lundi 24 mai 2010

Reductio ad Vasconiam

La plupart des cours d'occitan en Gascogne (disons en Béarn) commencent immuablement par un petit laïus historique. A la manière des clichés les plus éculés sur le colonialisme français (qui veulent que l'on ait enseigné aux colonisés que leurs ancêtres étaient gaulois, ce qui est faux, on leur enseignait seulement la France et ses ancêtres mythifiés, nuance), nos professeurs occitans indiquent généralement à leur public que nos ancêtres à nous n'étaient pas non plus gaulois, mais "aquitains".

C'est vrai. On le sait depuis 2000 ans. Cela est bon de le répéter. C'est un leitmotiv comme un autre. Mais là où je suis abasourdi, c'est que jamais, en énonçant l'originalité irréductible des seuls Gascons (qui par leur nom indiquent leur origine), il ne vient à l'idée de ces "Occitans" que ce fait aquitain est en complète opposition avec le fait occitan. On ne peut pas parler des Aquitains et de l'Occitanie sans mettre en balance le caractère périphérique du premier fait.

C'est là j'ai remarqué une vraie tendance béarnaise dans l'occitanisme. C'est le "Reductio ad Vasconiam". Les Béarnais ont étendu leurs caractéristiques marginales gasconnes à l'Occitanie entière. Ils donnent envie d'Occitanie sur les faits qui définissent sans discussion possible le seul fait ethnique gascon ! C'est stupéfiant. Et par ricochet, les occitanistes non-gascons entrent en communion avec cette Histoire qui n'est pas la leur. Ils se sentent "occitans" par procuration gasconne. C'est de la folie.

Dernier symptôme amusant du "reductio ad vasconiam". Les nationalistes basques un peu cons croient aujourd'hui que l'Occitanie toute entière est ce qu'il reste de l'ancienne étendue du Pays Basque antique romanisé. C'est très pittoresque, il y en a même qui interprètent "Ardèche" comme arte+etxe=maison des pins ...

Voilà la confusion amenée par le concept d'occitan, mais avant tout par ces abrutis de Béarnais qui parlent de l'Occitanie comme s'il s'agissait du canton d'Arzacq-Arraziguet.

3 commentaires:

  1. Leclercq Jean-Marc25 mai 2010 à 09:13

    Je ne vous comprends pas, moi, en tant que secrétaire de l'IEO de Haute-Garonne. L'institut a toujours reconnu toutes les variantes de la langue d'Oc, n'a jamais appuyé aucune théorie d'une entité étatique occitane dans l'histoire. Notre seule propos est la défense de la langue qui en a tant besoin. On dirait que vous vous complaisez à combattre certains moulins que vous imaginez hideux afin de mieux les haïr. L'Occitanie, c'est un espace culturel dont la principale qualité est la tolérance, ce n'est pas uen redite de la IIIe République, je vous l'assure.
    Jo medish que parli gascon a Tolosa dab autes qui parlan lengadocian e n'i a pas jamei cap de problèma, sonque entà díser "sheis oras", qui los autes podon comprénguer a còps "setze oras".
    Vaquí qu'ei tot entad uei ...
    Amistats,
    JML

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  2. Heraus ne combat pas des moulins à vent : il y a un vrai problème, un "problemàs".
    Le courant dominant de l'occitanisme a peur de la Gascogne et il essaye de la disqualifier, de la dissoudre, de la masquer...
    Un exemple : dans un dépliant récent de l'Ostau occitan de Gironde, il est écrit quelque chose comme "l'occitan", parfois appelé "gascon" ou "patois" ! Comme si le gascon était un autre nom (mais incorrect) de l'occitan !

    A force de bafouer le gascon et la Gascogne, l'occitanisme pousse les amoureux de la Gascogne dehors. Et c'est moi qui suis occitaniste depuis bientôt 40 ans qui vous le dis !

    Un jacobinisme occitan a pris le pouvoir dans le maigre mouvement occitan, qui s'accommode du jacobinisme français : ce dernier a entre autres "l'avantage" de couper la Gascogne en deux entre "Aquitaine" et "Midi-Pyrénées"...

    L'idée de la "reductio ad Vasconiam" est intéressante, mais je ne l'ai pas vécue de près.
    Par contre, et c'est un peu lié, je crois que le mouvement occitan, à partir de sa base béarnaise qui avait l'exemple basque sous les yeux, a cru qu'on pouvait plaquer sur l'Occitanie la méthode basque, alors que la réalité occitane est radicalement différente : pas de conscience/fierté identitaire, un ensemble énorme de régions disparates...

    Bon, que m'arresti : que n'ei trop a diser !

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  3. Bonjour Tederic,

    Tu sais que les occitanistes pur sucre commencent à te détester. Tu n'es pas loin de l'excommunication. Je suis en parfait accord avec toutes ces analyses.

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