lundi 29 novembre 2010

Analyse "occitano-française" des élections catalanes

La Catalogne du Tripartit a joué un rôle - à mes yeux néfaste - dans la définition des objectifs occitanistes. Avec la récente "lei der aranés", certains secteurs catalans faisaient preuve d'une ingérence assez détestable, visant à la définition dun "occitan referencial". Les élections catalanes de dimanche vont probablement changer la donne. Qu'en dire ? Il ne faut pas trop en dire évidemment : en temps de crise, après 8 années de gouvernement, l'alternance est chose classique. Le contexte espagnol global marqué par la déliquescence du PSOE n'est pas non plus indifférent. Toutefois :

- Les anciens partis de gauche constitutifs du Tripartit (socialistes, écologistes, indépendantistes de gauche) se sont tous pour le moins effondrés. La gauche est ainsi en repli comme partout en Europe (soit qu'elle ne parvient pas à retourner au pouvoir comme en Scandinavie, soit qu'elle a à mettre en place des mesures restrictives face à la crise comme en Espagne), et elle continuera de l'être tant qu'elle n'articulera pas un discours de riposte à la mondialisation (quelques pistes : marché commun européen avec protectionnisme, ...). Parallèlement, le PP fait ses meilleurs scores en Catalogne depuis la restauration de la démocratie.

- L'effondrement des indépendantistes de ERC est en partie provoqué par la multiplication des petits partis indépendantistes et l'épuisement lié au pouvoir : d'un point de vue "occitan", cela signifie que l'occitanisme perd son seul relai en Catalogne, celui qui depuis des années impulse une stratégie de coopération douteuse en mettant à profit l'arme administrative catalane pour assouvir les fantasmes d'unification linguistique sur base languedocienne. C'est l'occitan referencial, visé dans de nombreux textes, parfois à valeur législative. L'ingérence catalane dans nos affaires s'achève donc.

- C'est sans conteste la victoire de CiU : le catalanisme feutré revient au pouvoir, c'est la revanche d'un certain nationalisme, pas vraiment indépendantiste, disons provincialiste, plus soucieux de contrôler ce que la Catalogne reverse à l'Etat central que de s'enivrer de grands mots. D'un point de vue occitan, c'est là aussi un changement car CiU n'a jamais caché son désintérêt presque total pour la question occitane, désintérêt qui a pu frôler l'offense en d'autres époques, notamment par le refus de reconnaître la spécificité aranaise.

- Le parti extrémiste anti-immigrés de Josep Anglada n'entre pas au Parlement, mais à bien des titres il a marqué la campagne. Il pose à moyen terme la question de ce qu'est un ancrage local et de la survie des identités régionales dans notre monde de mouvement. La réponse donnée par "Plataforma per Catalunya" est trop violente assurément, il n'en reste pas moins que je crois que ce sera la thématique majeure en Europe, dans les années qui viennent, comme c'est déjà le cas en Flandre. Tout simplement parce que l'on ne peut pas sauvegarder une identité locale dans un monde aussi peu stable : l'alternative me semble évidente, et presque séduisante. Ou bien on cherche à freiner ces mouvements, aussi bien internes qu'externes, de manière à faire une "pause", un peu à la manière du Japon qui se ferma aux Occidentaux via les édits de fermeture du XVIIème siècle qui évita ainsi le sort des Philippines. Ou bien on accepte la donne contemporaine, on peut même s'en féliciter et l'on cherche à redéfinir quelque chose d'inédit, en l'espèce une Catalogne nouvelle, une Catalogne non plus expression simili-étatique d'un peuple au sens ethnique du terme mais une Catalogne de la citoyenneté dont l'attachement se fonde sur le respect d'institutions et marginalement sur une langue.

mardi 26 octobre 2010

Panneaux en occitan sur la sellette à Villeneuve-lès-Maguelone

Le Tribunal Administratif de Montpellier a enjoint le maire de la commune de Villeneuve-lès-Maguelone de retirer les panneaux bilingues "Vilanòva de Magalona" à l'entrée de la ville.


Pour les profanes, voici résumée l'argumentation du TA :

- Le Conseil Constitutionnel a conditionné l'usage d'une autre langue que le français dans l'espace public à des "circonstances particulières". La commune est incapable de faire la preuve que la forme restituée occitane possède une quelconque légitimité historique (on peut supposer qu'une forme "félibréenne" phonétique en aurait eu une), il n'y a donc pas de "circonstances particulières", dès lors les panneaux sont illégaux.

- De plus, la graphie employée ne respecte pas le code diacritique qu'impose le Code de la Route, en l'espèce il s'agit de "ò" qui n'est pas un caractère reconnu.

C'est implacable, le juge donne 2 mois pour que les panneaux soient retirés.

Si cela part en appel puis devant le Conseil d'Etat et dans l'hypothèse où ce jugement est confirmé à chaque étape, ça va trembler dans les chaumières occitanes. En fin de compte, ce n'est pas moins que sur la légitimité de la graphie occitane que se prononce le juge.

Evidemment, les occitanistes ont ridiculisé à tort ce jugement comme étant très scrupuleux de la sécurité routière : les occitanistes ne savent donc pas lire une décision de justice, à savoir que l'annulation n'est pas fondée sur le seul Code de la Route (même si ce seul moyen suffisait) mais également sur l'interprétation que fait le juge de la jurisprudence du Conseil Constitutionnel relative aux "circonstances particulières" justifiant l'usage d'une autre langue que le français dans l'espace public. En l'espèce, le moyen utilisé par le juge est l'absence de légitimité historique, qui dès lors ne saurait fonder une circonstance particulière. Il fait assez peu de doute que la commune a mal ficelé sa défense car il doit être possible de trouver une attestation ancienne qui ressemble quelque peu à la version restituée occitane.

Reste un argument massue en appel : que faire avec les langues qui possèdent des signes diacritiques qui ne seraient pas connus du français ? Certes, le seul moyen des "circonstances particulières" suffit en l'espèce, mais quid si cette condition réunie, la graphie employée ne cadre pas avec l'orthographe du français ? Bref, ne condamne-t-on pas toute initiative de panneau bilingue dès lors que la graphie employée n'est pas conforme à celle du français ? Au fond, le juge s'il y a appel devra juger du bien-fondé graphique des langues de France, du moins dans l'espace public.

Dans tous les cas, les occitanistes sont punis pour ne pas avoir porté le débat sur le terrain de la confrontation idéologique avec ces obsédés de l'unité républicaine. Il n'y a pas de soutien populaire et le droit ne sera jamais du côté des occitanistes. Dire que ces naïfs faisaient cas des nouvelles dispositions constitutionnelles ! Evidemment, la démarche de l'association est à condamner mais voilà les conséquences d'années d'autisme, d'incapacité à viser l'ennemi. Bien fait, c'est tout ce que l'on peut dire.

mercredi 13 octobre 2010

Pauline, je te hais !


Attention : avis de meurtre ! J'étrangle la prochaine personne qui utilisera "paulin,a" comme gentilé gascon pour la ville de Pau. Le mot ne figure évidemment pas chez Lespy qui ne connait, conformément à la dérivation normale de l'étymon *pal, que "palés" (tiré du latin palensis).


"Coum lous d'Ossau se disin Ossalees,
Tau medix lous de Pau se noumenten Palees."


Les gentilés "paulin,a" et "paulés,a" sont tirés du dictionnaire de Palay qui est ultérieur. Il ne fait pas de doute qu'il s'agit de formes populaires modernes, créées par fausse dérivation sur le prénom Paul qui est "Pau" en gascon, et qui travestissent les propriétés de vocalisation de cette langue. Elles sont aussi odieuses que des dérivés du genre de "canaulet" (=petit canal) sur "canau" (=canal) en lieu et place de "canalet".

Notez que la scripta béarnaise "palees" laisse entendre que la nasale étymologique était probablement nasillée, à la béarnaise. Par opposition, une prononciation "vélaire" plus classiquement ouest-gasconne (approximativement "engs") est généralement graphiée -enx (cf Navarrenx, du latin sponda navarrensis).

La raison pour laquelle les occitanistes donnent du "paulin" à toutes les sauces ne peut qu'être mis sur une certaine disposition naturelle à la cuculterie. La poésie mièvre de Fabre d'Eglantine, voilà l'occitanisation véritable. Je préfère encore le francisme "paloés".

jeudi 30 septembre 2010

Nadau en seteme

La dimenjada passada, qu'èri au Cultura de Lescar tà crompà'm un libe espanhòu sus Aragon en l'estile de las guidas Gallimard, dab tèxtes un drin literaris. Que'm trobavi davant lo taulèr desdeishat de musica regionau quan a man esquèrra, aperceboi lo perhiu d'ua hilha agradiva, malament guastat per l'ombreta deu son òmi a pena sortit de l'atge ingrat. Que devisavan a perpaus d'un pialòt de CD, més en mustra a l'estrem deu men taulèr. Qu'èra miraclèr : joenòts captius davant la musica deu pèis, sasits per las represas deus Beatles per coralas bigordanas. Au bèth miei deus ventorruts vestits de terlís militars e deus fans de Johnny translatats de Lilla ençà, ua vision de gràcia : los Jausèp e Maria deu Biarn que vesiavan tendrament lo lor nin jos plastic. "Allez, je te l'achète". Ua grana emocion que'm harpeja : que'm tiri de cap au pialòt, P com Pagalhós, N com Nadau, A com Ardalh, ací qu'ei la causa charmanta, la qui sagerà l'union patriotica de dus joens biarnés. "Allez je te l'achète" : qu'èra aquiu, que i a ua minuta, lo son arridolet de hemnina, lo son poder de gojatet. E lo petit Jèsus que s'aperava Christophe Maé.

mercredi 22 septembre 2010

Dernière minute : la loi sur l'aranais adoptée

En complément à ce que je pouvais indiquer, voici la suite des ingérences occitano-catalanes avec la loi sur l'aranais qui vient d'être adoptée. Propos intolérables de Carod-Rovira sur la loi qui assure désormais "l'unité scientifique de la langue". Que's hè insuportable e que'n soi hart d'aqueras maniganças.

Lien vers le site du Parlement de Catalogne
Lien vers le projet de loi adopté aujourd'hui

" El vicepresident del govern, Josep-Lluís Carod-Rovira, ha presentat el projecte de llei de l'aranès, que ha de vetllar per la "supervivència de la llengua occitana" per mitjà de la protecció i la garantia dels drets lingüístics dels aranesos i la unitat científica de la llengua. Per Carod, es tracta d'una "llei de reconducció històrica per donar a l'occità una protecció de la qual no ha gaudit mai". El vicepresident del govern ha qualificat l'aranès de "testimoni viu d'una de les grans cultures emblemàtiques de la construcció europea" i, en aquesta llengua, ha explicat que la nova legislació protegeix la parla i li dóna garanties per fer-la present en diferents àmbits.

