lundi 1 mars 2010

Noter "mb" en gascon

Prenons le gascon "enveja" qui signifie envie, comme en sud-languedocien, du latin "invidia". Il est prononcé lembéyo/lembéjo.

m est clairement articulé. Or la restitution du son "b" en "v" empêche de noter ce son qui pourtant est fondamental pour l'articulation. On explique assez aisément les formes nasalisées modernes des néo-locuteurs malhabiles, calquées sur la manière française.

Remarquons au passage qu'en gascon et sud-languedocien, l'absorption de b par m est même générale pour les étymons latins.

palumba > paloma


Incidemment, cela signifie-t-il que le "v" d'"invidia" ne se prononçait peut-être pas "b" anciennement ? Quand le phénomène -mb- > -m- a cessé, le groupe -nv- devait en effet encore s'articuler différemment. Pourtant, dans les inscriptions du Comminges, conferani est déjà noté "gomferani" (f et v sont des sons voisins, des labio-dentales fricatives*).

Ce problème touche également la graphie basque qui a généralisé le digramme "nb", ce que contestaient les auteurs franco-basques. C'est d'autant plus stupide quand la série "mb" est étymologique comme dans Cambo, que les Basques écrivent alors Kanbo. Inbidia est prononcé Imbidia.

Même problème en espagnol, mais il ne viendrait pas à l'esprit des centaines de millions de locuteurs de prononcer à la française.

* : Ce qui est un argument supplémentaire que la prononciation "b" pour simplifier de v en dehors du domaine est probablement une extension tardive en provenance des pays ibéro-romans : le gascon et le castillan sont cohérents dans leur même répugnance pour [f] et [v]. Reste la question du catalan. et de l'aragonais. Pour ce dernier, on sait que le navarro-aragonais est né dans la vallée de l'Ebre, dans des zones très romanisées, soumises ultérieurement à l'influence mozarabe. Le catalan lui est supposé être né dans les Pyrénées.

Il n'en reste pas moins qu'il ne s'agit que de repousser le problème parce que le problème de la cohérence du traitement de [f] et [v] reste entier. A contrario, on ne peut qu'être stupéfait qu'un phénomène comme la répugnance pour [f] ait été aussi étendu géographiquement dans la plaine aquitaine : h en Nord-Gironde non-gabay, c'est surprenant (cela dit, la région est très dense en toponymes basco-aquitains en -osse). C'est pour cette raison que les questions de substrat ethnique doivent être prégnantes : le navarro-aragonais, plus que dans des régions romanisées, est né dans des régions auparavant en contact étroit avec la langue celte.

Ce modèle évidemment suppose que le navarro-aragonais a été importé tardivement dans les montagnes aragonaises.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

N'hésitez pas à commenter et à me corriger.