dimanche 5 septembre 2010

La graphie alibertine en limousin : contradictions et écarts

Le but de la graphie alibertine tel qu'il est conçu par l'immense majorité des militants linguistiques est clair : dans l'impossibilité de forger un standard pan-occitan, unifions graphiquement les variétés dialectales de manière à masquer au moins à l'écrit les différences parfois énormes entre les dits "dialectes". Avec le temps, une prononciation médiane se dégagera et in fine, un standard émergera naturellement.

La graphie alibertine n'a pourtant rien d'aberrant en elle-même. Les Gascons l'ont adaptée avec intelligence. En Limousin, il en va autrement : les linguistes occitanistes du Limousin ont simplement plaqué la graphie alibertine telle que développée pour le languedocien méridional. On en connait les conséquences : maintien à l'écrit des consonnes implosives muettes, jeu d'accent tonique pour marquer le timbre dantesque, travestissement des conjugaisons, ... Toujours dans la volonté un peu puérile de masquer ce qu'est le limousin, à savoir une langue romane qui partage de nombreux traits avec les dialectes d'oïl. Ce qu'on sait moins, c'est que la graphie alibertine telle qu'appliquée au limousin n'a même pas de cohérence interne.

Il suffit pour cela de prendre la conjugaison du verbe "être". A gauche, la proposition des occitanistes. A droite, la prononciation à la française. (n) marque une voyelle nasalisée, comme en français.

sei : /chèy/
ses : /chéy/
es : /èy/
sem : /chè(n)/
setz : /ché/
son : /chou(n)g/

L'écart est assez risible. Mais surtout, les fioritures sont inutiles et incohérentes : "e" note tantôt une voyelle ouverte ou fermée (certains diront que le limousin ne fait pas la distinction, alors ce n'est pas de l'oc, car c'est là un trait majeur du vocalisme "occitan"). "-s" note un son /y/* ... qui s'écrit aussi "-i", et dans aucun cas n'indique quoi que ce soit au niveau de l'ouverture vocalique. La forme "setz" pour /ché/ est une horreur sans nom. n final tantôt note la vélarité comme dans "son", tantôt la nasalité dans d'autres mots. m final note une voyelle nasalisée.

* : Les notations phonétiques /./ notent une prononciation "à la française" et non celle de l'API.

C'est de la pure folie. A d'autres temps, c'est encore pire : au prétérit, on écrit fuguei ce qui se prononce ... /fu'i/. Variante siguei, prononcée ... /shi'ji/.

Regardons le verbe "avoir" :

En bas-limousin : c'est presque de l'oïl.

ai : /èy/
as : /a/
a : /o/
avem : /o'vè(n)/
avetz : /o'vé/
an : /o(n)/

En haut-limousin :

ai : /ay/
as : /a/
a : /o/
avem : /avèm/ ou /am/
avetz : /avéy/ ou /a/
an : /am/

Aucun pédagogue ne peut se résoudre à autant d'imprécision graphique. Même si ce n'est pas la seule incohérence : "as" est prononcé /a/, "a" est prononcé /o/, donc un a tonique peut se prononcer de deux manières différentes ... Ce sont les conséquences d'une volonté d'écrire en languedocien et de prononcer en limousin ... prononciation qui se perd à cause de l'écrit ! Respecter les règles de la graphie alibertine en haut-limousin, ce serait écrire :

J'ai tort : ai tòrt
Tu as tort : a tòrt
Il a tort : ò tòrt
Nous avons tort : am tòrt
Vous avez tort : à tòrt
Ils ont tort : an tòrt


Autre exemple : aller.
vau : /vaw/
vas : /va/
vai : /vèy/
anam : /o'no(n)/
anatz : /o'na/
van : /vo(n)g/

Comment peut-on écrire "anatz" quelque chose que l'on prononce /o'na/ ? Il faut à tout prix amender la graphie en limousin, et peut-être entériner que la graphie alibertine, inspirée du catalan, ne va que pour le gascon et le sud-languedocien. Du fait que ces langues sont de transition avec l'ibéro-roman. Et que l'occitan n'existe pas ...

3 commentaires:

  1. Il faudrait tout de même relativiser ta description. Tu pèches qd même par méconnaissance du limousin.
    Un exemple : fuguei/siguei se prononce dans la plupart des endroits [fygèj]/[s(h)igèj].
    On peut aussi trouvé fuguí mais dans ce cas on l'écrit comme je viens de le faire.
    Où as-tu pioché les prononciations que tu annonces ? Je ne dis pas qu'elles n'existent pas, juste qu'elles ne sont pas communes. Il y a peu de parlers limousins où [g] intervocalique serait amui, bien moins qu'en guyennais.