La llei fomenta l'aranès i en regula l'oficialitat i l'ús a les institucions, els mitjans de comunicació, l'ensenyament i la toponímia, entre altres. La iniciativa compleix el mandat de l'estatut que declara l'oficialitat a Catalunya de l'occità, denominat 'aranès' a l'Aran. L'organisme, independent, que en fixarà les regles serà l'Institut d'Estudis Aranesos.

La llei de l'aranès s'ha aprovat per 117 vots a favor (CiU, PSC-CpC, ERC, ICV-EUiA) i 17 en contra (PPC i grup mixt). Al debat hi han intervingut els diputats Carme Vidal (CiU), el síndic d'Aran, Francesc Boya (PSC-CPC), Maria Àngels Cabasès (ERC), Rafael López (PPC), Francesc Pané (ICV-EUiA) i Carmen de Rivera (grup mixt). "

Extrait du préambule du projet de loi :

"D’acord amb la tradició de la política lingüística a Catalunya, aquest reconeixement comprèn la voluntat de col·laborar en la protecció de la unitat de la llengua occitana. Actualment la normativa de referència més difosa, i que manté els mateixos criteris de les Normes Ortografiques der Aranés aprovades per la Generalitat de Catalunya l’any 1983, és la definida per Loís Alibèrt en la Gramatica Occitana, publicada a Catalunya el 1935 i reeditada per l’Institut d’Estudis Catalans l’any 2000. A partir de l’impuls de les relacions amb altres territoris de parla occitana, la Llei pot contribuir a afavorir el desenvolupament de les accions relatives a la regulació i establiment de les directrius de l’occità."


Ajoutons également cette pétition qui circule, rédigée ainsi :

"Eth manifèst (...) inste ara Generalitat a convertir Aran, a trauèrs deth Conselh Generau e es sues institucions academiques, en “caplòc dera labor que se volgue amiar a tèrme ena Occitània de dehòra de Catalonha” entà “promòir era unificacion normativa der occitan”.

Rappel à la loi

Le préfet des Pyrénées-Atlantiques a envoyé début septembre à tous les maires du département un rappel à la loi quant au régime d'aides qu'un conseil municipal peut allouer à des écoles privées, notamment du premier degré (en l'espèce les Ikastolak et les Calandretas). C'est la loi telle que codifiée dans le Code de l'Education : pour faire vite, rien en dépenses d'investissement mais la collectivité doit prendre à sa charge les dépenses de fonctionnement. En pratique, cela touche la location de locaux publics à un loyer inférieur à la valeur locative ou des constructions nouvelles destinées à l'accueil d'une école privée (du premier degré) : il y a interdiction.

C'est la loi. Que répond alors David Grosclaude sur "Ràdio País" ? Le préfet n'aurait pas tenu compte de l'inscription* des langues régionales dans la Constitution.

* : « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France. »
Article 75-1 de la Constitution du 4 octobre 1958

Grosclaude de dire sérieusement que cela change tout le problème juridique. Ah bon ? D'abord, c'est au juge de dire ce qui est constitutionnel de ce qui ne l'est pas. Un maire n'a qu'à attaquer la circulaire du préfet devant le TA de Pau, on verra ce que diront les juges eu égard à cet argument constitutionnel. On peut sérieusement douter qu'une déclaration de principe sur les langues régionales s'oppose à l'application stricte du régime d'aides des écoles privées ... D'autant plus que parmi des principes constitutionnels, se trouvent les principes d'égalité devant la loi et d'unicité du peuple français qui ont servi en d'autres occasions à contrecarrer toute affirmation des "langues régionales". Le nouvel article 75-1 ne changera rien à la primauté du principe d'indivisibilité. Je rappelle la décision du Conseil Constitutionnel relative à la Charte des langues régionales :

"Considérant qu'il résulte de ces dispositions combinées que la Charte
européenne des langues régionales ou minoritaires, en ce qu'elle
confère des droits spécifiques à des "groupes" de locuteurs de langues
régionales ou minoritaires, à l'intérieur de "territoires" dans
lesquels ces langues sont pratiquées, porte atteinte aux principes
constitutionnels d'indivisibilité de la République, d'égalité devant
la loi et d'unicité du peuple français ; "

Dans tous les cas, la loi reste la loi, elle a été votée, elle n'a pas été censurée par le CC en son temps, à moins de demander une QPC sur cette question, tout cela est inutile. Ce ne sont que gesticulations.

Au fond, Grosclaude engage une lutte politique contre les préfets. Le préfet n'est pourtant que la bouche de la loi. La loi, ce sont nos députés qui la votent. Il est là le combat politique à mener. Il est ridicule d'aller attaquer le préfet qui n'a aucune marge de manoeuvre. Pire, si le préfet n'avait rien dit, il aurait soumis des municipalités à une insécurité juridique pour peu qu'un administré attaque en justice les aides (et là, la commune peut casquer, ça peut aller jusqu'à la destruction du bâti). Cet administré tatillon (et désagréable entendons-nous) pourrait même mettre en cause la responsabilité de l'Etat via la figure du préfet qui n'aura pas pris les mesures nécessaires.

En plus, la question est plus profonde que ça : on touche à l'un des piliers de la France, à savoir la méfiance à l'égard de l'enseignement privé (encore qu'il y ait eu des atténuations). C'est très encadré. Que fait dès lors Grosclaude dans une majorité régionale dirigée par le PS ? Il ne connait pas la position des partis de la gauche française traditionnelle sur ces questions ? Méconnaitrait-il la doxa républicaine ? Une fois de plus, un dirigeant d'Ikastola interrogé sur la même radio a montré plus de sens politique, indiquant "qu'il en avait toujours été ainsi". D'un côté, des gens qui savent que le combat à mener est contre une certaine doctrine républicaine et est donc global. De l'autre, une inconséquence politique, une contradiction dans l'engagement. Evidemment qu'il faut "infiltrer" les partis classiques français pour changer la donne du débat, mais c'est là un long combat qui exige de comprendre le raisonnement juridique et politique de l'"ennemi".

lundi 20 septembre 2010

L'ingérence catalane du GLO

On le sait peu mais les occitanistes sont parvenus à lier des rapports assez étroits avec la Generalitat de Catalunya via le "Grop de Lingüistica Occitana" (GLO)* rattaché à la "Secretaria de Política Lingüística". Les Aranais - complexés par leur forme périphérique de gascon - sont au premier plan de ce combat : il s'agit d'élaborer un occitan standard. C'est non sans honte que la rhétorique la plus minable est utilisée pour faire avaler ce truc.


* : "El contingut d'aquesta minigramàtica de l'occità que teniu a les mans, elaborada pel doctor Aitor Carrera, va ser aprovat pel Grop de Lingüistica Occitana (GLO), de la Secretaria de Política Lingüística de la Generalitat de Catalunya, en la trobada de Vielha del dia 7 de febrer de 2009. El GLO és format per Dario Anghilante, Claudi Balaguer, Felip Aitor Carrera, Jean Claude Forêt, Jèp de Montoya, Rosella Pellerino, Patrici Pojada, Maurici Romieu, Patric Sauzet, Miquèu Segalàs, Domergue Sumien, Jacme Taupiac, Alan Viaut, Manel Zabala, i també per Joan Claudi Rixte. Els noms dels seus components són garantia de qualitat."

"Les formes que s'exposen a continuació pertanyen a una mena d'occità estàndard que, d'entrada, ha de resultar comprensible –sense cap aprenentatge previ– a tots els que coneixen i usen la llengua d'oc, ja siguin provençals, llenguadocians, alvernesos, gascons (aranesos inclosos) o llemosins."



Cette phrase cache de toute évidence que le standard sera élaboré en fonction du languedocien, ainsi que le prouve la suite du document. Le GLO se défend de toute ingérence, non sans faire dans le délire :


"El GLO, que assessora a la Secretaria de Política Lingüística, no és, ni pretén
ser, l'autoritat reguladora del territori lingüístic occità. Les estructures més
democràtiques del mateix territori hauran de generar aquest organisme regulador.
El dia de l'existència d'aquesta autoritat les propostes del GLO s'hi
adaptaran."


Lisez : le GLO s'éclipsera quand l'Occitanie sera autonome ... Par la suite, les auteurs de ce document tentent de justifier que si la plupart des choix sont languedociens, ce n'est que fortuit, et que cette langue standard sera l'alliée des "dialectes".


"Aquestes formes són el producte d'una selecció d'elements que parteix d'uns
criteris lingüístics que pretenen d'afavorir les formes més diasistemàtiques o
esteses territorialment, les més tradicionals o amb un pes històric i literari
més important, les més regulars, funcionals i autònomes o autòctones
d'Occitània. Hi pot haver una coincidència més o menys important entre aquestes formes i –sobretot– les d'alguns dialectes llenguadocians, situats en el centre del domini lingüístic, però cal remarcar que d'aquest fet no cal treure'n conclusions esbiaixades."


A titre personnel, je trouve cette démarche insupportable, aussi bien scientifiquement que politiquement. Scientifiquement car la démarche normalisatrice est biaisée car il n'y a aucune raison de favoriser le languedocien qui n'est en rien plus central ni plus conservateur que les autres langues d'oc, et en tout cas qui n'en est certainement pas la source, il ne parait pour tel que du fait qu'il est écrit avec plus d'ancienneté selon les codes alibertins.

La vérité est que le languedocien parlé est une surévolution du latin comme les autres, sa centralité est un mythe et sa définition même prête à sourire (le languedocien serait donc ces dialectes qui ne vocalisent pas). A la rigueur, s'il fallait vraiment unifier le dit occitan, il faudrait comme toute langue qui se respecte user de la langue littéraire historique, à savoir le limousin,
langue des troubadours, et certainement pas le languedocien, variante périphérique qui annonce le catalan dans l'ensemble gallo-roman méridional, anguedocien par ailleurs moribond et éteint dans certains régions (Aude, Hérault, ...).

Politiquement, l'ingérence catalane devient assez lourde à supporter mais on ne peut accuser la Catalogne. Ce qui est insupportable, c'est cette façon occitaniste de parasiter des institutions pour leur faire dire ce que l'on veut. Je comprends aisément le besoin catalan de renouer avec la dite Occitanie pour s'éloigner de Madrid. Mais pour quelle raison venir dicter à des populations
étrangères par le droit ces choses-là ? Les Catalans ont déjà détruit le roussillonnais, on voit assez tout de même les grandes tendances du rouleau compresseur normalisateur catalan. J'ai même lu récemment des textes de Corominas qui m'ont beaucoup déçu : je vous retrouverai les sources, mais Corominas dans son étude de l'aranais, exprime qu'à son avis l'aranais, s'il reste "occitan", est tout de même "catalan" et qu'en tout cas le peuple aranais se serait toujours senti "catalan" et aurait eu en mépris les Commingeois, des "Français" (sic). Qu'est ce que ne diraient pas les petits irrédentistes pour faire de jolies cartes ... Ce sont les mêmes qui vont expliquer que le parler languedocien des Fenouillèdes est en fait du catalan "gabatxisé" ou qui vont aller tailler dans les dialectes de transition en Aragon des parts de Catalogne.

