lundi 20 septembre 2010

L'ingérence catalane du GLO

On le sait peu mais les occitanistes sont parvenus à lier des rapports assez étroits avec la Generalitat de Catalunya via le "Grop de Lingüistica Occitana" (GLO)* rattaché à la "Secretaria de Política Lingüística". Les Aranais - complexés par leur forme périphérique de gascon - sont au premier plan de ce combat : il s'agit d'élaborer un occitan standard. C'est non sans honte que la rhétorique la plus minable est utilisée pour faire avaler ce truc.


* : "El contingut d'aquesta minigramàtica de l'occità que teniu a les mans, elaborada pel doctor Aitor Carrera, va ser aprovat pel Grop de Lingüistica Occitana (GLO), de la Secretaria de Política Lingüística de la Generalitat de Catalunya, en la trobada de Vielha del dia 7 de febrer de 2009. El GLO és format per Dario Anghilante, Claudi Balaguer, Felip Aitor Carrera, Jean Claude Forêt, Jèp de Montoya, Rosella Pellerino, Patrici Pojada, Maurici Romieu, Patric Sauzet, Miquèu Segalàs, Domergue Sumien, Jacme Taupiac, Alan Viaut, Manel Zabala, i també per Joan Claudi Rixte. Els noms dels seus components són garantia de qualitat."

"Les formes que s'exposen a continuació pertanyen a una mena d'occità estàndard que, d'entrada, ha de resultar comprensible –sense cap aprenentatge previ– a tots els que coneixen i usen la llengua d'oc, ja siguin provençals, llenguadocians, alvernesos, gascons (aranesos inclosos) o llemosins."



Cette phrase cache de toute évidence que le standard sera élaboré en fonction du languedocien, ainsi que le prouve la suite du document. Le GLO se défend de toute ingérence, non sans faire dans le délire :


"El GLO, que assessora a la Secretaria de Política Lingüística, no és, ni pretén
ser, l'autoritat reguladora del territori lingüístic occità. Les estructures més
democràtiques del mateix territori hauran de generar aquest organisme regulador.
El dia de l'existència d'aquesta autoritat les propostes del GLO s'hi
adaptaran."


Lisez : le GLO s'éclipsera quand l'Occitanie sera autonome ... Par la suite, les auteurs de ce document tentent de justifier que si la plupart des choix sont languedociens, ce n'est que fortuit, et que cette langue standard sera l'alliée des "dialectes".


"Aquestes formes són el producte d'una selecció d'elements que parteix d'uns
criteris lingüístics que pretenen d'afavorir les formes més diasistemàtiques o
esteses territorialment, les més tradicionals o amb un pes històric i literari
més important, les més regulars, funcionals i autònomes o autòctones
d'Occitània. Hi pot haver una coincidència més o menys important entre aquestes formes i –sobretot– les d'alguns dialectes llenguadocians, situats en el centre del domini lingüístic, però cal remarcar que d'aquest fet no cal treure'n conclusions esbiaixades."


A titre personnel, je trouve cette démarche insupportable, aussi bien scientifiquement que politiquement. Scientifiquement car la démarche normalisatrice est biaisée car il n'y a aucune raison de favoriser le languedocien qui n'est en rien plus central ni plus conservateur que les autres langues d'oc, et en tout cas qui n'en est certainement pas la source, il ne parait pour tel que du fait qu'il est écrit avec plus d'ancienneté selon les codes alibertins.

La vérité est que le languedocien parlé est une surévolution du latin comme les autres, sa centralité est un mythe et sa définition même prête à sourire (le languedocien serait donc ces dialectes qui ne vocalisent pas). A la rigueur, s'il fallait vraiment unifier le dit occitan, il faudrait comme toute langue qui se respecte user de la langue littéraire historique, à savoir le limousin,
langue des troubadours, et certainement pas le languedocien, variante périphérique qui annonce le catalan dans l'ensemble gallo-roman méridional, anguedocien par ailleurs moribond et éteint dans certains régions (Aude, Hérault, ...).

