jeudi 25 mars 2010

De la langue des élèves de Calandretas

Peu de gens ont relayé cette étude dont la conclusion est cataclysmique : les élèves de calandretas parlent une autre langue. La lecture se suffit à elle-même. Elle met cependant en évidence des faits qu'il faut dénoncer :

- Trop grande tolérance des fautes, par volonté de ne pas froisser les enfants.
- Faible maîtrise des enseignants.
- Absence de référent oral dans le foyer familial.
- La langue est oubliée lors des études supérieures.

Étude de la langue occitane dans les écoles Calandretas de l’Hérault

Olitiana MARTIN
Université Toulouse II



Certains pensent que les "calandrons" auront tout le temps de parfaire leur langue mais dans quelles conditions seraient-ils en mesure de le faire ? Il faut être réaliste : le contact avec les derniers locuteurs naturels est absolument réduit. A ma connaissance, nous ne disposons pas d'un corpus d'enregistrements qui permettrait la transmission d'une oralité plus fine. Bref, l'occitan de demain se crée dans les cours de récréation des calandretas. On peut dire que "phylogénétiquement", la langue occitane parlée en calandretas n'a plus de lien direct avec la langue parlée par les dernières générations parce qu'il s'agit de la déformation par substrat français d'une langue déjà déformée dans la bouche de professeurs néo-locuteurs qui n'ont souvent découvert l'oc que dans l'adolescence, dans les facultés, eux-mêmes souvent ayant appris la langue par l'entremise de professeurs qui la possédaient mal (je rappelle que déjà, les grands linguistes des années 50 comme Allières ou Bec étaient des néo-locuteurs).

Face à cette situation, deux discours. Le discours occitaniste est plein d'espoir. Il se base sur l'intention et la forme. Peu importe la qualité de langue, ce qui compte c'est ce qu'elle est, la manière dont on la perçoit. Bref, "parler occitan" est plus important que "parler en occitan" (sachant que "parler de l'occitan" est tabou). Autrement dit, ce sont les qualités identitaires portées par la langue qui priment sur sa différenciation, sa qualité. Il y a même chez les occitanistes une attitude qui se réjouit de ce constat, car en abaissant le degré de différenciation entre oc et français, l'oc devient plus abordable.

Et puis, il y a les chagrinés qui pensent profondément que la manière de parler une langue compte tout autant que de la parler. Et l'on en arrive au paradoxe suivant qu'au fond, on parlait mieux occitan du temps où les gens disaient ne parler que patois. On rejoint là la phrase la plus cruelle sur les calandretas qui soit : autrefois, on parlait occitan dans la vie publique et on apprenait le français à l'école, aujourd'hui on parle français dans la sphère publique et c'est à l'école que l'on enseigne l'occitan ... Et qu'on ne me dise pas que ce n'était pas voulu ! J'ai lu les grandes pontes des années 60, la volonté de contenir l'occitan dans l'enseignement était une réalité, dans le but de créer une génération nouvelle. C'est un triste échec.

Donc, que l'on cesse d'être hypocrites : à terme, l'occitan étant fatalement pour les décennies à venir la langue des calandretas, nous assistons à l'émergence d'une nouvelle langue qui pour le coup mériterait assez bien le nom de francitan. Quand on est occitaniste, on ne peut qu'applaudir puisqu'effectivement, ce qui compte, c'est que l'on parle l'occitan. Car sans langue occitane, pas d'Occitanie. C'est d'ailleurs là le grand paradoxe de l'Occitanie fondée sur la langue parce qu'au fond, loin d'être plus de 30 départements de l'Etat français, celle-ci est réduite en faite à une douzaine de salles de classe. Occitanie indépendante, du bureau du professeur à la salle des ordinateurs ! Nous payons la prise en otage des langues vernaculaires par un milieu intellectuel provincial.

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