vendredi 16 avril 2010

La "provençalisation" du Béarn

Il y a 10 ans, alors jeune lycéen, je m’inquiétais de la prolifération des maisons de style provençal en Béarn dans le courrier des lecteurs de la République des Pyrénées, et plus généralement des pavillons modernes qui ne respectaient pas notre architecture vernaculaire pyrénéenne, nos teintes délicates, le roux des hauts toits d’Orthez, l’harmonie de plomb des villages du Piémont. Intuitivement, il me semblait que ces cubes défiguraient le paysage : siégeant généralement avec lourdeur aux côtés d’une vieille ferme béarnaise à moitié détruite, ils signaient avec arrogance le goût d’une époque individualiste qui voyait s’effondrer les derniers codes communautaires. Bref, le Béarn s’éteignait à mesure que l’on attentait à son identité paysagère. Mais aujourd’hui, plus que d’attentat, c’est de maladie dont il faut parler : le Béarn tout entier est vérolé. Des villages ont irrémédiablement perdu tout caractère, noyés dans les lotissements bariolés de la civilisation de la tondeuse. L’olivier est le nouveau symbole de la réussite sociale. Il n’est pas une église – « centre-bourg » à densifier en langage technocratique - qui ne se retrouve ceinturée de petites maisons basses informes. Andoins, Balansun, Buros, Carresse-Cassaber, Carrère, Gan, Nousty, Pontiacq-Viellepinte, Sedze-Maubecq, … la liste des villages et villes perdus pour la béarnité est aux exceptions montagnardes près, celle des communes du Béarn.


Saloperie provençale

Ce sont avant tout le grand Lacq et le grand Pau qui se retrouvent les plus vitrifiés, ce dernier entrant en collision à l’Est avec l’influence non moins déplorable de l’agglo tarbaise. Les deux titans s’affrontent dans les enclaves, no man’s land sordide où un mauvais goût débridé trouve le lieu idoine pour s’exprimer : architecture globale de la maison qui tient du Rubik’s Cube, colonnades type « villa américaine », Sunset Beach dans les touyas. Les panneaux solaires servent d’alibi. Depuis 2 ans, la lèpre provençale touche même l’Oloronais qui pourtant avec Oloron disposait d’un modèle admirable de fidélité aux formes architecturales béarnaises : il n’en est pas de même dans la plaine avec une ville de Pau qui se figure être Nice et badigeonne de jaune et de rose les murs de ses maisons de ville, jusqu’ici d’une belle austérité blanche pyrénéenne, comme si les Pyrénées enneigées qui dominent la ville constituaient l’écume d’une vague méditerranéenne. « En Biarn, ne blanqueyen pas mey las maysous ».


Cachez cette austère maison béarnaise que je ne saurais voir !


La maladie progresse et touche désormais jusqu’aux maisons béarnaises restées debout : on met les murs à nu comme pour de vulgaires granges en faisant sauter les crépis, on restaure les toitures en tuiles romanes ou en fibro-ciment en lieu et place des tuiles « picous » ou des ardoises selon les régions, on éventre les façades avec des vérandas . Obsession de notre société pour la lumière, la transparence, la haine de l’austérité. A défaut de sa présence dans le foyer, la joie de vivre infligée à tous sur les murs de sa maison.


Massacre à la tuile romane


Il y a 10 ans, nous ne pouvions que constater une étrange mode. Aujourd’hui, nous pouvons désigner les responsables. Le premier d’entre eux, c’est l’Etat qui a confié aux maires des communes des pouvoirs en matière d’urbanisme bien trop importants, en dépit du bon sens. Ceux-ci, chargés souvent de l’élaboration du plan d’urbanisme, ne peuvent se permettre des contraintes trop rigides : la compétition entre communes pour attirer les nouveaux venus est rude. Il ne faut pas contrarier un jeune couple, lobotomisé par le rêve d’une France de propriétaires, perdu dans le fantasme du « Sud », qui vient faire construire sur sa commune. Ne pas entraver l’entrepreneur local qui ne met pas à disposition les bons modèles de maisons ou l’exploitant agricole qui voit certaines terres prendre de la valeur. Une seule solution pour lutter contre ce phénomène : supprimer les compétences communales en matière d’urbanisme et les confier aux intercommunalités qui pourront alors concentrer les nouvelles habitations sur un centre-bourg dans la verticalité via de petits immeubles bien intégrés au paysage (cela se fait à Morlaàs), ce qui évitera au passage le mitage du territoire agricole ou des frais supplémentaires d’entretien des routes pour les communes rurales.