Politiquement, l'ingérence catalane devient assez lourde à supporter mais on ne peut accuser la Catalogne. Ce qui est insupportable, c'est cette façon occitaniste de parasiter des institutions pour leur faire dire ce que l'on veut. Je comprends aisément le besoin catalan de renouer avec la dite Occitanie pour s'éloigner de Madrid. Mais pour quelle raison venir dicter à des populations
étrangères par le droit ces choses-là ? Les Catalans ont déjà détruit le roussillonnais, on voit assez tout de même les grandes tendances du rouleau compresseur normalisateur catalan. J'ai même lu récemment des textes de Corominas qui m'ont beaucoup déçu : je vous retrouverai les sources, mais Corominas dans son étude de l'aranais, exprime qu'à son avis l'aranais, s'il reste "occitan", est tout de même "catalan" et qu'en tout cas le peuple aranais se serait toujours senti "catalan" et aurait eu en mépris les Commingeois, des "Français" (sic). Qu'est ce que ne diraient pas les petits irrédentistes pour faire de jolies cartes ... Ce sont les mêmes qui vont expliquer que le parler languedocien des Fenouillèdes est en fait du catalan "gabatxisé" ou qui vont aller tailler dans les dialectes de transition en Aragon des parts de Catalogne.

Surtout, ce qui m'attriste, c'est que certains secteurs catalans n'appliquent pas à l'Occitanie ce qu'ils admettent chez eux. En effet, la Catalogne a clairement aujourd'hui renoncé à l'idéal des Països Catalans. Le vote sur la corrida est à ce titre révélateur car quoi qu'on en pense, Barcelone accélère la séparation sentimentale d'avec Valence. Donc d'un côté on a des patriotes catalans qui renoncent à la Grande Catalogne et préfèrent leur moignon féodal indépendant à une grande action sur toutes les terres catalanophones. Soit. C'est une démarche IBGiste ! Et de l'autre, ces patriotes catalans en recherche de frères au Nord des Pyrénées, vont venir nous parler d'Occitanie, assemblage éclaté de petites "Valences", autrement plus différenciées d'ailleurs que la Catalogne ne peut l'être du pays valencien. Je crois qu'il est temps pour les Catalans de viser leur véritable lien outre-Pyrénées, à savoir le Languedoc qui à tout point de vue est le double septentrional de la Catalogne. La Gascogne aussi pourrait renouer avec la Catalogne via Midi-Pyrénées peut-être. Mais il faut dire aux Catalans que ce qu'ils peuvent partager avec la Provence, et surtout avec la dite Occitanie du Nord est limité.

Dans tous les cas, j'ai beaucoup de sympathie pour les Catalans mais on ne peut qu'être attristé que dans le souci de bien faire, ils étendent en "Occitanie" leur obsession normalisatrice, avec la complicité d'occitanistes connus. Je rappelle que le Parlement catalan avait voté il y a quelques mois une résolution condamnant au fond la France pour son attitude envers le peuple occitan. On a connu des incidents diplomatiques pour moins que ça. Quant au fond, il faut tout à fait lutter contre l'émergence de ce standard occitan sur base languedocienne.

16 commentaires:

  1. Tout ça me met extrêmement en colère. Mais je suis prêt à parier gros que les occitanistes gascons que je connais n'auront encore aucune réaction et ne dénonceront jamais cela. Ils sont complètement anesthésiés ou bien vont continuer à faire semblant de ne pas comprendre. J'ai toujours su que le mouvement occitaniste fomentait le nivellement par le languedocien, il n'y a jamais renoncé depuis 60 ans. On m'a toujours répondu: "T'es parano mon pauvre Philippe!". J'ai toujours maintenu que les pontes de l'occitanisme étaient prêts à se torcher le cul avec le gascon. Voir les noms de Romieu ou Domergue apparaître dans la liste ne m'étonne en rien. Y voir Sauzet me déçoit un peu, y lire le nom de Viaut m'attriste. Bon, voilà, les masques tombent enfin mais ça ne suffira pas à réveiller mes collègues et amis occitanistes, qui vont continuer à me servir leurs mièvreries sur l'"unité dans la diversité". Oh! Les mecs et les filles! Vous avez de la merde dans les yeux ou quoi!? Quand allez vous foutre l'occitanisme à la poubelle en Gascogne? Il vous faut quoi encore pour comprendre ce qui se passe?
    Ceci dit, toi, moi, nous, on fait quoi? Des blogs? Ou bien on va vraiment au carton? Et si on y va, comment?