Surtout, ce qui m'attriste, c'est que certains secteurs catalans n'appliquent pas à l'Occitanie ce qu'ils admettent chez eux. En effet, la Catalogne a clairement aujourd'hui renoncé à l'idéal des Països Catalans. Le vote sur la corrida est à ce titre révélateur car quoi qu'on en pense, Barcelone accélère la séparation sentimentale d'avec Valence. Donc d'un côté on a des patriotes catalans qui renoncent à la Grande Catalogne et préfèrent leur moignon féodal indépendant à une grande action sur toutes les terres catalanophones. Soit. C'est une démarche IBGiste ! Et de l'autre, ces patriotes catalans en recherche de frères au Nord des Pyrénées, vont venir nous parler d'Occitanie, assemblage éclaté de petites "Valences", autrement plus différenciées d'ailleurs que la Catalogne ne peut l'être du pays valencien. Je crois qu'il est temps pour les Catalans de viser leur véritable lien outre-Pyrénées, à savoir le Languedoc qui à tout point de vue est le double septentrional de la Catalogne. La Gascogne aussi pourrait renouer avec la Catalogne via Midi-Pyrénées peut-être. Mais il faut dire aux Catalans que ce qu'ils peuvent partager avec la Provence, et surtout avec la dite Occitanie du Nord est limité.

Dans tous les cas, j'ai beaucoup de sympathie pour les Catalans mais on ne peut qu'être attristé que dans le souci de bien faire, ils étendent en "Occitanie" leur obsession normalisatrice, avec la complicité d'occitanistes connus. Je rappelle que le Parlement catalan avait voté il y a quelques mois une résolution condamnant au fond la France pour son attitude envers le peuple occitan. On a connu des incidents diplomatiques pour moins que ça. Quant au fond, il faut tout à fait lutter contre l'émergence de ce standard occitan sur base languedocienne.

dimanche 12 septembre 2010

Mes résultats génétiques

Ceux qui me connaissent savent mon attrait pour la question des origines des peuples. Et plus précisément, charité bien ordonnée commençant par soi-même, celle de mes origines. Aussi longtemps que je me souvienne, j'ai questionné qui j'étais, d'où je venais, via la patronymie, la toponymie, la généalogie. Aujourd'hui, plus de deux décennies après le déclenchement de cette maladie obsessionnelle, je suis en mesure de mettre des mots techniques sur une réalité difficilement palpable. La génétique ! Et je ne suis pas fou !

J'ai ainsi récemment profité d'une ristourne pour acheter le kit génétique de la compagnie californienne 23andme. Les résultats sont tombés après quelques semaines d'attente, d'angoisse aussi, car il n'existe rien de plus oppressant que le déterminisme scientifique. Du point de vue de la santé, il n'y a rien à dire : l'entreprise américaine a parfaitement détecté les maladies "familiales". Au fond, cela se résume à un conseil bien évident : il faut éviter la vie de patachon. Ce qui m'intéresse le plus relève de sur quoi aucun d'entre nous n'a prise : le passé ancestral.

Avant toute chose, voici un aperçu rapide de mon "pedigree", afin de mettre en balance les résultats avec le cobaye testé :


- Côté paternel :

Grand-père : Bigourdan des enclaves mais le patronyme est de l'Entre-Deux-Gaves en Béarn (probable migration vers 1800 que je ne parviens pas à prouver via les bases généalogiques). Mariages entre familles béarnaises de Saubole et bigourdanes des enclaves (Séron, Escaunets, ...)

Grand-mère : mère du Vic-Bilh (environs de Lembeye) avec ancêtres lointains en Rivière-Basse. Père issu en partie de familles protestantes de Salies-de-Béarn et de catholiques charnégous de Labastide-Villefranche, à la frontière avec le pays de Gramont (Basse-Navarre gasconophone).


- Côté maternel :

Grand-père : moitié-Morlaàs, moitié-Thèze.

Grand-mère : moitié-Morlaàs, moitié-Thèze. Je subodore qu'ils étaient cousins car les mêmes villages reviennent avec obsession. :)

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Voici les résultats : pour comprendre les termes techniques, voyez les articles de Wikipedia anglophone qui sont bien faits.


Y-DNA haplogroup
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C'est un haplogroupe de souche pyrénéenne, trouvé fréquemment chez les Basques et les Catalans (autrement dit chez les populations basco-ibères), qui s'est étendu par la suite à l'Europe entière après la période glaciaire. Il n'y a rien de surprenant à un tel résultat dans la mesure où la lignée paternelle est probablement située dans l'Entre-Deux-Gaves béarnais, région à la toponymie basque encore subrepticement présente. Voici plus précisément ce que la Wikipedia anglophone en dit :

" This subclade is defined by the presence of the marker M167, also known as SRY2627. The first author to test for this marker (long before current haplogroup nomenclature existed) was Hurles in 1999, who tested 1158 men in various populations. He found it relatively common among Basques (13/117: 11%) and Catalans (7/32: 22%). Other occurrences were found among other Spanish, Béarnais, other French, British and Germans.

In 2000 Rosser et al., in a study which tested 3616 men in various populations also tested for that same marker, naming the haplogroup Hg22, and again it was found mainly among Basques (19%), in lower frequencies among French (5%), Bavarians (3%), Spanish (2%), Southern Portuguese (2%), and in single occurrences among Romanians, Slovenians, Dutch, Belgians and English.

In 2001 Bosch described this marker as H103, in 5 Basques and 5 Catalans. Further regional studies have located it in significant amounts in Asturias, Cantabria and Galicia, as well as again among Basques. Cases in the Azores and Latin America have also been reported. In 2008 two research papers by López-Parra and Adams, respectively, confirmed a strong association with all or most of the Pyrenees and Eastern Iberia. "




mtDNA haplogroup :



Haplogroupe très rare en France que l'on pense être issu du foyer franco-cantabrique de l'âge de Glace. Il a aujourd'hui son extension maximale chez les Lappons du fait du repeuplement de l'Europe après l'âge glaciaire. Dans la mesure où j'envisage mal une rétro-migration, il y a fort à parier que la présence de cet haplogroupe au pied des Pyrénées représente un état initial avant sa dispersion lors du repeuplement de l'Europe, notamment du Nord. Une population réduite possédant cet haplogroupe aura été la source ancestrale d'une grande partie des Européens du Nord : en effet, plus les migrations sont récentes, moins la variété génétique est grande. Encore aujourd'hui, l'Afrique subsaharienne est génétiquement le continent le plus divers. Ce que Wiki en dit plus précisément :

" Although a small proportion of the Haplogroup U (mtDNA) among the Sami falls into U4, the great majority is U5b. The percentage of total Sami mtDNA samples tested by Tambets and her colleagues which were U5b ranged from 56.8% in Nowegian Sami to 26.5% in Swedish Sami. Sami U5b falls into subclade U5b1b1. This subclade is present in the French, Croatian, Bosnian, Slovenian, Czech, Russian, Ukrainian, Polish, and Hungarian mtDNA pools and also in the Caucasus.

However 38% of the Sami U5b1b1 mtDNAs have
haplotype so far exclusive to the Sami, containing a transition at np 16148. Alessandro Achilli and colleagues noted that the Sami and the Berbers share U5b1b, which they estimated at 9,000 years old, and argued that this provides evidence for a radiation of the haplogroup from the Franco-Cantabrian refuge area of southwestern Europe "



Ancestry painting :




Global similarity :



Southern European : 67.94
Northern European : 67.88

NB : 23andme définit l'Europe du Sud comme étant l'Espagne, le Portugal, l'Italie, ... plus l'échantillon basque à leur disposition. La France dans son intégralité est par contre classée sous le label "Europe du Nord". On verra dans les cartes qui suivent l'artificialité de cette division.


Europlot :


Il s'agit de situer le génome des utilisateurs en fonction de populations de base dont dispose 23andme : c'est un bête algorithme mathématique. Je suis la flèche verte isolée entre l'échantillon basque et le gros des Européens. Les carrés verts représentent un échantillon d'Européens du Nord (les Français y sont donc inclus). En orange, les Européens du Sud (essentiellement des Italiens). Je suis grosso-modo en fait à un tiers de distance du groupe basque et 2/3 des Européens du Nord (si l'on excepte le carré vert un peu aberrant qui s'approche de moi à droite) tels que définis par 23andme. Ce qui signifie en termes triviaux que génétiquement, c'est des Basques que je suis le plus proche, loin devant les Européens du Nord, dont les Français.



NE plot : En zoomant sur l'Europe du Nord, je n'apparais pas sur le graphique car en dehors de la variabilité nord-européenne ainsi définie.




SE plot : En zoomant sur l'Europe du Sud, je n'apparais pas plus sur le graphique car en dehors de la variabilité sud-européenne ainsi définie.




Je me retrouve donc sacrément isolé, n'ayant pas d'affinités étroites avec les Européens de base, qui au moins sur l'axe Est/Ouest des migrations sont tous situés à l'Est (apport néolithique ?). Plus l'on se situe à l'Ouest, plus l'on est en contact avec le foyer originel européen, représenté aujourd'hui par le peuple basque. C'est le fameux refuge "franco-cantabrien". Que déduire donc ? Je suis génétiquement "basque" mais différemment, dans une autre variabilité, probablement aquitaine, qui fait transition avec le gros des Européens. Il y a fort à parier que si 23andme disposait d'échantillons de populations sub-pyrénéennes comme les Haut-Aragonais, les Basques périphériques (Souletins, Roncalais, ...), les Gascons de manière générale et les Catalans, je me trouverais moins isolé et ces populations assureraient le continuum du graphique.

Fort heureusement, 23andme permet de partager avec les autres utilisateurs ses données génétiques. J'ai donc ajouté de nombreuses personnes qui affinent le graphique.



Le graphe se décante quelque peu. Analysons les groupes les plus intéressants qui apparaissent :

- Le groupe "Portugal + Spain" est constitué de deux utilisateurs portugais, l'un du Nord, l'autre du Sud (ce qui prouve la grande homogénéité de ce pays) ainsi que d'Andalous et d'une Manchega. On remarque que le groupe ibérique se situe au Nord et à l'Ouest des Européens du Sud tels que définis par 23andme : c'est la confirmation que les habitants de la péninsule ibérique partagent des affinités plus fortes avec les peuplades de la façade atlantique qu'avec les Méditerranéens. Pour l'instant je n'ai pas compris quel était ce groupe de carrés verts "nord-européens" au SE des Ibères : il s'agirait d'échantillons provençaux selon certains, qui font donc continuum avec l'Italie.

- Le groupe des Français est très intéressant : du Nord au Sud, un utilisateur du Berry/Bourbonnais, un autre du Velay, enfin un autre du Dauphiné (dans sa partie occitanophone). On remarque donc que ces trois individus se situent approximativement au même endroit sur un axe Ouest/Est.

