mercredi 8 septembre 2010

Gascon et guyennais en Lot-et-Garonne



Lavardac :
1. Un homi awè düs hilhs ; lou mey jouen digout a soun pay : Papay,
balhat me lous bens que diwi auje per ma part. E lous y hascout lou
partatche de soun ben.

Prayssas :
1. Un homi abiŏ düs fils : lou pü jouyne diguet a soun pay : Moun pay,
dounas me lous bes que dibi abe per ma part. E lou pay lour fasquet
lou partatge de soun be.

L :
2. Cauques jours apretz, lou mey jouen empourtan damb et tout so
qu'awè, s'en angout courre dens ün païs eluenhat oun despenset tout
soun ben.

P :
2. Pauc des jours apret, lou pü jouyne empourtan damb el tout so
qu'abiŏ, s'en anguet bouyatcha en païs eloinhat oun despenset tout
soun be.

L :
3. Apretz qu'aout tout gaspilhat, bengout iŏ grandŏ faminŏ den aquet
païs ; e estout talŏmen nüt de toutŏ causŏ, qu'estout oubligat des
bouta au darre d'ün abitan du loc que l'embiet den sa bordŏ end'y
gouarda lous tessouns.

P :
3. Après qu'atjet tout dissipat, sürbenguet unŏ grandŏ faminŏ dins lou
païs ound érŏ, e fusquet taloment denuat de toutŏ causŏ que calguet
que se louguessŏ chez un abitan de l'endret que l'embouyet dins unŏ de
sas bordos per y garda lous tessous.

L :
4. Aquiu, que dezirawŏ se rassasia das trounhotz que lous tessouns
minyawŏn, mè digün que l'y en balhet.

P :
4. Aquiu, deziret poude se rassasia des restŏs que faziŏn lous
tessous, mes digün nou l'in dounguet.

L :
5. A la fin, reflechiscout e digout :y a den l'oustau de papay bayletz
qu'an pan tant que boůn, e jou mourissi de hami aci.

P :
5. Enfin, en reflechin, diguet : y a din l'oustal de moun pay des
bayletz qu'an de pa en aboundansŏ, e jou mouri de fam aci.

L :
6. Que cau que me lewĭ, qu'anguĭ trouba papay e que li diguĭ : "Moun
pay, ey pecat countrŏ lou ciel e dewan bous. Ne souy pas digne adarŏ
d'esta aperat boste hilh. Tretatz-me dounc, coumŏ ün de bostes
bayletz."

P :
6. Cal que me lebĭ, qu'anguĭ trouba moun pay et que li diguĭ : "Moun
pay, ey pecat countra lou ciel e daban bous. Nou sey pas digne adarŏ
d'estre appelat bostre fil. Tretaz-me dounc comme l'un de bostes
bayletz."

L :
7. Se lewet dounc et angout trouba soun pay : me coumo èrŏ encouerŏ
luen, soun pay l'apercebüt e, toucat de coumpassioun, courrout e
l'embrasset.

P :
7. Se lebet dounc e anguet trouba soun pay : mes èrŏ enquerŏ len que
soun pay l'aperceguet, e, toucat de compassioun, courguet l'embrassa.

L :
8. Soun hilh li digout : Moun pay, ey pecat, etc.

P:
8. Soun fil li diguet : Moun pay, ey pecat, etc.

L :
9. Me lou pay digout a sous bayletz : Pourtatz li biste sa prümèro
pelhŏ e boutatz-li : boutatz-li ün anet au dit e souliès as pès.

P :
9. Mes lou pay diguet a sous bayletz : Pourtas-li biste sa pü belŏ
raubo e metes li : metes li un anel al dit e des souliès as pès.

L :
10. Miatz lou betet gras e tuätz lou ; minyan e hèn bounŏ chèrŏ, pramo
que moun hilh qu'èrŏ mort et ès ressuscitat." E hascoun grandŏ hestŏ.

P :
10. Menas lou bedel gras e tia lou; mingen e fasquen bounŏ chèrŏ,
parce que baci moun fil qu'èrŏ mort e qu'ès ressuscitat ; èrŏ perdüt
et ès retroubat." E fasqueren grandŏ festŏ.