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  2. C'est affreux, mais sur l'imposition du standard gascon, voir béarnais, dans ces coins de la Gasconha à une grande originalité linguistique - je vous éparge les noms des parçans et de ces traits linguistiques, car vous les connaissez fort bien - vous n’avez rien à dire? Est-ce que votre “mantra gascon“ est au dessus de la irréalité et du sectarisme occitanista et béarnais? Est-que ce standard gasconne, voir bearnais, que vous connaissez et utilisez quelque fois, va s’imposer sur toute la Gascogne, en écrasant toute la richesse dialectale du gascon, sans que vous n’y denonciez la grande injustice?

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  3. J'ai toujours méprisé les béarnocentrés (dont nombre d'entre eux ne sont pas des Béarnais comme Camelat en son temps, et dont l'autre partie est constituée d'Orthéziens, à savoir des Chalossais qui s'ignorent) qui entendaient imposer le béarnais littéraire comme langue gasconne unifiée. Pour trois raisons :

    - La première est qu'il n'y a pas de problèmes majeurs d'intercompréhension entre les locuteurs de gascon, sauf entre parlers très éloignés. Mais la francisation est passée par là ... Nous ne discutons plus de l'ancien monde agricole, dès lors rien que la barrière du vocabulaire est levée.

    - La deuxième est que je suis très attaché à la diversité des parlers gascons, que je trouve le parler noir de la lande superbe dans son âpreté, que j'aime ces parlers pyrénéens du Comminges qui annoncent le catalan, ... Le seul problème est de savoir s'il y a encore des locuteurs de ces parlers ...

    - La troisième est que si standard gascon il doit y avoir, il ne peut s'agir du béarnais qui n'est pas assez hyper-gasconnant à mon goût et je lui préfèrerais certains parlers bigourdans. C'est plus nuancé que ça : les conjugaisons béarnaises sont plaisantes, phonétiquement c'est moins bien (l'affaiblissement du n final, w intervocalique qui devient b, moindre répugnance aux groupes fr et fl dans la langue moderne, ..., ce n'est pas assez typique du gascon).

    Dans tous les cas, s'il existe encore des locuteurs capables de parler dans leur variété locale, il faut les encourager. On pourrait imaginer pour chaque grande région linguistique gasconne des méthodes de gascon adaptées (un gascon médoquino-bordelais, un gascon landais, un gascon commingeois, ... comme il existe l'aranais). Maintenant, ne nions pas l'évidence : il est plus facile pour les Gascons d'accepter un autre standard gascon qu'un standard languedocien. D'un côté il y a une familiarité que je dirais quasi-ethnique, et surtout le respect des grandes caractéristiques de la langue, celles que tous partagent. De l'autre il y a une large famille romane et l'imposition de caractéristiques morpho-syntaxiques impropre au génie passé du gascon.

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  4. Au passage, quand je dis béarnais, je dis "langue littéraire des écrivains du Béarn". Il va sans dire que le béarnais n'est pas une notion de pure dialectométrie puisque les parlers de Garlin sont plus proches des parlers garonnais que des parlers aspois qui eux-mêmes sont l'extrémité occidentale de la famille linguistique pyrénéenne. Le Béarn est traversé par l'isoglosse vocalique qui sépare la Gascogne de l'Ouest de la Gascogne de l'Est, faits linguistiques qui au fond calquent une réalité géographique indubitable, il n'y a qu'à comparer la région d'Orthez au Vic-Bilh.

