samedi 9 janvier 2010

La langue d'Agen : confluences gasco-guyennaises

Limite actuelle entre gascon et guyennais :


La question de la frontière entre Agenais gascon et Agenais guyennais est très intéressante mais en l'occurrence, il faut bien constater le fait qu'en aval d'Agen, la vallée de la Garonne qui se fait large à partir de Clermont-Dessous est gasconne de langue. On se trouve devant une situation classique d'opposition entre vallée fluviale et coteaux. Or, si l'on ne peut pas évacuer la possibilité que le gascon aurait été importé en ces régions agenaises d'outre-Garonne (en gros, le confluent Garonne-Lot et le Marmandais, ce dernier regardant vers le Bazadais), je crois bien plus probable que nous avons là la persistance d'un fait ethnique ne serait-ce que du fait des caractéristiques linguistiques du gascon (comme je me dis souvent, qu'à 2 km du Capitole on aspirait les h, cela en dit longtemps sur ce qu'il y a d'atavisme dans le fait gascon) ou d'autres indices (les patronymes des habitants, l'architecture des maisons, ...).

Donc à date ancienne, la cité des Nitiobriges (en celte, "ceux qui ont un pays", autrement dit les autochtones) s'est agrandie de terres contrôlées par les Aquitains, dont la présence sur la rive gauche est attestée par de nombreux résidus toponymiques (Sabaros par exemple à Saint-Laurent, en face du Port-Sainte-Marie).

Il existe un quartier d'Agen appelé Dangosse en venant de Colayrac, quelqu'un en connaitrait-il l'origine ? En tout cas, la toponymie de Colayrac est réellement d'apparence gasconne : Escloupès, Carrère de Garonne, Douat, Camelat, Latapie. En allant vers les coteaux, on tombe sur Saint-Circq : Porteteny, Sarransot sont d'allure gasconne encore. Monbran dans les coteaux au Nord d'Agen a encore une toponymie plutôt gasconne (mais le fait que la langue de ces confins connaissent -arium<-èr rend l'identification difficile, -aria<-èra est plus rare) : Tuquet, Sarraillés mais Barrières. L'Ermitage d'Agen est lui-aussi ambigu : Cazemajou, Couèche, Gimbrède, Mingué sont plutôt gascons. On trouve aussi un curieux Sourreil.

Si on longe la Garonne vers l'embouchure ensuite, on trouve alors tout de suite des toponymes gascons indubitables et très typés : à Saint-Hilaire-de-Lusignan, on a Catoy, La Grabère, Carrèrade, Bourdieu, Fourtané, Rouère, ... A Maurignac, on trouve Mendouse (immigré espagnol Mendoza, rappelle Mendoce à Villeneuve-de-Blaye, Mendousse en Béarn), le Fusté. Lusignan-Petit : la Peyrère, Bourdieu, Latané mais le Tuqual, Camp del Miey. Et puis à Prayssas, on change d'univers avec l'apparition des toponymes en -enque dont une hypothèse dit qu'ils ont été importés en ces régions lors des flux de colonisation "gavaches" au sens large : une analyse des patronymes montre de réelles affinités entre l'Agenais non-gascon et le Périgord par exemple. Cependant à Prayssas, on connait encore -arium>-èr, et également -aria->èra (Gardère, Arqué mais Marinié).


Tout de même, tous ces Bourdieu que l'on trouve dans des régions qui ne vocalisent pas. Que c'est étrange. Mon hypothèse est que cette région a été repeuplée de la même manière que ce qui deviendra la Petie Gavacherie, ici via deux pôles, des Gascons d'une part, des Périgourdins d'autre part.

2 commentaires:

  1. Il me semble que Deffontaines* dit des choses sur une ou plusieurs vagues de dépopulation de l'Agenais non gascon (Pays de Serres...) et la repopulation par immigration d'origines diverses selon les époques.

    *Le livre "La moyenne Garonne - Agenais Bas-Quercy" de Pierre Deffontaines (Librairie Quesseveur, Agen, 2000 - réimpression de l’édition de 1932) est un trésor !

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  2. Bonjour,

    Dans l'enquête de Bourciez, le texte recueilli à Saint-Hilaire-de-Lusignan est languedocien-guyennais et celui de Clermont-Dessous gascon. Mais je n'ai pas étudié la microtoponymie du lieu et, d'après ce que je sais, l'enquête Bourciez a une marge d'erreur d'environ 5%.

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