Source : Luchaire



Analyse phonétique rapide :

1. Chute du n intervocalique à Lavardac : miatz (L) / menas (P)
2. N dental final à Lavardac : ben (L) / be (P) (trait très localisé en gascon, ailleurs plutôt vélaire)
3. Pas de fermeture o>u après nasale : mort (L/P)
4. Pas d'assimilation nd>n : grandŏ (L/P)
5. Traitement gascon de ll à Lavardac : aquet (L), aperat (L)
6. Passage f>h à Lavardac : hilh(L) / fil (L)
7. Traitement gascon du v intervocalique à Lavardac : awè(L) / abiŏ
(P)
8. Vocalisation de -l à Lavardac : oustau (L) / oustal (P)
9. Traitement gascon de -ariu/aria à Lavardac : prümèro (L)
10. Conservation du groupe gw mais pas de kw : gouarda (L) / garda
(P) ... cauques (L)

Le texte ne permet pas de juger quant au arr- prosthétique. On peut remarquer la conservation de l'occlusive sourde en gascon dans betet (L) / bedel (P), la prononciation -ts des finales des secondes personnes du pluriel en gascon, la dépalatisation des -lh finaux en languedocien (jamais notée à l'écrit en écriture alibertine alors qu'il s'agit d'un trait fort qui s'oppose au gascon), prononciation sporadique y de j en gascon, diphtongaison du o bref conditionnée par le yod encouerŏ (L) / enquerŏ (P), ...

Les deux communes ne sont séparées que de 25 kilomètres ... La différenciation est énorme. Et on est loin du gascon pyrénéen ...



7 commentaires:

  1. Oui, la différenciation est nette entre ces deux communes quasi voisines. Il est évident que si on s'avance vers l'ouest ou vers le sud-ouest, le fossé que constituent les isoglosses va se creuser encore. Je renvoie à la carte de Bonnaud, p. 162*, qui évoque des difficultés de compréhension phonétiques et lexicales. Tout d'abord sur la Garonne et ensuite sur la limite entre gascon garonnais, gascon intermédiaire et gascon central (cf. la carte des gradients de gasconnité). L'intercompréhension de proche en proche est naturelle, entre deux villages voisins par exemple. Cependant avec la distance, et sans que celle-ci soit très importante, cette fameuse intercompréhension devient problématique (cf. les matrices dialectométriques de l'ALG).
    D'ouest en est, elle est bien plus aisée que d'est en ouest. Ainsi, un gascon va plus facilement comprendre un languedocien que l'inverse. La raison principale est la transparence du languedocien, beaucoup plus proche du français, notamment dans sa syntaxe.
    L'intercompréhension quasi immédiate entre deux locuteurs d'oc est un mythe. J'ai travaillé pendant quatre ans dans l'académie de Toulouse et j'étais obligé d'adoucir mon gascon, voire de parler languedocien pour qu'on me comprenne. Les yeux et les expressions du visage de votre interlocuteur sont les signes infaillibles de l'incompréhension. Je l'ai éprouvé plus d'une fois. Cela fut encore plus évident avec un Limousin de Juillac, Corrèze, qui n'a strictement rien compris à ce que je lui disais et que je n'ai pratiquement pas compris non plus. Bien sûr, on saisit le sens général, mais pas plus que face à un Italien ou un Espagnol parlant lentement et en contexte.
    Ce qui facilite l'intercompréhension, aujourd'hui, c'est la mauvaise qualité de la langue parlée par les néo-locuteurs, formés au même modèle linguistique, c'est à dire celui d'une nov-langue qui se standardise, allégée de ses caractéristiques idiomatiques, qui voit son lexique et sa syntaxe s'appauvrir. Bref, une espèce de panoccitan light, accessible même à un francophone monolingue, et qui n'a plus grand chose à voir avec les langues d'oc parlées par nos arrières grands-parents. De plus, quand ces deux locuteurs sont deux occitanistes, éduqués aux thématiques d'oc et qui, inconsciemment, font en sorte de faire converger leur niveau de langue.
    Les cartes de l'ALG, surtout celles du volume 6, sont impitoyables quand il s'agit de dresser ce constat de la grande singularité du gascon.

    *Terres et Langages, Peuples et Régions, volume II.