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  5. Bonjour,

    Je suppose qu'"anonyme" s'adresse à moi. Je ne fuis pas le dialogue, ni la controverse, mais je refuse de le faire avec un "anonyme". J'assume toutes mes positions mais je souhaite savoir avec qui je parle. Donc, tant que je ne sais pas qui s'adresse à moi, je ne réponds pas.

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  6. En fait, M. Lartigue, je ne m’adressais pas à vous, mais à l’auteur du blog. Au fait de, lui, réjeter cette “idée abstraite“, l’occitanisme, tout simplement pour ensuite embrasser une autre pas mois “abstraite“, le “gasconisme“.


    Mais en vue de votre “hermétisme“, je comprend bien qu’on a à voir avec le même débat et lutte politique que se déroule un peu par tout. Rassurez-vous, je n’y suis pour rien. La bataille pour l’occitan, y compris la du gascon, est déjà perdu. Je m’amuse tout simplement à apprendre les langues mortes.

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  7. En quoi l'idée gasconne est-elle aussi abstraite que l'occitanisme ? Que les deux s'appuient sur des phénomènes culturels déliquescents, c'est l'évidence, donc on peut inventer ce que l'on veut de nos jours, plus personne ne viendra réclamer des comptes, et certainement pas les autochtones. Mais mettre sur le même plan la nation occitane virtuelle qui n'a pour elle qu'une interprétation romantique d'un phénomène littéraire médiéval (en l'espèce les troubadours) et quelques traits linguistiques (l'isoglosse -tr- > yod) et une action basée sur la Gascogne ethno-culturelle, à savoir le dernier avatar tangible d'une réalité qui a plus de 2000 ans d'Histoire, c'est de la mauvaise foi.

    Il parait évident que la bataille des langues d'oc est morte, personne ne le nie (sauf les militants qui ont le nez dans le guidon), toute la question est de savoir ce que l'on propose pour prendre la suite. Je pense assez fermement, eu égard à la manière dont je ressens ma région natale, que l'occitanisme est une impasse sentimentale qui n'a aucune chance d'implantation sérieuse parmi les habitants de nos "parçans". Et s'il devait s'implanter, ce serait au prix d'un travestissement plus affreux encore que la francisation. Il ne s'agit plus de débattre si le gascon est de l'occitan, si l'Occitanie a existé à quelque moment de l'Histoire, tout cela ne sert plus à rien, maintenant c'est une question de stratégie : nous sommes attachés à certaines manifestations de notre culture locale (architecture, paysage, gastronomie, tourisme, langue comme objet d'étude, toponymie, ...), comment les mettre en valeur et y faire adhérer la population ? Il est alors clair que l'occitanisme n'est d'aucune utilité parce qu'il développe un imaginaire méridional qui est une menace pour ce qui reste d'identité gasconne (cf mes articles sur la provençalisation pour un domaine particulier). Et comme nous en sommes à devoir créer quelque chose, il suffit d'aller au plus commercial, c'est-à-dire constater le tropisme basquisant d'une bonne partie de ce que fut la Gascogne, tropisme qui s'exprime diversement, depuis les autocollants 64 collés au cul des bagnoles jusqu'à ces Landais qui se disent "Basques". Comme en plus, tout cela correspond à une ancienne affinité de deux peuples voisins et de même culture ancienne au delà de la langue, c'est parfait. Il suffit de constater comment en 50 ans, Bayonne la bourgeoise gasconne méprisante des Basques est devenue Baiona. Pour peu que les militants régionaux ouvrent les yeux sur cette force d'attraction, on pourra sauver quelque chose de gascon. Les Languedociens feront ce qu'ils voudront.