- Le groupe qui pour l'instant s'approche le plus de moi sur l'axe Ouest/Est est constitué d'Espagnols. Le groupe est composé d'un individu à moitié-aragonais, à moitié-valencien, d'un autre à moitié navarrais, à moitié galicien, enfin d'un habitant de Guadalajara ... qui s'avère être mon cousin au 4ème degré ! Ou bien je possède un ancêtre espagnol commun avec lui, ou bien l'un de mes cousins dans une branche quelconque aura migré en Espagne, schéma classique dans la France du Sud-Ouest. Dans le coin NE de ce groupe se trouve un individu catalan qui fait donc transition avec les Français.

- Enfin, notons l'individu dit "Half-Gascon". 23andme m'indique qu'il s'agit d'une Américaine dont la mère était béarnaise des environs de Salies-de-Béarn, nous cousinons donc par mes ancêtres dans cette région (elle se croyait d'origine basque !). Cette dame est également à 1/4 Corse et 1/4 Autrichienne, il n'en reste pas moins qu'elle est celle qui tend le plus vers moi des personnes rajoutées, du moins sur l'axe Ouest/Est.


Conclusion :



Dans l'attente d'autres résultats que je publierai, voici une conclusion partielle :

- 23andme ne m'a rien appris : je suis "génétiquement" ce que je suis "généalogiquement". Je suis "Gascon" (du Béarn) à savoir l'avatar moderne de l'ancienne ethnie aquitaine, dont tous les témoignages tendent à prouver qu'il s'agit de l'extension antique des Basques au Nord des Pyrénées, entre la Garonne, l'Océan et les Pyrénées. Je suis un Basco-aquitain latinisé.

- Mes haplogroupes sont très localisés et relativement rares et typés, ce qui confirme une occupation du sol très ancienne de la part de mes ancêtres, que l'on peut dater au minimum de l'âge de Glace.

- 23andme manque d'échantillons de référence dans des zones réduites géographiquement mais fascinantes génétiquement, à savoir les anciens pays de langue basque : La Rioja, le Haut-Aragon, la Gascogne, probablement le Languedoc pyrénéen. L'échantillon basque choisi est par ailleurs connu pour sa grande originalité du fait de l'endogamie propre à l'ancien monde : par conséquent, des originalités génétiques irréductibles se sont développées (cf les Sardes).

On voit fort bien que dès que l'on s'approche du foyer franco-cantabrien, les distances génétiques sont grandes alors que les distances géographiques ne le sont pas. Deux Portugais distants de 400km vont se trouver côte-à-côte sur le graphique alors que deux Basques seront plus éloignés, au moins sur l'axe Ouest/Est ! La variété génétique est plus grande dans le foyer originel de population de l'Europe alors que de nombreux Européens ne sont que les descendants de groupes réduits de colons partis après l'âge de Glace, donc génétiquement plus homogènes, et plus ou moins en contact avec les migrations néolithiques ultérieures en provenance du Proche-Orient.

A suivre !

mercredi 8 septembre 2010

Aux confins du gascon : Cherbeys

Nous sommes dans le petit village de Charre, rive droite du Saison, en Béarn, au hameau de Cherbeys.


Frontière linguistique approximative entre le basque et le gascon


Cherbeys est Xerbee-Jusoo de Haute en 1385. L'adjonction d'un s (Cherbes au XIXème siècle) est assez mystérieuse comme dans le hameau voisin de Bisqueys (du basque bizkai, encore noté Biscay sur la carte de Cassini), à moins qu'il ne s'agisse d'un pluriel pour faire allusion à Xerbee-Susoo que pourtant Paul Raymond n'identifie pas à Xerbee-Jusoo. Il semble bien que selon l'attestation de 1386 s'appelait tout simplement Xerbe.

Dans le dénombrement des feux de 1385, X sert à noter une chuintante, souvent issue du s apico-alvéolaire gascon (ex : Guixarnaut, issue de Gassie-Arnaut), commun au castillan (le fameux s chuinté espagnol), mais pas nécessairement.

On pense immédiatement au gascon "gerbèr" qui aurait été cependant plutôt Yerbee, car en Béarn, g + i,e donne y, peut-être anciennement j, mais jamais une chuintante (c'est le cas en aragonais). "serbèr" ne signifie rien quant à lui.


Cherbeys


Alors, dans le contexte de présence de la langue basque dans ce village encore au XIVème siècle ainsi que le confirme la domonymie de l'époque, on peut imaginer qu'il s'agit de la déformation du basque Etxeberri :

(Et)xeberri > 'Cheberri > Cherbe (métathèse gasconne)

Il faudrait savoir la prononciation actuelle : l'accentuation sur l'initiale est souvent un indice, mais elle a pu se perdre. A Charre, en 1385, le basque Etxebertze* a donné la maison dite Cheverce. Ce qui pose problème, c'est donc que dans le même village à la même époque, on note Cheverce d'une part avec "ch" (affriquée ? En basque moderne : "tx") et Xerbee avec "x" (simple chuitante, en basque moderne, entre "x" et "s").

Il est certain qu'en gascon, "etxe" est in fine interprété en chuintante (cf Xandie à Sauvelade à la même époque qui ne peut qu'être Etxehandia).
Mais pourquoi cette différence ? Il est vrai que par exemple, pour la commune basque de Charritte-de-Haut, on note dans le Censier gothique "exartea" Etxartea et "echeverrie" Etxeberria.

* : bertze en basque, c'est "autre". "L'autre maison". "Lautecaze" existe en gascon.

A titre anecdotique, dans le Censier gothique de Soule, quand le nom basque des maisons est transparent, il est traduit en gascon. La grande majorité des Etxegapare/Etxekapare est dite "casemayor".

Gascon et guyennais en Lot-et-Garonne



Lavardac :
1. Un homi awè düs hilhs ; lou mey jouen digout a soun pay : Papay,
balhat me lous bens que diwi auje per ma part. E lous y hascout lou
partatche de soun ben.

Prayssas :
1. Un homi abiŏ düs fils : lou pü jouyne diguet a soun pay : Moun pay,
dounas me lous bes que dibi abe per ma part. E lou pay lour fasquet
lou partatge de soun be.

L :
2. Cauques jours apretz, lou mey jouen empourtan damb et tout so
qu'awè, s'en angout courre dens ün païs eluenhat oun despenset tout
soun ben.

P :
2. Pauc des jours apret, lou pü jouyne empourtan damb el tout so
qu'abiŏ, s'en anguet bouyatcha en païs eloinhat oun despenset tout
soun be.

L :
3. Apretz qu'aout tout gaspilhat, bengout iŏ grandŏ faminŏ den aquet
païs ; e estout talŏmen nüt de toutŏ causŏ, qu'estout oubligat des
bouta au darre d'ün abitan du loc que l'embiet den sa bordŏ end'y
gouarda lous tessouns.

P :
3. Après qu'atjet tout dissipat, sürbenguet unŏ grandŏ faminŏ dins lou
païs ound érŏ, e fusquet taloment denuat de toutŏ causŏ que calguet
que se louguessŏ chez un abitan de l'endret que l'embouyet dins unŏ de
sas bordos per y garda lous tessous.

L :
4. Aquiu, que dezirawŏ se rassasia das trounhotz que lous tessouns
minyawŏn, mè digün que l'y en balhet.

P :
4. Aquiu, deziret poude se rassasia des restŏs que faziŏn lous
tessous, mes digün nou l'in dounguet.

L :
5. A la fin, reflechiscout e digout :y a den l'oustau de papay bayletz
qu'an pan tant que boůn, e jou mourissi de hami aci.

P :
5. Enfin, en reflechin, diguet : y a din l'oustal de moun pay des
bayletz qu'an de pa en aboundansŏ, e jou mouri de fam aci.

L :
6. Que cau que me lewĭ, qu'anguĭ trouba papay e que li diguĭ : "Moun
pay, ey pecat countrŏ lou ciel e dewan bous. Ne souy pas digne adarŏ
d'esta aperat boste hilh. Tretatz-me dounc, coumŏ ün de bostes
bayletz."

P :
6. Cal que me lebĭ, qu'anguĭ trouba moun pay et que li diguĭ : "Moun
pay, ey pecat countra lou ciel e daban bous. Nou sey pas digne adarŏ
d'estre appelat bostre fil. Tretaz-me dounc comme l'un de bostes
bayletz."

L :
7. Se lewet dounc et angout trouba soun pay : me coumo èrŏ encouerŏ
luen, soun pay l'apercebüt e, toucat de coumpassioun, courrout e
l'embrasset.

P :
7. Se lebet dounc e anguet trouba soun pay : mes èrŏ enquerŏ len que
soun pay l'aperceguet, e, toucat de compassioun, courguet l'embrassa.

L :
8. Soun hilh li digout : Moun pay, ey pecat, etc.

P:
8. Soun fil li diguet : Moun pay, ey pecat, etc.

L :
9. Me lou pay digout a sous bayletz : Pourtatz li biste sa prümèro
pelhŏ e boutatz-li : boutatz-li ün anet au dit e souliès as pès.

P :
9. Mes lou pay diguet a sous bayletz : Pourtas-li biste sa pü belŏ
raubo e metes li : metes li un anel al dit e des souliès as pès.

L :
10. Miatz lou betet gras e tuätz lou ; minyan e hèn bounŏ chèrŏ, pramo
que moun hilh qu'èrŏ mort et ès ressuscitat." E hascoun grandŏ hestŏ.

P :
10. Menas lou bedel gras e tia lou; mingen e fasquen bounŏ chèrŏ,
parce que baci moun fil qu'èrŏ mort e qu'ès ressuscitat ; èrŏ perdüt
et ès retroubat." E fasqueren grandŏ festŏ.


Source : Luchaire



Analyse phonétique rapide :

1. Chute du n intervocalique à Lavardac : miatz (L) / menas (P)
2. N dental final à Lavardac : ben (L) / be (P) (trait très localisé en gascon, ailleurs plutôt vélaire)
3. Pas de fermeture o>u après nasale : mort (L/P)
4. Pas d'assimilation nd>n : grandŏ (L/P)
5. Traitement gascon de ll à Lavardac : aquet (L), aperat (L)
6. Passage f>h à Lavardac : hilh(L) / fil (L)
7. Traitement gascon du v intervocalique à Lavardac : awè(L) / abiŏ
(P)
8. Vocalisation de -l à Lavardac : oustau (L) / oustal (P)
9. Traitement gascon de -ariu/aria à Lavardac : prümèro (L)
10. Conservation du groupe gw mais pas de kw : gouarda (L) / garda
(P) ... cauques (L)

Le texte ne permet pas de juger quant au arr- prosthétique. On peut remarquer la conservation de l'occlusive sourde en gascon dans betet (L) / bedel (P), la prononciation -ts des finales des secondes personnes du pluriel en gascon, la dépalatisation des -lh finaux en languedocien (jamais notée à l'écrit en écriture alibertine alors qu'il s'agit d'un trait fort qui s'oppose au gascon), prononciation sporadique y de j en gascon, diphtongaison du o bref conditionnée par le yod encouerŏ (L) / enquerŏ (P), ...