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  2. Oui, la différenciation est nette entre ces deux communes quasi voisines. Il est évident que si on s'avance vers l'ouest ou vers le sud-ouest, le fossé que constituent les isoglosses va se creuser encore. Je renvoie à la carte de Bonnaud, p. 162*, qui évoque des difficultés de compréhension phonétiques et lexicales. Tout d'abord sur la Garonne et ensuite sur la limite entre gascon garonnais, gascon intermédiaire et gascon central (cf. la carte des gradients de gasconnité). L'intercompréhension de proche en proche est naturelle, entre deux villages voisins par exemple. Cependant avec la distance, et sans que celle-ci soit très importante, cette fameuse intercompréhension devient problématique (cf. les matrices dialectométriques de l'ALG).
    D'ouest en est, elle est bien plus aisée que d'est en ouest. Ainsi, un gascon va plus facilement comprendre un languedocien que l'inverse. La raison principale est la transparence du languedocien, beaucoup plus proche du français, notamment dans sa syntaxe.
    L'intercompréhension quasi immédiate entre deux locuteurs d'oc est un mythe. J'ai travaillé pendant quatre ans dans l'académie de Toulouse et j'étais obligé d'adoucir mon gascon, voire de parler languedocien pour qu'on me comprenne. Les yeux et les expressions du visage de votre interlocuteur sont les signes infaillibles de l'incompréhension. Je l'ai éprouvé plus d'une fois. Cela fut encore plus évident avec un Limousin de Juillac, Corrèze, qui n'a strictement rien compris à ce que je lui disais et que je n'ai pratiquement pas compris non plus. Bien sûr, on saisit le sens général, mais pas plus que face à un Italien ou un Espagnol parlant lentement et en contexte.
    Ce qui facilite l'intercompréhension, aujourd'hui, c'est la mauvaise qualité de la langue parlée par les néo-locuteurs, formés au même modèle linguistique, c'est à dire celui d'une nov-langue qui se standardise, allégée de ses caractéristiques idiomatiques, qui voit son lexique et sa syntaxe s'appauvrir. Bref, une espèce de panoccitan light, accessible même à un francophone monolingue, et qui n'a plus grand chose à voir avec les langues d'oc parlées par nos arrières grands-parents. De plus, quand ces deux locuteurs sont deux occitanistes, éduqués aux thématiques d'oc et qui, inconsciemment, font en sorte de faire converger leur niveau de langue.
    Les cartes de l'ALG, surtout celles du volume 6, sont impitoyables quand il s'agit de dresser ce constat de la grande singularité du gascon.

    *Terres et Langages, Peuples et Régions, volume II.

    P.Lartigue

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  3. Bis repetita. J'ai fait une fausse manip.

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  4. La différence est réelle entre ces deux parlers mais comme le dit le commentaire précédent ne constitue pas un obstacle immédiat à la compréhension à cette distance. Sans doute l'intercompréhension est-elle plus difficile entre parlers plus éloignés. On voit tout de même que la structure profonde de la langue est similaire et qu'il est difficile d'opposer ces deux idiomes dans leur essence malgré les marques différences phonétiques et de conjugaison.
    Il n'est cependant pas toujours évident que des parlers éloignés géographiquement soient davantage différenciés que des parlers plus proches.
    Qu'en est-il par exemple de la différenciation entre un parler de type guyennais comme celui de Villeneuve-sur-lot et d'un parler gascon comme celui d'Auch ? La distance linguistique est-elle vraiment accrue ? Je pose la question en toute innocence, je ne connais pas vraiment la réponse.

    Quant à la convergence entre la façon de parler de deux occitanistes dotés d'une certaine connaissance linguistique des idiomes d'oc, c'est vraisemblablement le cas, encore que la convergence se fasse généralement unilatéralement vers le languedocien. Mais la convergence n'est pas forcément une mauvaise chose si elle est le signe d'une conscience linguistique plus grande. Evidemment, je ne parle pas des débutants qui apprennent le languedocien car, dans leur cas, la connaissance des autres idiomes n'est pas franchement avérée. Le limousin, par exemple, ils n'y connaissent pas grand chose et il est vrai qu'il est préférable dans ce cas, à moins que par esprit de contradiction on fasse le contraire, d' "élargir" son parler. Cela ne me dérange pas vraiment si toutefois je sens un effort de la part de l'autre.