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  8. Vincent, je vois que vous êtes un intelectuel gascon (“pas occitan“) et votre discours me semble très bien articulé. Et il jette par terre les principes de l’occitanism, cela me semble. Mais les faits linguistiques restent encore, tant que le dernier “occitaphone de souche“ ne soit décédé: entre les différentes “langues“ occitanes il n’y a pas de frontières etanches. Il y a de “marches“, de “parlers de transition“ un peu par tout. Et quand on parle des phenomènes linguistiques, je suppose qu’on peut dire pareille d’autres phénomènes, antropologiques, geographiques ... qu’est que l’on fait de ça? Où doit-on trancher? Vous parlez de la Gascogne, comme unité reconnaissable, donc, pourquois ne pas parler des Pyrénées au même sens? Vous-même vous êtes attaqués à la reduction linguistique de l’occitanisme, mais dès qu’on parle de la “entité pyrénéene“ on voit le même reductionisme que vous rejeté en autres se lier au votre propre discours ...


    ... bien sure que aux Pyrénées Orientales il n’y avait pas d’aquitain, mais la culture humane, la geographie, ne nous parle-t-elle d’une même entité réal, laquelle invalide la vôtre? Au moins que vous ne vous tourniez à un argument tribaliste, ce que n’est pas les cas, parce que vous n’êtes pas basque ...

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  9. Il n'y a pas de frontière étanche en effet, d'autant plus que la francisation est passée par là. Cependant, la faisceau d'isoglosses définissant le gascon est très serré : sur le Col de Port, c'est presque tout le gascon avec tous ses traits définitoires qui s'oppose au languedocien. Ailleurs, c'est plus mêlé, mais il n'y a véritablement que dans quelques villages qu'il est difficile de dire quelle langue l'on y parle (aux deux extrémités de la Gascogne : le Séronais et le Haut Entre-Deux-Mers). Maintenant, je ne nie pas du tout les liens intimes entre gascon, languedocien et catalan. Il me semble qu'entre limousin et gascon, il y a quand même une frontière assez nette : avec ses moyens, l'abbé Lalanne mesurait la distance linguistique entre le gascon des environs de Libourne et le "périgourdin" de Lonchat à 25%, 50% entre le gascon et le poitevin-saintongeais. Tout cela ne veut rien dire sans le détail des calculs. Les matrices dialectométriques de l'ALG sont quant à elles des preuves irréfutables.

    Je ne comprends pas du tout l'allusion à l'entité pyrénéenne. Les Pyrénées sont depuis les temps anciens divisées en deux zones d'influence, les Pyrénées occidentales (bassin de la Garonne, climat atlantique) et les Pyrénées orientales (bassin et climat méditerranéens). La fracture est assez nette si l'on prend les deux extrémités. Les influences se mêlent en Pays de Foix (au sens strict du Vicdessos et de la vallée de l'Ariège) qui est l'incarnation d'un certain syncrétisme mais dès que l'on va dans le Pays d'Olmes vers Mirepoix, c'est la Méditerranée. Pour schématiser, à l'Ouest l'univers bascoïde, à l'Est l'univers catalan. Maintenant, il est exact que ces deux mondes semblent issus d'une même "souche" basco-ibérique, tout le confirme : toponymie ancienne, épigraphie, histoire humaine, linguistique, ...

    Je n'ai jamais vu émerger un tel projet sud-languedocien (à la rigueur on peut lire Alibert sous ce tropisme), il est contraire à toute la doxa occitane à savoir l'extension artificielle du Lebensraum languedocien sur les pays de Guyenne (Rouergue, Quercy, Périgord, ...). Alors que le sentiment vascon est présent depuis les origines des mouvements gascons : ce sont les 3B dans les Pyrénées, c'est surtout le mouvement basco-landais sur la côte dont l'incarnation la plus ultime est la Bayonne de l'entre-deux-guerres. Je serais de l'Aude, plutôt que d'emmerder les pauvres habitants de Bergerac, je chercherais à nouer des liens avec les Catalans. Mais je ne suis pas languedocien, ce n'est pas mon problème.

