vendredi 30 avril 2010

Autour du coq gascon

Je tire de ma grand-mère l'expression suivante, employée à propos d'une chatte en chaleur.

/ke kourr louzz 'guèlyouss/

"guèlyous" nettement accentué sur l'initiale, presque comme en lévitation : la syllabe initiale est prononcée 2 secondes, on attend assez peu la syllabe finale au singulier (au début j'avais compris "lou guèy").

Je trouve dans le dictionnaire de Vincent Foix :

guélhou=espèce de coq

Après demande, c'est effectivement le sens. Se dit aussi (surtout) des femmes légères. Pour ma part, j'entends e ouvert à l'initiale.

En normalisé, on a donc guelho/guèlho. Pour l'étymon, c'est compliqué. Processus gascon de perte de la syllabe finale sur gallicu ? Cela pose le problème des formes semi-savantes galh plutôt que gath (du latin gallu). Ce pourrait être un emprunt à l'espagnol (sachant qu'en gascon, les emprunts à l'espagnol conservent leur accentuation, cohérente avec le système phonologique du gascon, et que la finale atone -o est toujours interprétée -ou).

Le mot espagnol en question est évidemment "gallo". On sait que les Aragonais et les Navarrais fréquentaient jusqu'à la moitié du XIXème siècle tous les grands marchés sud-gascons : Arzacq, Tarbes, ... On peut imaginer que cette espèce de coq soit une espèce originaire d'Espagne. Ce ne sont que des élucubrations. Mais clairement, on ne peut pas faire l'impasse sur le fait que guelho doit être tiré du latin gallu, et que les règles du gascon ne permettent pas de le tirer directement (sauf à imaginer une forme semi-savante). Alors que via l'espagnol, c'est compréhensible et cela n'aurait rien d'original*.

* : En effet, ma grand-mère utilise "macho" en concurrence avec marro pour désigner le bélier reproducteur. La prononciation est fluctuante, entre /'majou/ et /'mashou/. Mais comme on trouve chez Rohlfs màtchou, emprunté à l'espagnol macho, pour "mulet", je pense dès lors qu'il s'agit du même mot.

Revenons au coq : guèlho serait au fond la seule attestation du latin gallu en gascon. En effet, pour la phrase "le coq chante", voici les modalités gasconnes :

- Béarn-Landes-Bayonne-Buch-Armagnac noir-Bazadais landais :

lo/eth hasan (que) canta

NB : Albret (47) : lo hajan canta

- Bigorre-Comminges-Gers (sauf Armagnac noir)-Lomagne-Gascogne toulousaine :

lo/eth poth (que) canta

NB : Bigorre montagnarde : eth poret que canta

Notons l'existence à Aulus en Couserans d'une forme étrange "por", qui s'explique par le voisinage du fuxéen "polh"*. En effet, la forme polh fuxéenne déborde sur le Couserans (qui ne connait ailleurs que poth), dans une zone qui ne vocalise plus (le Massatois). Cette forme "polh" étant sentie comme trangère, un masculin a été refait sur le féminin "pora" : "por".

* : en fait, en Vicdessos, -ll final donne l interdental. Il n'est pas possible de graphier ce son. "polh" est la forme de Foix.

- Gironde et pays septentrionaux :

Médoc/Haut-EDM-Bazadais garonnais : lo beguèir canta
Bordeaux/Bas-EDM/Libournais : lo biguèir canta
Confluent Lot-Garonne (47) : lo biguèr canta

Remarque : /jo/ en Petite Gavacherie, qui est jho en saitongeais gabay avec aspiration
Pénétration d'une forme jau aux abords du Marmandais en provenance de Seyches (dont on sait que c'est là que débute le "pré-limousin" à savoir le guyennais).

Face à la forme /dzaw/ du côté d'Eglisottes et Chalaure (Gironde limousinophone) existe une forme /gaw/ unique et localisée à Puynormand, forme fascinante illustrant le syncrétisme du mini-dialecte de ce village, aux confluences de 4 grandes zones linguistiques : poitevin-saintongeais, gascon, limousin, guyennais.

Dans tous les cas, on remarque que :

- Les formes tirées du latin gallu sont inconnues en vrai gascon (à l'exception de guèlhou qui pourrait être un emprunt à l'espagnol).

- La Gascogne de l'Ouest (Béarn inclus) préfère les dérivés du latin phasianu (=faisan) ou de vicariu.

- La Gascogne de l'Est préfère les dérivés de pullu.

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