    Bon, il faudrait revoir tout ça, et de plus la graphie que tu préconises ne correspond pas à une application stricte de la graphie alibertine. Je ne sais pas si les Limousins ont toujours fait les bons choix mais ce que tu proposes ne va pas non plus.
    Et puis, je ne suis pas d'accord pour faire disparaître toutes les finales, par souci de distinction morphologique. Je te signale au passage qu'il faudrait appliquer ta réforme pour les parlers du Quercy qui connaissent les mêmes réalisations que tu cites, notamment le chuintement. A noter aussi que le chuintement est plus ou moins marqué, cela va du [s] légèrement palatal à un son [sh] franc. De plus, beaucoup de parlers limousins ne chuintent pas. Devrait-on noter différemment les [s] et les [sh] au gré des parlers, à ce moment là, on note "shiguei" au besoin, à la rigueur ?
    Sur l'absence d'opposition distinctive [e]/[è], nombre de parlers limousins ne la font en effet pas mais d'autres la font tout de même partiellement. Je serais partisan de la noter dans ces cas.
    Au passage, les parlers guyennais fonctionnent de la même manière et la notation de l'accent sur "e" est souvent bien artificielle et n'est que question de normalisation graphique car souvent accent écrit et oral ne coïncident pas en terme d'ouverture ou de fermeture.
    As-tu remarqué que Alibert dans l'édition originale de sa grammaire ne noter pas l'opposition [e]/[è] ? C'est seulement dans la réédition que cela est apparue. Alibert ne relevait pas d'opposition distinctive non plus, étonnant. A mon avis, seuls les parlers gascons et sud-languedociens la font vraiment.

    Pour être honnête, il faudrait que tu donnes plusieurs réalisations limousines des formes que tu cites, pas seulement celles que tu as piochées je ne sais où. Comment veux-tu harmoniser un système graphique pour un ensemble dialectal en ne regardant que par le petit bout de la lorgnette ?

    Autre chose, dans la grande majorité des cas "es" correspond à [e] à l'oral et [ej] à [èj] sauf exceptions.
    exemple : escòla [e(j)'ko:lo] mais peisson [pèjs(h)u]

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  2. Il faudrait tout de même relativiser ta description. Tu pèches qd même par méconnaissance du limousin.
    Un exemple : fuguei/siguei se prononce dans la plupart des endroits [fygèj]/[s(h)igèj].
    On peut aussi trouvé fuguí mais dans ce cas on l'écrit comme je viens de le faire.
    Où as-tu pioché les prononciations que tu annonces ? Je ne dis pas qu'elles n'existent pas, juste qu'elles ne sont pas communes. Il y a peu de parlers limousins où [g] intervocalique serait amui, bien moins qu'en guyennais.

    Bon, il faudrait revoir tout ça, et de plus la graphie que tu préconises ne correspond pas à une application stricte de la graphie alibertine. Je ne sais pas si les Limousins ont toujours fait les bons choix mais ce que tu proposes ne va pas non plus.
    Et puis, je ne suis pas d'accord pour faire disparaître toutes les finales, par souci de distinction morphologique. Je te signale au passage qu'il faudrait appliquer ta réforme pour les parlers du Quercy qui connaissent les mêmes réalisations que tu cites, notamment le chuintement. A noter aussi que le chuintement est plus ou moins marqué, cela va du [s] légèrement palatal à un son [sh] franc. De plus, beaucoup de parlers limousins ne chuintent pas. Devrait-on noter différemment les [s] et les [sh] au gré des parlers, à ce moment là, on note "shiguei" au besoin, à la rigueur ?
    Sur l'absence d'opposition distinctive [e]/[è], nombre de parlers limousins ne la font en effet pas mais d'autres la font tout de même partiellement. Je serais partisan de la noter dans ces cas.
    Au passage, les parlers guyennais fonctionnent de la même manière et la notation de l'accent sur "e" est souvent bien artificielle et n'est que question de normalisation graphique car souvent accent écrit et oral ne coïncident pas en terme d'ouverture ou de fermeture.
    As-tu remarqué que Alibert dans l'édition originale de sa grammaire ne noter pas l'opposition [e]/[è] ? C'est seulement dans la réédition que cela est apparue. Alibert ne relevait pas d'opposition distinctive non plus, étonnant. A mon avis, seuls les parlers gascons et sud-languedociens la font vraiment.

    Pour être honnête, il faudrait que tu donnes plusieurs réalisations limousines des formes que tu cites, pas seulement celles que tu as piochées je ne sais où. Comment veux-tu harmoniser un système graphique pour un ensemble dialectal en ne regardant que par le petit bout de la lorgnette ?

    Autre chose, dans la grande majorité des cas "es" correspond à [e] à l'oral et [ej] à [èj] sauf exceptions.
    exemple : escòla [e(j)'ko:lo] mais peisson [pèjs(h)u]

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  3. Moi, je trouve cet article très amusant, un peu naïf, c'est mignon.
    Continu, le limousin et le reste de l’Occitanie compte sur toi.
    Merci a toi, òme qu'a bien volgut escrire avant me, per ta paciènça e t'explicacions.
    A lèu benlèu

    Jiròni dau Lemosin

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