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  10. Oui, Vincent, je m'accorde à 100% avec toi. Les Gascons ont perdu assez de temps avec l'occitanisme. Peut-être beaucoup trop. Ceci dit, encore une fois et à mon grand dam, ils sont les seuls à articuler une vraie stratégie, vraiment intelligente et pragmatique. L'alliance avec les Catalans peut être une arme redoutable.
    Nous avons cependant la possibilité de leur opposer une alternative historique, ethnologique, linguistique, politique même, une véritable stratégie vasconne. Nos alliés pourraient être les Basques. Encore une fois, comment nous organisons-nous? Nous ne sommes pas très nombreux, tu le sais. Nous sommes face à des gens qui sont bien en place et qui profitent du désintérêt quasi général de la population pour faire passer leurs vessies languedociennes pour des lanternes occitanes. En fait, comme je le pressentais déjà il y a 25 ans, l'occitanisme n'est rien d'autre qu'un centralisme méridional, qui rêve d'unifier les terres du sud sous la bannière languedocienne, avec désormais la complicité des Catalans. Heureusement pour nous, il n'y a pas de Bismarck ni de Cavour ou Garibaldi occitan.

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  11. Je pense que la réponse gasconne doit être crédible et articulée. Il ne suffit pas de faire de l'anti Occitan, comme certains font de l'anti Basque ou autre "anti" improductif. La démarche occitaniste est sous certains aspects très intéressante, portée pendant des décennies par des militants de grande qualité. Je pense à un Pierre Bec par exemple, je pense à ces gens que j'ai pu croiser à Montpellier, Toulouse ou Bordeaux. Je pense à ces enseignants dont beaucoup font un travail formidable face à beaucoup d'adversité. Vous savez, il n'est pas toujours facile d'être prof "d'occitan" dans une salle des profs où l'indifférence côtoie parfois l'hostilité et le mépris. Il y a les disciplines nobles et les autres, peu dignes d'intérêt et de respect. Il faut donc une bonne dose de foi et, parfois, de courage, pour continuer. Je suis en profond désaccord idéologique avec la plupart de mes collègues, avec les gens qui m'ont formé et accueilli, mais j'essaie de ne pas couper les ponts. Le problème est la dérive sectaire de certains tenants de l'occitanisme d'aujourd'hui. Une radicalisation autour d'un projet normalisateur "languedocien" qui trouve ses racines dans le projet initial et qui est, sous beaucoup de ses aspects, un avatar du félibrige et des rêves de "nation méridionale" de Mistral, dont le centre de gravité s'est déplacé géographiquement et politiquement. L'occitanisme n'est-il pas un félibrige languedocien de gauche, malgré le fantôme d'Alibert? J'ai exprimé ailleurs mes arguments.
    Je pense que les Gascons doivent simplement quitter le mouvement occitaniste et s'occuper de leurs propres affaires, comme les Catalans le firent dans les années 30. La langue, primordiale à mon sens, ne doit cependant pas être l'axe principal de la lutte. L'occitanisme veut faire table rase du passé et il a raison, c'est une démarche pragmatique. Les langues vernaculaires sont mortes, soit. Faisons autre chose.
    Nous autres, Gascons, devons réfléchir de la même manière et cheminer vers un standard conçu à partir des variétés les plus typées, gascon sud-occidental en gros. Mais nous devons quitter la maison occitane, qui ne nous a pas apporté grand chose depuis 60 ans.
    Viendrait-il à l'esprit des occitanistes de normaliser leur standard à partir des parlers du Croissant, ou même du limousin, pourtant à l'origine de la koinè? Non. Pourquoi la standardisation occitaniste serait-elle justifiée et une tentative gasconne autonome illégitime?
    Comme l'abbé Grégoire le fit en son temps, ils nous demandent en fait de faire le sacrifice patriotique de nos "patois" gascons, au nom de la grande Nation occitane. Jamais je n'accepterai cela. Je me moque totalement de l'Occitanie. Qu'ils la fassent, ça ne me pose aucun problème, mais qu'ils la fassent sans nous.
    D'ailleurs, la sortie de la Gascogne est un grand service à leur rendre, qui donnerait une nouvelle cohérence au projet. Que le Languedoc s'allie à la Catalogne me semble logique. Que la Gascogne regarde à nouveau vers le Pays Basque me semble également parfaitement légitime, au moins autant. Et il ne suffit pas de crier au fascisme, au localisme, à l'enfermement identitaire, pour ôter sa légitimité à un mouvement gascon qui reviendrait à son tropisme naturel. Ces griefs sont d'ailleurs ceux des jacobins-bonapartistes-souverainistes français. Il faut tout de même des arguments plus sérieux.
    La question est: Combien serions-nous derrière ce projet spécifiquement gascon, ou vascon? Sommes-nous capables de nous entendre?
    Les réponses que je suppose ne m'incitent pas à l'optimisme et c'est la raison pour laquelle, tel un rat diront certains, j'ai quitté le navire pour suivre mon propre chemin.