Pour autant, me semblent tout aussi responsables les militants régionaux. Car en effet, il suffit de se rendre au Pays Basque pour constater combien notre peuple voisin et frère chérit son « etche » et ne tolère aucune atteinte à l’harmonie de son pays. Le constat est particulièrement frappant en Soule, la pyrénéenne : il s’agit là du dernier endroit où les nouvelles constructions respectent une charte architecturale … béarnaise ! De la force d’une identité bien établie. Ainsi, en nous enivrant depuis 60 ans de mièvreries méridionales, en ne relayant pas le petit patriotisme béarnais lui préférant le snobisme d’un universalisme « avé l’acceng », en préférant vanter en pure perte l’ouverture sur le monde qu’induirait la dite culture occitane plutôt que de concrètement parler pays et culture gasconnes, bref en parlant « Sud » plutôt que Béarn, nos militants occitanistes ont obtenu que l’Occitanie, pays romantique et imaginaire, se fasse devant leurs yeux. Vous l’avez votre Occitanie chers militants régionaux, chaque jour la tuile romane vient assouvir vos fantasmes cathares ; enfin le Béarn est devenu occitan, Plus Belle la Vie 24h/24 à Serres-Castet et Montardon, venez nombreux, places illimitées ! Quand pendant trop longtemps, on oublie de relayer dans l’imaginaire collectif l’idée de la petite nation et d’en décrire ses symboles (dont ceux qui relèvent de l’architecture : aussi bien l’art-déco néo-basque si subtil des années 30 que l’architecture vernaculaire rurale si variée des micro-entités géographiques oubliées que sont l’Entre-Deux-Gaves, le Soubestre, le Montanérès, …), quand on omet de dire ce qui nous est propre par peur de passer pour des fachos selon la terminologie désuète des années 70, quand contrairement aux Basques, on a peur de s’affirmer pour qui nous sommes afin de ne pas froisser la bien-pensance, quand on va jusqu’à taire le nom de Béarn pour pathologiquement le remplacer dans tout contexte par « Occitanie », il ne faut pas s’étonner que des décennies plus tard, disparaisse à la suite de la langue jusqu’à notre identité sentimentale. La mort du Béarn, dans le silence le plus total, sera une victoire à la Pyrrhus pour les occitanolâtres pourfendeurs de localistes, car la langue béarnaise ne renaîtra jamais dans l’univers pavillonnaire contemporain, symptôme d’un mouvement plus général tendant à l’homogénéisation.


Respect des formes vernaculaires en Soule

7 commentaires:

  1. Où l'occitanisme, sans le vouloir, ou bien en le voulant à l'échelle régionale, participe au phénomène de nivellement culturel que d'autres appellent mondialisation. Ce phénomène de destruction des paysages de Gascogne remonte au début des années 1990. Je l'ai malheureusement observé à Biscarrosse où les autochtones eux mêmes, élus en tête, participent activement au massacre. Ils avancent mêmes les arguments: "Ici, de toute manière, il n'y a jamais eu aucun patrimoine". Vous comprendrez que j'en ai des aigreurs d'estomac. Quelle inculture, quel manque d'intérêt pour son terroir! Pour eux, patrimoine équivaut à châteaux de la Loire. L'architecture vernaculaire n'a aucune valeur à leurs yeux, ils ne la connaissent même pas, ce n'est pas assez spectaculaire. Donc, on fait du cigalou néo-provençal, bien dans le cliché méridional que contribue à entretenir le mouvement occitaniste. Si je photographie, aujourd'hui même, un lotissement biscarrossais, je vous mets au défit de me dire si on est à Gradignan, Draguignan, Palavas-les-Flots, Montauban, Castanet-Tolosan ou Narbonne.
    Les transferts de compétence vers les collectivités locales n'ont pas toujours des effets bénéfiques.

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  2. Voici un papier intéressant. Je partage votre haine de ces lotissements dégueulasses qui détruisent nos paysages et l'identité de nos régions. Sachez que nous aussi, en Limousin, avons depuis une dizaine d'années vu se multiplier, poussant comme des champignons, des pavillons genre "provençal", immondes, bâtis en 2 mois, qui ne reprennent ABSOLUMENT rien de l'architecture vernaculaire limousine (ou plutôt de l'une des architectures vernaculaires limousines, car il y en a plusieurs).
    Cependant, je n'ai jamais pensé à accuser l'occitanisme de cette ignominie. D'ailleurs, c'est conférer aux occitanistes un bien grand pouvoir, lorsqu'ils sont en réalité tellement méprisés par les élus locaux... Ce sont plutôt ces élus locaux, qui chez nous se contrefoutent à 99% de l'Occitanie et de l'occitanisme, que j'accuse. Et puis ce sont les entreprises comme Bâtidur, Phenix etc qui proposent des modèles de maisons totalement déconnectés de la tradition locale. Et ce sont les Limousins désireux de posséder, posséder, posséder, mais à moindre coût, qui se laissent séduire par ces maisons pseudo-provençales. Et puis c'est tout un système capitaliste qui fait qu'il est moitié moins cher t deux fois plus rapide de se faire construire un pavillon choisi sur catalogue que de racheter et retaper une vieille maison limousine que la ruine menace...
    Mais non, je ne vois pas le lien, chez nous du moins, entre l'occitanisme et la construction par milliers de ces pavillons immondes. D'ailleurs cela est généralisé dans 90% des régions françaises, le pavillon Mikit pousse dans toutes les régions de France, et ne respecte jamais l'architecture locale, alors irez-vous accuser les occitanistes en Bedrry, en banlieue parisienne, en région lyonnaise, en Alsace...?