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  5. J'entends ce que vous dites M. Degun. Cependant, pour communiquer, nous avons le français et c'est formidable. Nul besoin d'employer une nov-langue de laboratoire et de piétiner la diversité linguistique d'oc au nom de je ne sais quelle solidarité méridionale qui coulerait de source. La solidarité méridionale, qu'elle soir félibréenne ou occitaniste, ce qui revient au même, ne m'intéresse absolument pas. Ce n'est pas mon voyage. Et surtout, faites moi la faveur ne me pas me servir l'argument de la "diversité dans l'unité". J'ai depuis bien longtemps compris le but ultime de l'occitanisme. La mort des "dialectes" et l'émergence d'un standard languedocien unifié, de Montluçon à Elx et de la côte landaise aux vallées italiennes. Il y a cependant un os, les Catalans. Peut-être n'accepteront-ils pas de parler languedocien?
    Moi, en tant que gascon, je ne l'accepterai jamais comme je ne souscrirai jamais au dogme occitaniste.

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  6. Je vois avec stupéfaction que je vous ai répondu, M. Degun. Je n'aurais pas dû le faire car je ne souhaite plus converser avec un interlocuteur que je ne peux identifier. Donc, je préfèrerais connaître votre nom tout comme vous savez qui je suis. Je ne peux pas me poster à l'entrée de ma grotte pour tâter le dos de mes moutons.

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  7. Veuillez m'excuser d'utiliser un pseudonyme. Je préfère ne pas utiliser mon nom tout simplement car je n'ai pas envie qu'il soit détourné comme c'est le cas sur certains sites, ce qui constitue une pratique particulièrement désobligeante.
    Si ça peut vous aider, je peux vous dire que je suis Limousin. Mon nom ne vous en dirait pas plus.
    Je ne remets pas en cause la diversité linguistique d'oc, au contraire, j'y suis autant attaché que vous et je ne verrais pas d'un bon oeil du languedocien imposé en Limousin non par pure réaction mais tout simplement parce-que cela n'aurait pour moi pas de sens.

    La mort des dialectes ? Il y aurait beaucoup à dire là dessus. Je ne connais personne du milieu occitaniste qui dise qu'il veut la mort des dialectes. Au plus, certains veulent un occitan unifié, à base de languedocien il est vrai, pour succéder aux dialectes qui sont déjà sur le point de disparaître non en raison de ce standard mais bien à cause de la situation sociolinguistique. Enfin, je n'ai jamais non plus rencontré qui que ce soit qui souhaite la mort du limousin pour y imposer du languedocien. Qu'il y ait un languedocianocentrisme, je veux cependant bien le reconnaître soit que cela relève d'une arrogance toute méridionale soit que cela relève d'une ignorance linguistique manifeste.

    Quant à utiliser la langue pour la communication, c'est peut-être bien là qu'est le hic. En effet, dans le projet de l'occitanisme, il y a manifestement la volonté de promouvoir une langue de communication qui serait la langue normale en usage sur le territoire qu'elle occupe ou a occupé historiquement. Je m'intéresse de mon côté bien davantage à la langue en tant que celle d'une culture vernaculaire mais aussi dans ce qu'elle a pu produire d'oeuvres artistiques et littéraires. Cela dit, on ne peut pas dire que la langue véhicule encore grand chose de la culture vernaculaire étant donné que la société traditionnelle a quasiment disparu. C'est regrettable mais c'est désormais ainsi.
    Reste à savoir pourquoi les uns ou les autres souhaitent encore sauvegarder cette langue et sous quelle(s) forme(s). Qui veut d'une autre langue de communication que le français en Occitanie et dans quel but ? Qui veut d'une langue qui resterait désormais confinée à la culture ?
    Cela dit, je trouve passionnant d'utiliser ma modalité occitane limousine pour converser avec un autre occitanophone d'un autre coin. L'exemple le plus parlant pour moi est le suivant : parler limousin avec un locuteur des vallées occitanes du Piémont et ça marche plutôt bien, c'est nettement moins vrai avec un aranais encore que cela dépend des connaissances linguistiques de chacun des locuteurs, j'ai pu le faire avec des Aranais mais avant tout des occitanistes. Je ne suis toutefois pas contre des standards dialectaux plus ou moins convergents pour sauver ce qui reste mais chacun est libre d'avoir son avis sur la question, de toutes façons, c'est peine perdue, ce qui n'empêche pas malgré tout de faire ce qu'on croit bon d'avoir à faire.

    Voilà voilà, désolé de vous imposer ma mièvre prose.

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