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  12. tres interessant tout ce que vous dites, m lartigue, je connais trop peu pour pouvoir vous contradire. Simplement une chose: je suis ete en gascogne cet ete, pour la premiere fois, car je suis de la souche gasconne, mais pas francais, et tout ce que je vu c'etais la france, pas de gascogna, pas d'occitannie non plus. bien que la langue soit perdu malheuresement le reste est perdu aussi. Dire gascon ou gascogne me semble aussi demode que dire occitannie personne savait a ce que je leur parlais sur loccitannie ou sur la gascogne ils sont tout francais. Vous faites de tres belles exposees sur la gascogne comme d'autres en font sur l'occitannie mais ca signifie rien au 99% des gents a qui sont diriges ces discours tout est un jeu d'intelectuals et de petits politiques.

    cest l'avis de dehors du fils du fils d'unne gasconne bearnaise, que ne savait meme pas ce que etait la gascogne ou le gascon ou locitanie pour la plu part de sa vie. Pour mois tout ce qui reste cest la langue ecrite (pas parlee, car ceci est tres "maishanta") comme le latin, et les enjeux politiques sont ailleurs, voire paris ...

    Adiushatz!

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  13. Il faut être plus mitigé sur cette question. Qu'il ne reste plus rien de la langue, c'est un fait. Que les autochtones et autres habitants des pays autrefois dits gascons ne maîtrisent pas le concept d'Occitanie et plus celui de Gascogne, c'est logique à mon sens, pour le premier du fait que c'est une création récente qui ne prend vraiment que chez une population jeune conscientisée, pour le second parce que la création récente en question a interdit que l'on parle Gascogne. On ne peut pas espérer le maintien d'un sentiment identitaire après 60 ans de silence (soit 3 générations pour ce qui est de la transmission).

    Plus mitigé car si les "Gascons", du moins leurs descendants, se comportent en "Français" pour les faits essentiels (mais ce n'est là qu'un cas particulier d'homogénéisation des moeurs : moi en Catalogne, je ne vois que des Espagnols), la réalité de la Gascogne est encore perceptible sous le vocable de "Sud-Ouest". Tout habitant de la France connait son "Sud-Ouest" qui tient avant tout de la culture gasconne (le "Midi" étant plutôt languedocien), c'est une mythologie sentimentale abstraite qui n'a pas de frontières. Il est logique qu'un étranger ne trouve rien que de très français dans ce "Sud-Ouest" car la France se définit à l'étranger en partie par cette identité. Pour le public étranger, notamment anglo-saxon, les vignes des Graves, les collines du Gers, les petites maisons proprettes de l'airial landais, la côte sud-atlantique, c'est la France. Mais vu de France, c'est le Sud-Ouest. Pour moi la France, c'est bien plus cette grande plaine au Nord de Barbezieux, ces vastes espaces agricoles, la puissance de Paris, c'est la vallée de la Loire, les villages ramassés de tuiles ou d'ardoise, de ceux encore "congelés" en Île-de-France dans la banlieue parisienne. Pour moi la France, ce sont les décors des films de Jean-Marie Poiré. :)