Les deux communes ne sont séparées que de 25 kilomètres ... La différenciation est énorme. Et on est loin du gascon pyrénéen ...



Les Gascons dans la géographie du XIXème siècle

"La familia ibérica, que en la antigüedad se componia de los íberos,
que habitaban la España, Portugal y la Aquitania ó Gascuña [...] En el
dia la raza pura de los íberos solo comprende á los vascos ; pues los
españoles y portugueses proceden de los antiguos íberos amalgamados
con los galos, romanos, godos y árabes. Los gascones son íberos
afrancesados."


Curso elemental de geografía física, política y astronómica, Bernardo Monreal y Ascaso, 1863


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"Les Gascons sont des ibères romanisés. Les Béarnais ont toujours occupé parmi eux le premier rang."


Second cours de géographie, Frédéric-Constant de Rougemont, 1838



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"Los pueblos diseminados por la cuenca del Garona y calificados de gascones, no son vascos (...) han perdido, andando el tiempo, su lengua con su nacionalidad, y no son reconocidos como hermanos por los vascos franceses, quienes sólo consideran como tales a vizcaínos, guipuzcoanos, alaveses y navarros. Población: estos países, últimos restos de la antigua raza de los íberos, ocupan las dos vertientes de los Pirineos occidentales, entre Francia y España, repartidos en siete provincias, cuatro españolas y tres francesas".


"Real Academia de la Historia" : Vascongadas

Autour du toponyme souletin Larrebieu

Larrebieu est un hameau souletin des collines de la vallée du Saison, non loin du Béarn. La toponymie de la commune est d'ailleurs par endroits gasconne : Laplume, Bou, Poutou, Béthulard, Abbadie.

Le nom basque est Larrabil (larra + bil : "lande arrondie") qui décrit parfaitement le site. Larrebieu ("Larrebiou" en gascon) est évidemment la gasconnisation de l'étymon basque avec vocalisation de la latérale finale. En basque, le nom d'habitant est également pris au gascon : on dit "Larrebies" en concurrence avec "Larrebiltar".


Larrebieu en venant d'Arrast

Larrabil donne probablement le patronyme béarnais Larbiou, forme contractée de Larrebiou, fréquent en Aspe et du côté de Navarrenx, ainsi que les lieux-dits béarnais homonymes (Larbiou à Sarrance et à Séméacq-Blachon, ce dernier ne figurant toutefois pas au cadastre napoléonien).

Il est plus malaisé d'expliquer de la sorte les lieux-dits gersois pourtant homonymes : Larrebiou à Saint-Lizier-du-Planté, Larrebeou à Scieurac-et-Flourès.
Mais que signifierait alors en gascon du gers "l'arrebiu" ? Par contre, Larrebelle (Larrebila, avec article basque -a) à Léon (40) est plus probable.

Pas de maisons nobles au Moyen-Âge à Larrebieu. Les maisons fivatières portent en grande majorité des noms basques et existent toujours pour la plupart : "lostau dardoya" (Hardoy), "lostau daccquerbiscay" (Arkabisquey), "cabalaynh" (Sabalain), ...

Deux maisons au nom roman cependant : "Castelan" et "Bethulard", ce dernier étant peut-être un assemblage bilingue sur le latin pour bouleau - bethulus - et le basque larre=lande.

Une maison de Larrebieu - "behetie juzon" - était fivatière de la maison noble d'Espiute en Béarn dite "lostau de cheverrie domenger" dans le Démembrement béarnais de 1385, autrement dit Etxeberri(a), et dit "cazenave d'espiute" dans le texte gascon souletin du Censier gothique.
Autrement dit, on a la preuve que l'on passait d'une langue à l'autre pour les termes transparents.

mardi 7 septembre 2010

Aramits en Barétous : un toponyme basque en Béarn

Nous sommes en Béarn, vallée de Barétous, à Aramits. La prononciation en gascon d'Aramits avec accent tonique sur l'antépénultième ne laisse aucun doute : il s'agit bien d'un toponyme basque. C'est bien Aràmitz (comme Biàrritz). Le recul de l'accent tonique (qui est également typique des zones de contact gasconnes charnégous du Bas-Adour) pose une question : pour quelle raison n'a-t-il pas lieu pour les suffixes en -os qui sont généralement conçus dans une plus vaste famille de suffixes locatifs à sifflantes (-atz/otz/itz) et accentués sur la finale en gascon plus conformément aux grandes tendances phonétiques de la langue ?
Sachant qu'en basque, il n'y a pas d'accent tonique.




1. Le nom d'Aramits

Beaucoup d'auteurs expliquent le nom de ce village, indubitablement basque, par le terme aran=vallée suffixé en -itz (suffixe locatif avec sifflante). Sans jamais expliciter phonétiquement l'assemblage : or il me semble très difficile selon les règles du gascon qu'Aranitz donne Aramitz. On aurait plutôt la conservation de l'étymon (la question de la chute du n intervocalique n'est pas résolue pour les étymons basques).

Par contre, en basque, de tels phénomènes de "bilabialisation" sont fréquents, notamment en Haute-Soule à laquelle le Barétous est lié : ainsi le terme zunhar pour ormeau peut donner dans les textes médiévaux aussi bien sunarte (hameau béarnais de Sauveterre), suhart, çuguarriaga et çumarraga.

De même la base ancienne inhi=jonc, conservée en souletin, a donné dans des dialectes qui ont perdu les nasales "ihi", mais probablement le hameau médiéval ymizcoyz de Basse-Navarre.

Source : La langue basque au Moyen-Age de Jean-Baptiste Orpustan

Pour résumer, un n intervocalique peut en basque être conservé, passer à h dans des dialectes qui ont perdu les nasales (cf la nasalité du gascon) ou être "bilabialisé" et passer à m. C'est probablement le cas d'Aramits dont la langue ancienne devait être le souletin qui conserve bien les nasales et parfois même les palatise (voir Larrau qui est le nom gascon de la commune qui se dit en souletin Larrañe, sur-évolution de Larraun, en gascon, dénasalisation de la finale, en souletin palatisation).

Donc, Aramitz peut très bien selon les règles de la phonétique basque, être issu d'Aranitz, tout comme il aurait pu donner Arahitz/Araitz, ou même Arañitz.
En basque, il n'y a pas de règle absolue. Sinon, il faut envisager des assemblages plus complexes sur aran, qui en composition dans les pays souletins donne ara- (pour le coup, dénasalisation finale), et un terme obscur et non-identifiable.


2. Le gascon à Aramits

Le gascon d'Aramits est du gascon pyrénéen aspo-barétounais (donc conservation de sourdes intervocaliques comme en aragonais et en absque). Vous pouvez l'écouter dans le lien suivant :

http://crdo.risc.cnrs.fr/data/thesoc/64-ARETTE.wav

En 1385, la presque totalité des maisons porte un nom gascon : Sarrulhe, Abadie, Domec, Safores, Glere, Carrere, Casebone, Anglate, Arripe, Hondebiele, Labordesse, Pocolo (?), ... Seul semble basque : Achari.

La domonymie médiévale d'Aramits fait peu état de la présence basque.
Remarquons cependant que les noms des maisons sont très classiques, comme en Aspe : on a l'impression que le gascon vient traduire des termes précédents.
Dans l'actualité, on parle encore basque sur le territoire d'Aramits dans la vallée du Joos qui fait frontière avec la Soule aux quartiers Mizpira et Lapeyrère : Oyhenard, Logeberry, Arhancet, Aïtzaguer, Mendioudou, Garay, ...

Dans la vallée du Vert, axe principal du Barétous, on trouve en territoires de langue gasconne des toponymes bien basques : Mousquil, Larrande, Lurbet, Gourroure, Atchouètos (?), Lardieg, Escary, ...

La prononciation de "pr" en gascon

Petit passage intéressant à lire : il semble bien que le gascon a connu comme le basque des phénomènes de voyelle épenthétique.
Extrait de Phonétique basque.



dimanche 5 septembre 2010

Un exemple de er- prosthétique en gascon ?

Dans sa répugnance du r initial, on sait que le basque préfère plutôt er-, mais ce n'est rien de systématique.

Exemples : 'arripayri' (du latin riparium) plutôt que erripayri dans un texte médiéval, 'daRecalde' dans le cadastre de Vitoria (1484).
Plus généralisés : arranda "rente", arrangura "plainte"

Source : La langue basque au Moyen-Age, JB Orpustan, Editions Izpegi

Inversement, il semble qu'il y ait eu hésitation en gascon. Ainsi l'acte daté de 1243 de la paroisse Sainte-Eulalie de Bordeaux cite "Esteue d'Errocatailhada", c'est-à-dire Etienne de Roquetaillade (hameau de Mazères, Bazadais).


Roquetaillade

La graphie alibertine en limousin : contradictions et écarts

Le but de la graphie alibertine tel qu'il est conçu par l'immense majorité des militants linguistiques est clair : dans l'impossibilité de forger un standard pan-occitan, unifions graphiquement les variétés dialectales de manière à masquer au moins à l'écrit les différences parfois énormes entre les dits "dialectes". Avec le temps, une prononciation médiane se dégagera et in fine, un standard émergera naturellement.

La graphie alibertine n'a pourtant rien d'aberrant en elle-même. Les Gascons l'ont adaptée avec intelligence. En Limousin, il en va autrement : les linguistes occitanistes du Limousin ont simplement plaqué la graphie alibertine telle que développée pour le languedocien méridional. On en connait les conséquences : maintien à l'écrit des consonnes implosives muettes, jeu d'accent tonique pour marquer le timbre dantesque, travestissement des conjugaisons, ... Toujours dans la volonté un peu puérile de masquer ce qu'est le limousin, à savoir une langue romane qui partage de nombreux traits avec les dialectes d'oïl. Ce qu'on sait moins, c'est que la graphie alibertine telle qu'appliquée au limousin n'a même pas de cohérence interne.

Il suffit pour cela de prendre la conjugaison du verbe "être". A gauche, la proposition des occitanistes. A droite, la prononciation à la française. (n) marque une voyelle nasalisée, comme en français.

sei : /chèy/
ses : /chéy/
es : /èy/
sem : /chè(n)/
setz : /ché/
son : /chou(n)g/

L'écart est assez risible. Mais surtout, les fioritures sont inutiles et incohérentes : "e" note tantôt une voyelle ouverte ou fermée (certains diront que le limousin ne fait pas la distinction, alors ce n'est pas de l'oc, car c'est là un trait majeur du vocalisme "occitan"). "-s" note un son /y/* ... qui s'écrit aussi "-i", et dans aucun cas n'indique quoi que ce soit au niveau de l'ouverture vocalique. La forme "setz" pour /ché/ est une horreur sans nom. n final tantôt note la vélarité comme dans "son", tantôt la nasalité dans d'autres mots. m final note une voyelle nasalisée.

