancienne villa romaine qui serait Salviac en languedocien. Peut-être que Saubiac témoigne d'un passé
gascon.


Porteteni est très gascon également. Avant d'arriver sur la vallée de l'Ariège (je reviendrai sur son passé que je crois aquitain), reste Crampagna (métathèse bien gasconne).



Micouleau est gascon (vocalisation). Fourmiguères également. La Bouychère.


Je complèterai ces réflexions lancées comme ça plus tard. Je verrai ce que j'en ferai. Mon intuition, c'est que le Pays de Foix d'une part a autrefois été aquitain (Miglos, Aulos, Orus, Orlu, ...), en tout cas peu peuplé (aucune trace historique, peu de restes archéologiques) puis annexé à la cité celte des Volques (Durban en Séronais, ancienne forteresse, serait un toponyme celte sur
dun) qui a dès lors ancré la vallée de l'Ariège à Toulouse. On a également l'abondance de toponymes en -ac et puis Verdun en haute vallée de l'Ariège. Subrepticement, même si certains lieux-dits ont pu être importés plus tard, il semble que les marges occidentales du Pays de Foix (nous ne parlons pas du Séronais mais bel et bien de ce qui se trouve à l'Est de celui-ci) laissent
entrevoir peut-être un passé gascon. Ce qui est cohérent avec certains traits du languedocien fuxéen (que énonciatif par exemple).

Un extrait sonore du "languedocien" de Saurat (que je traiterai plus tard) :

http://crdo.risc.cnrs.fr/data/thesoc/09-SAURAT.wav

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