vendredi 30 avril 2010

Essai de basquisation : règles du jeu

J'ai acquis la conviction solide que seule l'idée vasconne pouvait sauver l'idée gasconne. Pas vraiment au fond parce que les occitanistes voudraient la mort de la Gascogne (d'abord, elle est en mal en point, et s'il est vrai qu'il existe dans l'occitanisme béarnais une méfiance à l'égard de l'idée gasconne, je ne crois pas que les occitanistes aient eu les pouvoirs que je leur prête parfois même si je reste persuadé que 60 ans sans parler de Gascogne, c'est trop), mais surtout parce que je pense que la Gascogne ne peut véritablement retrouver une valeur ajoutée identitaire séduisante pour les Gascons dégasconnisés et les nouveaux venus que dans la recherche des racines basques, susceptibles de susciter une envie que le gascon, simple patois lointain dans les têtes, ne peut plus offrir. Et puis, ce n'est qu'un juste retour des choses, une communion avec un imaginaire qui a duré jusque dans les années 30, quand la Gascogne toute entière participait à la défintion moderne d'une identité basque : mystique du pin des Landes, maisons basco-landaises, ce peuple qui danse aux pieds des Pyrénées. Finalement, du temps où après n'avoir été qu'une partie du pays de Gascogne, culturellement inféodée, le Pays des Basques donnait le "la" identitaire dans le Sud-Ouest de la France.

Passons ces considérations qui mériteraient, je le crois, un livre, dans l'hypothèse où la sortie d'un ouvrage majeur pourrait encore changer le cours des choses. Pourquoi cette liste de toponymes gascons basquisés ? A défaut de pouvoir faire du gascon une langue basque (c'était l'opinion de Krutwig : castillan et gascon étaient les langues romanes des Basques) et même si je pense qu'il doit s'agir d'une stratégie à mener, il faut dès maintenant tenter la rebasquisation, au moins sentimentalement, et je crois que l'euskara, par ses propriétés, porte en lui un sentiment d'appartenance immédiat.

Je ne suis pas satisfait de mes basquisations. Elles sont le fruit d'une méthode expérimentale en partie qui relève de mes propres conceptions, mais également de ce que je sais de la toponymie des zones de contact et de l'adaptation des toponymes romans en basque. Je pars assez souvent de l'étymon latin mais de plus en plus, je pense qu'il faut reconstituer une forme romane que l'on basquise, voire carrément une traduction.

Il faut prendre les propositions qui suivront, pour ce qu'elles sont, un jeu. Et la nature humaine est joueuse. Quelques explications en vrac : elles sont incomplètes, je peux varier à mesure que j'avance, je n'ai pas d'avis tranchés.

- Le suffixe -anum

Gros des toponymes gascons, on a les villae latines en -anum. Ces toponymes sont présents en Pays Basque espagnol, Arellano en Navarre (Valerius), Luquiano, Ciriano en Alava (Lucius et Syrius) par exemple. Ciriano est Ziriao en basque avec chute du n intervocalique. J'avais généralisé cette solution à tous les toponymes en -anum. Mais dans ce cas, Mendi Marzana n'est pas juste, ce devrait être Mendi Marzao. Sans oublier que toute l'Ibérie connait les variantes féminines en -ana qui en basque sont simplement réduites à -a : ainsi Durana en Alava est Dura en basque (notons qu'en gascon, ce serait presque pareil comme lana donne lan). Personnellement, je ne sais pas quoi choisir : Mendi Marzana, Mendi Marza, Mendi Marzao ? Marza me semble le plus judicieux : ce serait également l'adaptation du roman Marçan (avec le n qui s'en va comme souvent en basque dans les emprunts).

Donc si je prends des toponymes landais :

Aubagnan qui est Albanianu donnerait : Albaña
Baudignan : Baldiña
Mimizan : Mimiza
Sarbazan : Zarbaza
Tursan : Aturza


- Le suffixe -acum

On a aussi les toponymes en -acum, d'origine celtiques, dont sans-doute beaucoup furent fondés à l'époque romaine, et qui comportent énormément de racines topographiques (comment se refuser à voir dans les Montigny, Montignac de France autre chose que "lieu de la montagne" ?). Selon certains auteurs, le suffixe basque -aga est directement lié à cet ancien suffixe -acum. Dans la mesure où les deux sont de même sens, j'hésite désormais à interprêter le suffixe -acum en -ago (qui est la forme en Cantabrie de ce suffixe : Cerbiago) et me demande s'il ne faut pas passer directement à -aga.

Armagnac > Armañaga
Lévignacq > Albiñaga
Préchacq <> Birixaga (ou Birixago ?)

J'hésite. Maintenir -ago qui est aussi la forme aragonaise me semble plus raisonnable.


- Les formations romanes :

Puis on a des toponymes romans : je pense qu'il faut adapter avec l'étymon mais pas toujours. J'avais généralisé parfois le recours à l'ablatif comme pour Aquis > Akiz(e) (Dax) : en fait c'est ridicule.

Gestas en Soule est le gascon gestars avec le suffixe botanique -ar au pluriel : il est simplement Jestaz(e) en basque. Je crois qu'il ne faut pas compliquer à l'extrême. Et traduire quand c'est évident : Belloc par exemple, même si l'abbaye homonyme est dite Belok en basque, supporterait Lekueder.

Si on prend Le Vignau, on a le choix. Adaptation du latin (sachant que l'article prouve que c'est une formation romane) ? On a Miñale. Adaptation du roman (comme l'aurait fait le souletin prenant un mot béarnais) ? Miñao. Traduction ? Quelque chose comme Miñaga. Miñao me semble le mieux en l'état actuel.

Mais pour Castets, je ne ferais pas le même choix. L'adaptation d'un étymon castellibus serait ridicule (Gaztelibuz ?). L'adaptation du roman maladroite tant le toponyme est transparent (Gaztetz). Il me semble que Gaztelueta qui comporte une idée de pluriel convient.

Il reste des petits problèmes notamment sur les voyelles (que fait exactement le basque dans un contexte nasale entre o et u ?), savoir s'il faut généraliser les affriquées (tz ou z ?), ... J'interprète le s latin par un z comme tous les emprunts basques anciens, sauf dans les cas bien socialisés comme Bastida (prononcer : Bachtida) alors qu'un emprunt direct au latin donnerait Baztita.

2 commentaires:

  1. Bai gauza interesgarria dela! Biba zu Bixente! Egiten dituzun lan guztiak benetan baliagarriak direla esan nahi dizut. Badakit ere zeure etsaiak ugarriak daudela baina bost axola. Segi horrela eta erakutsiguzu bidea. Zuk eta baita nik ere ongi dakigu bide bakarrik bat dagoela Gaskoniarentzat, bide hau, Baskoniarena da! Okzitanizmoarekin utzi behar dugu, ahal den lasterrena. Oso leize sakon eta arriskutsua dagoelako guretzat.

    Aupa eta hurren arte.

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  2. Ni berriro,

    Irakurle maiteak, barka itzazue egiten ditudan hutsegiteak. Badakit nire euskara ez dela nahi nukeela bezain ona baina gogor saiatzen naiz ene hizkuntza hobetzea. Eguneroko lana da!

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N'hésitez pas à commenter et à me corriger.