* : Les notations phonétiques /./ notent une prononciation "à la française" et non celle de l'API.

C'est de la pure folie. A d'autres temps, c'est encore pire : au prétérit, on écrit fuguei ce qui se prononce ... /fu'i/. Variante siguei, prononcée ... /shi'ji/.

Regardons le verbe "avoir" :

En bas-limousin : c'est presque de l'oïl.

ai : /èy/
as : /a/
a : /o/
avem : /o'vè(n)/
avetz : /o'vé/
an : /o(n)/

En haut-limousin :

ai : /ay/
as : /a/
a : /o/
avem : /avèm/ ou /am/
avetz : /avéy/ ou /a/
an : /am/

Aucun pédagogue ne peut se résoudre à autant d'imprécision graphique. Même si ce n'est pas la seule incohérence : "as" est prononcé /a/, "a" est prononcé /o/, donc un a tonique peut se prononcer de deux manières différentes ... Ce sont les conséquences d'une volonté d'écrire en languedocien et de prononcer en limousin ... prononciation qui se perd à cause de l'écrit ! Respecter les règles de la graphie alibertine en haut-limousin, ce serait écrire :

J'ai tort : ai tòrt
Tu as tort : a tòrt
Il a tort : ò tòrt
Nous avons tort : am tòrt
Vous avez tort : à tòrt
Ils ont tort : an tòrt


Autre exemple : aller.
vau : /vaw/
vas : /va/
vai : /vèy/
anam : /o'no(n)/
anatz : /o'na/
van : /vo(n)g/

Comment peut-on écrire "anatz" quelque chose que l'on prononce /o'na/ ? Il faut à tout prix amender la graphie en limousin, et peut-être entériner que la graphie alibertine, inspirée du catalan, ne va que pour le gascon et le sud-languedocien. Du fait que ces langues sont de transition avec l'ibéro-roman. Et que l'occitan n'existe pas ...

mardi 31 août 2010

Mes points de désaccord avec l'IBG

L'IBG est, pour dire les choses simplement, la seule alternative crédible à l'occitanisme en Béarn, occitanisme qui est en fin de course, soit que ses initiateurs ont perdu la foi, soit qu'il est aujourd'hui dans les mains d'une jeunesse un peu puérile qui s'amuse à rejouer Mai 68. Pourtant, je ne peux me reconnaître totalement dans ce mouvement, porté par des individualités estimables, quant à leur fine connaissance de la langue gasconne. En voici les raisons.

Je suis convaincu en premier lieu qu'il ne reste rien d'identité béarnaise. Sans-doute parce que je suis d'une génération plus jeune, donc qui a vécu en plein dans la France mondialisée des années 90, qui a constaté l'explosion de l'ancien monde, sa déliquescence. Ce constat, il est pour moi irrémédiable. Au demeurant, je ne souhaiterais pour rien au monde "démoraliser" les membres de l'IBG qui pourraient me lire. Je crois que sur ce point, il y a en apparence accord entre IBG et occitanistes : les deux sembleraient se murer dans la négation de la France contemporaine (je pense qu'au point où nous en sommes, c'est probablement même l'identité française qui est menacée, aussi bien via l'UE que du fait de la mondialisation économique ... La question de savoir si nous la pleurerons est autre). En fait, je pense qu'il n'en est rien, mais je parle sans savoir précisément : les propos de certains membres de l'IBG m'ont paru clairement marqués par un déni de réalité, ou en tout cas par l'idée qu'il y a encore des choses à sauver autour de la langue et au fond qu'il ne faut s'intéresser qu'à ce marché de niches. Les occitanistes dans leur action, ont clairement compris qu'il ne fallait plus rien attendre de l'ancien monde, que la transmission naturelle n'était plus depuis les années 50 et qu'il fallait donc inventer une identité occitane pour l'avenir.

Je crois que l'IBG peut payer très cher sa stratégie actuelle car d'ici 10 ans, il ne restera plus rien de ce Béarn fantasmé. Il n'y aura plus que la masse des quinquagénaires soucieux de renouer avec leurs racines, mais il n'y aura alors plus personne en vis-à-vis ! Ils se tourneront vers l'occitanisme qui lui, a pensé pour l'avenir. Et c'est là le danger de l'occitanisme pour les amoureux sincères de la Gascogne : face à la disparition de ce que certains ont pu appeler l'écosystème gascon, les arguments occitans porteront, ils ne pourront plus être contredits.

C'était donc mon premier point de désaccord : le Béarn n'existe plus. C'est pour cela d'ailleurs que je crois que rien n'empêche de communiquer en parlant du "gascon", chose que refusent les IBGistes, par peur d'être mal compris de la population béarnaise. Les occitanistes parviennent pourtant à imposer le terme occitan, escroquerie intellectuelle digne de la Padanie. Le terme béarnais est lui-même une introduction récente. Je m'entends : on a toujours parlé du "béarnais". Mais face au terme de "patois", sa victoire est assez récente. Tout comme le drapeau béarnais et autres symboles. Ce regain de fierté locale est la conséquence du militantisme occitan des années 60-70. On peut être reconnaissant à l'occitanisme d'Orthez d'avoir renouvelé le béarnisme. D'ailleurs, j'analyse l'occitanisme béarnais comme une volonté de sauter la case gasconne pour donner au Béarn une place qu'il ne mérite pas ! Notez que les Nissarts font la même chose, ils sont souvent d'obédience occitane pour contrer le félibrige provençal.

Mon second point de désaccord découle du constat de décès du Béarn, et de sa langue. Plus personne ne parle béarnais. C'est mort. Je le sais, je m'étonne d'être le seul avec d'autres rares personnes à oser exprimer ce constat. Je me demande où vivent parfois certaines personnes. Sur ce point, l'IBG m'a semblé plus réaliste, estimant par la bouche de certains de ses membres les plus éminents 1% de locuteurs de gascon à Pau. Ce doit être cela. Pour le reste, je ne comprends pas comment certaines personnes parviennent à passer à côté des mutations contemporaines. Nous sommes en terrain glissant et j'essaie de rester toujours modéré dans mes propos, mais enfin, la vérité du Béarn contemporain, et évidemment de la Gascogne, est celle d'un héliotropisme puissant et d'une substitution des populations autochtones. J'essaie de dire cela avec les euphémismes les plus subtils que je puisse trouver mais soyons brutaux : les Béarnais ne doivent plus représenter que 35% de la population du Béarn. Il suffit de prendre l'annuaire ... Il ne faut pas vomir ce monde naissant : sa variété est séduisante, nos villes sont toutes devenues de petites métropoles grisantes et mondialisées, il y a de l'émancipation dans l'air. Cependant, face à ce constat, je ne comprends pas comment les militants régionaux entendent sensibiliser à la question régionale des centaines de milliers d'individus venus de tout horizon, qui n'ont aucune attache sentimentale et généalogique à une terre. Ce boom démographique allié à la non-transmission expliquent à mon avis l'atonie actuelle. Il nous faut faire le deuil de l'ancien monde.

Les Basques sont très clairs sur cette question et disons-le, manquent de progressisme tel que la doxa l'entend : ils intimident les nouveaux venus qui s'installent chez eux, refusent de vendre leurs terrains, maintiennent en vie les structures agricoles anciennes. C'est une toute autre mentalité. Je crois que ni à l'IBG, ni chez les occitanistes, on ne trouvera des personnalités qui défendront une politique culturelle aussi ombrageuse, et désagréable il faut le dire. Faut-il s'en réjouir pour autant ? Probablement. Pour ma part, je suis très partagé sur la question. Je crois qu'en étant désagréable, le peuple basque conserve sa base "ethnique", et donc sa culture. Passons, tout cela nous dépasse.

Donc, la langue est morte. Voilà mon reproche principal : face à ce constat, l'IBG ne semble pas développer d'issues de secours. On lui parle explicitement de défense du Béarn, l'IBG nous répond défense du béarnais. Le tropisme linguistique me semble une triste réalité. Or, quand la matière première sera éteinte, que faire ? Je pense fermement que la culture gasconne va au delà de la langue. Je pense notamment à l'importance des paysages, de l'architecture, de l'unité géographique enserrée dans le bassin garonnais. Et dans ce combat, les alliés de l'IBG sont bien encombrants : les petits maires ruraux qui vomissent l'occitan par anti-intellectualisme, sont les premiers à foutre en l'air le Béarn en saccageant les terres agricoles, en lotissant les centre-bourgs, en comblant les fossés, ... Les ennemis du Béarn sont les Béarnais déconscientisés ! Voir l'IBG perdre son temps sur les panneaux bilingues est chagrinant ... Il y a tellement de facettes de l'identité béarnaise à essayer de sauver plutôt que de s'acharner sur une pauvre langue, celle des grands-parents, que plus personne ne parle, ne chante, ne lit. Plutôt même que de fournir des versions bilingues, on ferait mieux d'aider les municipalités à renouer avec leurs racines linguistiques via le français. Pour résumer, je préfèrerais que l'IBG vienne dire aux petits maires que le futur lotissement communal doit s'appeler du nom de la ferme "Peyroulet" dont dépend le champ et que les maisons à construire doivent respecter l'architecture locale (il suffit d'un PLU bien ficelé) plutôt que de passer après les occitanistes qui auront traduit "Lotiment de las Flors" une greffe de banlieue marseillaise en Béarn rural. Je crois véritablement que n'aimer du Béarn que la langue est sans intérêt.

L'IBG ne comprend pas le Béarn. Le Béarn n'est pas une entité linguistique : il est traversé par ce que je crois être l'isoglosse la plus importante, à savoir "-e/o" en finale, avec Orthez en domaine pré-landais, et l'Est béarnais déjà en vocalisme toulousain. Sans oublier que la montagne béarnaise (dont Ossau à date plus ancienne) est de parler pyrénéen. Seule la définition du linguiste Luchaire se justifiait : on ne peut nommer béarnais que les parlers gascons du Béarn dans leur diversité, et à ce titre, on peut donc détecter plusieurs béarnais, dont le béarnais administratif des textes médiévaux, ainsi que le béarnais littéraire basé sur la langue de Pau, ... Je persiste donc à dire que "béarnais" est une affaire de bourgeois palois. Et si l'on disait parler "béarnais", ce n'était pas par conscience d'un domaine linguistique (il n'existe pas !), c'est parce que l'on signifiait que l'on parlait la langue romane propre au pays de Béarn. Bref, dire "je parle béarnais", c'était dire en fait "je suis Béarnais et je m'exprime dans un langage propre à ce pays". Toute tentative de déduire de ces phénomènes socio-linguistiques une réalité linguistique est condamnée au ridicule, surtout depuis la démonstration scientifique du fait linguistique gascon par l'Ecole de Toulouse via l'ALG. On peut certes appeler "béarnais" la langue littéraire de Camelat. Personne ne trouve à redire à cette appellation mais c'est là une problématique distincte, celle de la normalisation.