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  3. L'occitanisme est responsable à deux titres :

    - En amont, il a détruit les petits patriotismes locaux jugés provincialistes et sécessionnistes pour leur substituer le délire universaliste occitan. Quand le Béarn se disait béarnais, seulement béarnais, viscéralement béarnais, ses enfants construisaient des maisons de style béarnais, jusqu'à la caricature. C'est encore aujourd'hui chez les voisins basques ce qui motive à construire basque. Les Occitans depuis qu'ils ont remporté le combat en Béarn dans les années 90, ont brouillé les cartes identitaires et le pays de Béarn, contrée pyrénéenne, austère, aux paysages à moitié "euskariens", très périphérique dans la France méridionale, est devenu le centre sentimental de la lutte d'une dite "Occitanie", miroir déformant du Midi vu par Paris. Peuchère, bou du cong !

    - En aval, il est incapable d'articuler une pensée identitaire qui transcende les seuls phénomènes linguistiques. Les occitanistes pensent sincèrement qu'il n'y a d'identité que dans de banales modalités linguistiques romanes. Toute réflexion identitaire qui mêlerait respect des paysages et fierté locale leur est inaccessible. Evidemment, en Limousin, il est malaisé de comprendre l'importance que peuvent avoir les mouvements régionalistes en Béarn. Non pas qu'ils aient de l'influence mais il sont censés porter la flamme identitaire locale. Or, ainsi que nous le disions, les occitanistes ont coupé avec tout cela, pour imposer une nouvelle identité méridionale, qui colle parfaitement avec les clichés contemporains, faits de "Plus belle la Vie".

    Pour le reste, je suis d'accord avec votre analyse (notamment sur la bêtise des élus, encore qu'il faille modérer, je suis entré en contact avec des petits maires ruraux qui me confessaient leur impossibilité légale de s'opposer à la fantaisie des nouveaux-venus). Il ne reste plus rien d'identités en France. N'empêche, vous ne verrez pas de pavillons immondes en Bretagne ou chez les Basques. Pour quelle raison ? Car il existe dans ces régions un consensus très fort qui s'impose aux constructeurs. Ce consensus est le produit de l'identité locale. Mon reproche aux occitanistes n'est pas d'être responsables de ce phénomène, mon reproche est qu'ils ont atomisé l'identité locale qui jusque dans les années 90 inspirait tous les Béarnais. Mon autre reproche est que les occitanistes ont des positions avantageuses dans les exécutifs locaux et qu'ils pourraient souffler quelques conseils à leurs amis élus. Chose qu'ils ne font pas car ils n'ont aucune sensibilité à ces questions. Bref, en quelque sorte, l'occitanisme en Béarn a détruit nos défenses immunitaires traditionnelles, pire, son méridionalisme de tartarin est comme un catalyseur de cette situation déplorable.

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  4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  5. Cette étude est vide de sens.
    Il en manque l'essentiel: quelle est l'origine géographique des gens qui font construire ce type de maison? Sont-ce des gascons ? Sont-ce des provençaux ? Sont-ce des franchimands, ou des gabatchs, comme je crois que vous les baptisez ?
    Pour arriver à des conclusions aussi connes que les votres, il faudrait dresser des statistiques complètes et ne pas se fier à vos impressions forcémment fascistes et racistes.
    Le mathématicien que vous déclarez être devrait le savoir

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  6. Intervention débile. D'une part, je connais très bien la question, c'est peut-être la seule que je maîtrise dans tous ses aspects, sociologiques, identitaires, juridiques. D'autre part, il s'agit aussi bien d'enfants du pays que de nouveaux venus, même si les mouvements démographiques héliotropes font que fatalement ces derniers sont plus nombreux statistiquement.

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  7. http://ogeu.mon.village.over-blog.com/article-le-grand-schtroumpf-l-avait-dit-79835533.html

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