    Derrière le voile de la francisation, il y a encore des réalités géographiques qui sont là pour les siècles à venir. Je ne crois pas que le "Sud-Ouest" de la France va disparaitre. Le seul danger, c'est au contraire son attractivité et donc sa dilution dans un grand ensemble qui irait de la Loire à Montpellier. Le défi pour la Gascogne, c'est au fond reborner cette identité dans un espace plus cohérent (grosso-modo : bassin de l'Adour + plateau landais + vallée de la Garonne).

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  14. desencushatz-me si ne vos compreni plan mossur vincenc et medish lo men lengatze "estranh" car sei pas trop lo francimand et non ei pas lo clavier que'm carre enta hica'i tots los accents e puish lo gascon que l'esperrequi taben ... mes vos vedetz los espagnols en catalonha et aquo vos serveish de desencusa enta justifica que jo non veja pas sonque frances en gasconha (com d;alhors en Corse o en Nica etc) ...?

    Los catalans son espanhous mei qui non lo creden pas slide mes eths qe parlan lo catalan e que s'aperan a si medish catalan mentre que los gascons ne parlan pas lo gascon e non s'aperan a si medish gascon ... aquo non vos ditz quauquerren?!

    Mes ce que trobi un chic delirant, e que'm he dou d'ac vos diser, qu'ei que enta vos lo danger qu'ei en vos anegar en l'occitania e que en vos destacant d'era que auretz quauque vita gascona ... en restant frances ... duncas lo frances que vos protege de la occitania homogenea en vos balhant ua identitat gascona, qu'ei a diser, franco-gascona ...

    e ben, que'm pensi que se pot estar gascon o frances mes pas franco-gascon, aco qu'ei ua ilusion enta asolidar lo domini francimand ... que'm pensi que vos gasconistas avetz perdut tot sens de la realitat: los gascons son frances du midi o quitament deu soudouest, com vos volhatz, mae que son frances, duncas francimands ... e tric e trac lo conde s'e finit e acabat!

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  15. Le franchimand, c'était le type du pays qui singeait les manières françaises et à ce titre, il était risible dans le contexte d'une société paysanne aux codes assez éloignés d'une certaine préciosité parisienne. C'était le XIXème siècle finissant (et pour dire l'étranger d'oïl, on disait "gavach"). Comment faut-il appeler aujourd'hui ces gens qui, dans le contexte d'une société urbaine francophone, s'inventent des attitudes occitanes artificielles (l'usage d'expressions archétypiques comme "bolegar", "vergonha" ou "franchimand" en est symptomatique)? Des occitanimands ? :-)

    Totun, lo gascon qu'ei planvienut sus aqueste modèste blòg a maugrat qui pensi que parlar de Gasconha e's pòt har en francés : se lo gascon e s'ei mort, la Gasconha com objècte geografic que deu demorar un encastre entà pensar çò qui aperam malament lo "Sud-Ouest". Açò qu'ei çò qui s'apèra la realitat. Ua realitat plan optimista que mei !

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  16. Jàsus praube! Qu'acabi de léger lo men corric deu 20 de seteme. B'èra enmalit lo Lartiga! Maixant pire aqueth!
    Que cau totun s'apatzi un chic e que dèixi d'emplegar lèdas paraulas atau. Hilh de cloca! Que i a harchagaus e tribolhs mei seriós. Per exemple, contunhar d'emplegar e d'alindar la nòsta beròja lenga gascona, xentz de's chepicar dab de'quòs atau. Qu'acosséguinn las soas tintèinas occitanas e nosautes que haram lo nòste camin xentz maglar ni pèth ni pelha.
    De tot biaix, "Jàsus Crist e la corriòla que passa."

    Halip Lartiga

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