Je finirai en disant que je me demande parfois de quel Béarn certains béarnisants sont issus. S'ils étaient vraiment si authentiquement Béarnais, ils sauraient qu'il n'y a jamais eu de frontière entre le Béarn et ses voisins. Du côté de mon père, les enclavés épousaient des filles béarnaises des environs, ceux du Vic-Bilh allaient épouser des gens de Rivière-Basse, ceux de Salies des "Navarrais" d'Escos, des Landais, des "Gramontais" voire des Basques. Quand on habite Nay, qui peut dire qu'on ne regarde pas vers Lourdes ? Quel Orthézien niera la sensation de communauté avec Orthe et la Chalosse ? Et les Ossalois et la lande ! Palay qui raconte Vic-Bigorre ! Je le crois profondément, les hyper-béarnisants sont souvent des gens nés à Pau qui n'ont du Béarn qu'une vision folklorique, faite d'Henri IV et de Bernadotte, qui au fond connaissent mal le Béarn et les pays vécus par les Béarnais. Quant aux autres pays gascons, ils gagneraient à s'ouvrir à eux, car je conçois difficilement que l'on puisse être patriote béarnais sans être en empathie pour ces voisins qui parlent la même langue, ont les mêmes patronymes, j'irais jusqu'à dire les mêmes faciès. Cette dénégation de la Gascogne par les Béarnais n'a au fond pour seul équivalent que la dénégation des Nissarts, à ceci-près que Nice est effectivement une transition entre Ligurie, Gavotie et Provence, alors que le Béarn bute sur le Pays Basque et l'Aragon, et qu'il peut difficilement justifier d'un tel caractère transitionnel.

jeudi 19 août 2010

Un peu de sociologie paloise

Europe-Ecologie réclame des panneaux bilingues à Pau : «C'était un des engagements de la candidate à la mairie et nous souhaitons que Mme le maire gagne la ville à sa langue» écrit Europe Ecologie Béarn qui réclame «une signalétique bilingue français/occitan» à Pau.

«Assurer une signalétique en occitan est le signe d'une dignité retrouvée, un concrétisation du respect de la langue historique, c'est aussi la lecture d'une géographie, d'une histoire, d'une société en accord avec son environnement» ajoute Europe Ecologie.

Il faudra qu'Europe Ecologie se renseigne un peu sur la sociologie paloise, c'est en général assez utile pour faire passer ses idées. Bref, l'usage du terme de "béarnais" ne tuera personne. Mais enfin bon, on est dans une ville qui a longtemps préféré arborer le drapeau du Tibet plutôt que celui du Béarn. Une ville qui se dit "Porte des Pyrénées" (ça veut dire quoi ?), qui parle du
"Chemin du Sel" pour le "Cami Salié" dans sa comm' et qui renomme son réseau de bus "Idelis" dans la plus pure tradition publicitaire. Allez lire, c'est à mourir de technocratisme :


En l'espèce, je pense que c'est à raison que la mairie doit ignorer les doléances visant à instaurer une signalétique bilingue tant que nos amis occitanistes ne viendront pas avec un corpus complet de traductions bilingues étayées et intelligentes (bref, en conformité avec la réalité béarnaise de la ville : Plaça de Verdun n'aurait aucun sens face à Hauta Planta). C'est à eux à faire le boulot, ce n'est pas Madame le Maire qui a les compétences linguistiques pour une telle entreprise. Pas plus les services de la mairie. Le seul hic, c'est de savoir si les occitanistes sont compétents. Carrèra Serviès, ils doivent pouvoir le faire, en s'inspirant du désormais célèbre "Jouann Mermosss" du métro de Toulouse (quand le ridicule tue).

Franchement, je n'en peux plus de constater tant de puérilité de la part des militants régionalistes. C'est irresponsable de réclamer quelque chose sans s'y pencher dessus en amont afin de faciliter la décision administrative. En l'occurrence, je pense que la signalétique bilingue n'a aucun intérêt dans une ville complètement dégasconnisée, il vaudrait mieux songer à une signalétique historique qui pourrait par exemple mettre fin à la mythologie henricienne du
centre-ville pour récupérer les anciennes appellations : par exemple, la Rue Sully est avant tout la Rue de Castegmenou, il suffirait d'apposer une plaque le rappelant. Et aller plus loin en intégrant une réflexion paysagère, architecturale, identitaire. La ville de Pau est en train de perdre son identité de façon notable, en plus de s'enlaidir. On en regrette la petite ville bourgeoise.

La maturité de Philadelphe de Gerde

En 1892, la poétesse bigourdane Philadelphe de Gerde écrit :

Per no negrouso magio
Em balhabo ra noutalgio
De ... de ra mour.

Dans l'édition de 1948, "ra mour" devient "era mort". Citons Daniel Séré :

"D'emblée on peut constater que le poème de 1892 est écrit dans une graphie que j'appellerais "à la 6-4-2", alors que la version de 1948 est écrite dans une graphie plus cohérente, une graphie néo-romane que d'aucuns qualifient, à tort ou à raison, de "classique". En disant cela je ne fais pas l'apologie de cette graphie car c'est une parmi d'autres possibles. Mais force est de constater qu'elle est de nature à éviter des quiproquos de la sorte. Dans la version de 1948, c'est clair et net. Toute cogitation oiseuse au sujet de l'Amour et de la Mort devient caduque.

Il n'en est pas de même à propos de l'ancienne, celle de 1892, où le doute subsiste. Bien que ce passage brille par son obscurité (comment peut-on avoir la nostalgie de la mort ? A moins de croire en la réincarnation...) et sans vouloir aucunement jouer les "experts" (mot bien à la mode qui s'applique trop souvent à des incapables), mon opinion est que la Philadelphe a voulu parler d' "era mort" et non pas d' "er'amor/r'amor" qui n'existe dans Se Canti, version 1948, que sous la forme "ed amor"."



Certains ont alors pu dire qu'elle avait mûri. Mûri ? Elle a en effet mûri dans son conservatisme adoptant une graphie au sens propre du terme "conservatrice". Philadelphe de Gerde avait bien compris que les graphies néo-médiévales incarnaient un esprit pas vraiment progressiste qui correspondait à son romantisme. Je trouve assez amusant le retournement des valeurs qui s'est opéré tardivement : ce qui deviendra la graphie alibertine avait toujours été l'arme idéologique des renaissantistes les plus rétrogrades quand les graphies modernes, en partie inspirées du français, en partie héritières des modifications orthographiques naturelles de la langue eu égard aux mutations phonétiques, étaient l'outil proposé par les félibres de tendance socialisante, voire plus simplement par simple souci de se faire comprendre du peuple (aujourd'hui une telle ambition passerait pour incongrue).

D'ailleurs, quand Alibert développe la graphie alibertine, c'est profondément dans une démarche conservatrice voire réactionnaire qu'il s'inscrit puisqu'il s'agit bien d'exalter à travers la langue la race ibéro-romane à laquelle il rattache le peuple d'oc (non sans déplorer les "infiltrations celtes" en Limousin et Auvergne ...). Bref, quand les Occitans écrivent en alibertin, c'est comme quand les Basques écrivent en police de caractères basque. C'est avant tout une question de forme avant d'être une question grammaticale ou pédagogique. C'est une question nationale.

Je n'ai à vrai dire strictement rien contre ces raisonnements, les débats quant à savoir ce qui réactionnaire ou progressiste sont sans intérêt. Je comprends bien les aspirations d'une génération qui se dote d'une graphie nationale d'inspiration catalane et médiéviste. Je comprends l'horreur de certains devant ce qu'ils considéraient être un abâtardissement du "génie de la race" ainsi que parlaient les félibres, non sans emphase. Ce qui est plus dommageable, c'est de faire croire que l'adoption de la graphie alibertine est un choix neutre, pire naturel, et comble de l'hypocrisie, "progressiste". Je déplore assez largement l'ignorance dans laquelle se trouvent les occitanistes d'aujourd'hui qui ne maîtrisent plus le "background" idéologique de leurs outils identitaires. Quand les occitanistes assumeront en toute quiétude qu'ils se mettent dans les pas
d'une Philadelphe de Gerde, catholique militante, politiquement conservatrice, pétainiste et patriote française, alors je n'aurai rien à leur reprocher. Car pour ma part, le plus grand crime n'est pas d'être réactionnaire (c'est même assez séduisant comme posture dans une société qui bouge), c'est de ne pas assumer l'intégralité de son Histoire. «J'assume tout, de Clovis au Comité de Salut public» disait Napoléon.

Je n'ai enfin à rien à redire sur la graphie alibertine qui me parait intelligente, sauf que c'est un échec pédagogique et populaire. Pédagogique car l'occitanisme a sous-estimé la francisation des dits Occitans, pour lesquels l'apprentissage de l'oc est rendu impossible sans une connaissance préalable poussée de cette langue. Populaire parce que jamais personne ne s'est vraiment reconnu dans la nation occitane nouvelle dont la graphie aurait été le fer de lance identitaire (un peu comme certains Basques même non-bascophones vibrent à la simple apposition d'un panneau bilingue en police de caractères basque). Bref, la France du Sud ne sera jamais la Catalogne.



jeudi 5 août 2010

Salignes-de-Béarn ?

J'ai acheté le dernier album de Verd e Blu (chouette CD) et dans une chanson salisienne (de Salies-de-Béarn), Tisné prononce notablement le nom de la ville en gascon :

"Salignes" /sa'liɲœs/

Généralement, Salies se prononce tantôt /sa'lis/, issu du roman salinas (=salines), avec le groupe -ia qui devient -i dans le gascon landais (d'où le patronyme Salis), tantôt /sa'li(n)œs/ plus localement en gascon d'Orthez, avec forte nasalisation, probablement "nasiqueyante".

Je n'avais cependant jamais eu connaissance d'une forme, probablement très locale, avec mouillure, qui n'est pas sans rappeler d'autre phénomène en gascon (unh'aute par exemple). Le gascon est une langue très nasale une fois de plus, c'est probablement l'un des traits de différenciation les plus notables d'avec le languedocien qui a dénasalisé à date ancienne. On ne peut passer sous silence que c'est là également un trait connu en basque où le traitement de n intervocalique est très varié (parfois chute, parfois h, parfois bilabialisation en m, parfois mouillure).

