samedi 6 mars 2010

Aliénation et moqueries : l'accent à Toulouse

Quand Séguy menait son enquête sur le parler français de Toulouse dans les années 50, il remarquait que l'on ne disait plus Murètt dans les jeunes générations mais Muré (par contre, on avait toujours dit Fenouillé pour Fenouillet, car il s'agit d'un suffixe diminutif, alors que Muret, c'est le gascon -èth issu du latin -ellum).

Aujourd'hui, voici l'état des choses (extrait du groupe en opposition à l'oc dans le métro, une mine) :


"Le mieux étant quand même Empalot (prononcer Emepalot' en accentuant la derniere syllabe).
La première fois, j'ai été pris par surprise, j'ai ris pendant 10 min."

Source

Voilà. Prononcer Empalot* comme il devrait se prononcer fait rire. Quand les sonorités mêmes de l'oc sont l'objet de la moquerie, c'est qu'il n'y a plus d'espoir. Surtout quand la plupart des intervenants possède des patronymes locaux ...

Autrefois, la figure du franchimand servait de sain contrepoint : la culture paysanne savait moquer les maniérismes des francophones. Ou de façon plus subrepticement raciste, certains traits de caractère : je pense à la haine du gavache chez les Gascons, la haine de la "lourdeur" d'oïl. Moi par exemple, les annonces en français de Toulouse, je les trouve ridicules, parigotes, calibrées. Mais je suis le seul probablement à être agressé ! Nous avons perdu la bataille des construits sociaux, je ne vois pas comment l'on pourrait inverser le "goût" d'une société.


* : A propos d'Empalot.

A l'origine, c'est seulement le nom de la métairie dépendant de Braqueville, désignée probablement selon la formulation fréquente = En + nom du propriétaire ou du tenancier.

Ce pourrait être le nom de celui qui, le 20 mai 1443, vendit "une borde avec terres cultes et incultes, albarèdes, ramiers et pâturages sise entre la métairie de Braqueville et la Garonne".
L'acquéreur était le chapitre de Saint-Etienne, et le vendeur s'appelait Jean PALOT.
Lorsqu'on construisit le viaduc, en 1860, il prit le nom d'Empalot et la tête de pont, sur la rive droite, hérita du vocable.
Puis, celui-ci s'étendit à toute la zone, de Pech-David au Férétra. Ce fut le quartier d'Empalot, tandis que le terroir d'origine oubliait son nom...

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