Au passage, on dit trop vite que le gascon du Béarn a dénasalisé les n finaux. Outre les phénomènes de nasillement de la région d'Orthez, l'ALG montre bien que les phénomènes de nasalisation touchent, certes irrégulièrement, tous les parlers du Béarn, à l'exception des vallées pyrénéennes. La Bigorre a beaucoup plus massivement dénasalisé n final. J'ai enregistré ma grand-mère originaire du pays des Luys, les phénomènes de nasalisation sont perceptibles, pas systématiquement. D'ailleurs, à ce propos j'ai un problème, car si elle prononce /gabas'tu(n)/ pour Gabaston, elle prononce /au'lyunn/ avec n dental final pour Ouillon, ce qui cadre mal dès lors avec une étymologie romane sur le latin -onem indiquant la possession.

mardi 29 juin 2010

"Mitan de merde" ?

"Mitan de merde" disent les jeunes occitanistes, dénonçant le tropisme linguistique de l'occitanisme. Je crois que c'est une erreur. A deux titres :

- D'une part, il serait tout à fait normal que l'occitanisme se préoccupe exclusivement de linguistique. En effet, l'occitan étant un concept linguistique contestable, l'occitanisme ne peut que passer son temps à le défendre, à l'approfondir. Et surtout, n'étant que fondée sur une langue, l'Occitanie ne peut rassembler les peuples qui la constituent que sur de pareilles thématiques. L'Occitanie, comme interprétation languedocienne des pays d'oc de Mistral, est bien un projet littéraire et linguistique. Si les jeunes occitanistes complexent face aux Basques ou aux Bretons qui connaissent l'exaltation nationale, qu'ils questionnent les bases de leur engagement.

- D'autre part, il est très faux de dire que l'occitanisme ne se préoccupe que de linguistique. S'il se préoccupait de linguistique, il s'effondrerait de lui-même devant sa propre inexistence. C'est un schéma connu dans l'occitanisme que toutes les figures de ce mouvement qui ont touché à la linguistique en sont devenues les plus ferventes ennemies. Cela fait 12 ans que pas grand chose ne sort au demeurant sur des questions de linguistique ce qui fait qu'in fine, de nombreuses énigmes ne seront jamais appréhendées, par faiblesse intellectuelle, par disparition pure et simple de la matière brute. L'occitanisme d'aujourd'hui, bien loin d'être un mouvement intellectuel au tropisme linguistique, est bien plus une association culturelle à vague substrat localisant qui trouve sa place dans la constellation PS.

mardi 8 juin 2010

Signalisation bilingue à Pau ?

Labarrère a eu un mot cruel mais vrai : Pau n'est pas une ville béarnaise. Plus précisément, ne l'est plus. Disons qu'elle le fut jusqu'aux années 1920. Aujourd'hui, c'est un mélange subtil de Bath, Roubaix et Alger. Bath pour ce qu'il reste de désuétude anglaise. Roubaix pour l'architecture "commieblock" du centre-ville. Alger pour les palmiers. Quant à la population, c'est celle d'une ville moderne, "métissée" pour employer la novlang contemporaine, si pudique.

Ce qui me désole le plus outre le manque d'acuité à la réalité sociologique moderne de la ville de Pau, c'est que ça braille. Cela braille sans même avoir effectué en amont le travail de traduction. C'est que les occitanistes, des incompétents notoires, sont orphelins du père Grosclaude qui leur avait fourni en 1991 un plat cuisiné à réchauffer via son Dico toponymique. Ils ont pu donc avec grande fierté faire la preuve de leur action si utile pour la langue en inscrivant sur les arrêts de bus "Navarrenx/Navarrencs". Merci.

Mais maintenant, faut travailler, parce que papi Michel repose à Sauvelade. Faut chercher dans le cadastre les vieux noms des rues. Il faut savoir maîtriser la graphie classique. Il faut ne pas se ridiculiser comme à Toulouse (ready for "Carrèra Serviès" ?). Ce travail, les occitanistes ne le font pas. Ils gueulent, réclament : "du bilingue ! du bilingue !" Pourtant, ce n'est pas Lignières qui
va leur traduire leurs pancartes !

Pendant ce temps, la mairie appelle le "Cami Salié" le "Chemin du Sel" dans sa doc officielle.

dimanche 6 juin 2010

Discover Gascony !

Je passe à l'international ! La petite entreprise s'enracine à l'étranger et entend dépasser les 5 visites par jour. Ambition démesurée, folle.

Léopold Dardy et le gascon

Extrait de l'avant-propos à l'Anthologie des Chants populaires de l'Albret (dont on ne trouve plus qu'une édition alibertinisée, alors même que dans l'avant-propos Dardy fait l'éloge de la graphie "tel qu'on prononce", autrement dit la graphie inspirée du français).


"Plus ignorés peut-être sont les usages, la langue, le génie littéraire de cette population primitive. Le dialecte de l'Agenais est loin d'avoir sur la rive droite de la Garonne sa pureté native. Le contact du français, l'absence de règles, d'autorité, les licences de la littérature chantée ont multiplié les expressions de fantaisie ; tandis que les habitants de nos Landes, dans l'ancien duché d'Albret, réfractaires au français, internés dans leurs solitudes, loin du courant du progrès et du monde lettré, gardent encore la langue primitive pure de toute interpolation."

"Peut-être cette publication sera-t-elle de quelque secours pour les tenants de ce fait que le gascon est une langue parfaitement indépendante du provençal auquel on s'est efforcé de le rattacher [...]. Les écarts qui existent entre notre dialecte et le provençal sont tels que je n'ai pas à dire pourquoi je n'accepte pas certainement concessions de priorité, de droit d'aînesse en faveur de ce dernier. Notre degré de parenté avec la langue de Mistral est des plus éloignés, et la prétention de lui subordonner toute la famille de la langue romane ne saurait nous atteindre ; nous sommes d'un foyer bien distinct, bien différent, bien indépendant. La meilleure preuve à
l'appui serait de faire parler ensemble un vrai provençal et un vrai gascon, le gascon croirait entendre un italien, et le provençal un espagnol. L'idiome est d'ailleurs pour chaque province comme pour les nations une providentielle délimitation contre le capricieux morcellement qui n'atteindra jamais le caractère distinctif, les outumes et le parler des populations comme il fait le territoire. La Provence, le Languedoc, la Gascogne gardent ainsi dans leur dialecte leur ancienne démarcation que les cartes officielles n'ont pas fait disparaître, et que n'affecteront pas davantage des prétentions que rien ne justifie."

Léopold Dardy, Lagrange, 1891 "




L'intérêt de cet avant-propos est que dès 1891, il existe dans les milieux régionalistes des figures qui s'opposent de bloc à toute idée de relation hiérarchique dans les parlers romans de la France méridionale, bref s'opposent au projet mistralien d'élaboration d'une langue littéraire pour la France méridionale (projet repris par l'occitanisme qui n'a fait que translater de 200km le centre de gravité normalisateur). Non sans nier l'existence d'une famille romane (et à ce titre, gascon et provençal, espagnol et italien, sont intelligibles), car ce serait idiot. Le fait cependant que Dardy habite en Albret, soit à moins de 30km des pays guyennais, qu'il est un enfant d'Aiguillon au confluent Lot-Garonne, est tout sauf anodin (et rend d'autant plus ridicules les concepts de Mistral sur un gascon inféodé au carcinol, alors que le vrai gascon qu'il appelle aquitain, serait parlé dans les Pyrénées et la Haute Lande).

Un autre intérêt est de faire la preuve que ce que l'on appelle le "gasconnisme" est loin d'être un invention récente d'anti-occitanistes rabiques. C'est au contraire la tendance de fond de tout le mouvement gascon. On peut aujourd'hui en 2010 s'interroger sur cet accident de l'Histoire qui voit la Gascogne participer au mouvement occitan. Mais on sait dans quelles conditions l'occitanisme, au sortir de la guerre, n'a eu de cesse de discréditer les "gasconnants", simples pétainistes cathos quand les occitanistes étaient des collabos de la pire espèce.

Enfin, Dardy brosse le portrait d'une civilisation gasconne rétrograde, conservatrice, peu sujette aux changements, à l'opposé du progressisme des voisins, ici les Agenais. Le conservatisme de la société gasconne fut une tendance lourde, mise à mal en 14-18 par l'hécatombe qui a profondément perturbé la société malthusienne gasconne puis complètement anéantie par les 30 Glorieuses jusque dans les bastions les plus conservateurs comme la plaine du Gave de Pau en aval de Pau, le pays de Jammes et Bordeu, devenus en quelques années des pays "socialistes" (ce sont ces terres qui verront naître l'occitanisme béarnais).

Ajoutons également que la prose de Dardy relève du romantisme gascon, profondément lié en ceci au romantisme basque. Jusqu'aux années 30, les identités gasconne et basque étaient liées dans un même élan romantique. Il aura manqué à la Gascogne un Loti. Et dès le moment que la Gascogne s'est retrouvée annexée à l'Occitanie, elle n'a plus été en mesure d'exprimer son originalité, sauf à l'étendre à toute l'Occitanie. C'est le reductio ad vasconiam, sorte de nostalgie basquisante.

lundi 24 mai 2010

Reductio ad Vasconiam

La plupart des cours d'occitan en Gascogne (disons en Béarn) commencent immuablement par un petit laïus historique. A la manière des clichés les plus éculés sur le colonialisme français (qui veulent que l'on ait enseigné aux colonisés que leurs ancêtres étaient gaulois, ce qui est faux, on leur enseignait seulement la France et ses ancêtres mythifiés, nuance), nos professeurs occitans indiquent généralement à leur public que nos ancêtres à nous n'étaient pas non plus gaulois, mais "aquitains".

C'est vrai. On le sait depuis 2000 ans. Cela est bon de le répéter. C'est un leitmotiv comme un autre. Mais là où je suis abasourdi, c'est que jamais, en énonçant l'originalité irréductible des seuls Gascons (qui par leur nom indiquent leur origine), il ne vient à l'idée de ces "Occitans" que ce fait aquitain est en complète opposition avec le fait occitan. On ne peut pas parler des Aquitains et de l'Occitanie sans mettre en balance le caractère périphérique du premier fait.

C'est là j'ai remarqué une vraie tendance béarnaise dans l'occitanisme. C'est le "Reductio ad Vasconiam". Les Béarnais ont étendu leurs caractéristiques marginales gasconnes à l'Occitanie entière. Ils donnent envie d'Occitanie sur les faits qui définissent sans discussion possible le seul fait ethnique gascon ! C'est stupéfiant. Et par ricochet, les occitanistes non-gascons entrent en communion avec cette Histoire qui n'est pas la leur. Ils se sentent "occitans" par procuration gasconne. C'est de la folie.

Dernier symptôme amusant du "reductio ad vasconiam". Les nationalistes basques un peu cons croient aujourd'hui que l'Occitanie toute entière est ce qu'il reste de l'ancienne étendue du Pays Basque antique romanisé. C'est très pittoresque, il y en a même qui interprètent "Ardèche" comme arte+etxe=maison des pins ...

Voilà la confusion amenée par le concept d'occitan, mais avant tout par ces abrutis de Béarnais qui parlent de l'Occitanie comme s'il s'agissait du canton d'Arzacq-Arraziguet.