mercredi 27 janvier 2010

Les vieux prénoms gascons

De nombreux prénoms gascons médiévaux n'étaient en fait que des prénoms basques plus ou moins romanisés, et partagés avec la Castille et la Navarre, preuve supplémentaire des liens ethno-culturels entre la Gascogne et la péninsule ibérique et du substrat basque de ces régions atlanto-pyrénéennes.

L'étude des lignages des familles nobles gasconnes est assez intéressante à ce titre : les Ducs de Gascogne s'appelaient Sanche, Aznar (Aner), Galindo, ... cousins des Rois de Pampelune ou d'Aragon. Sans oublier le prénom de Centulle qui est une latinisation de Sente, vieux prénom basque ...

Exemples de prénoms communs au Moyen-Age : Brasc (belasko), Eneco (Eneco Arista de Bigorre, l'abbé Eneco de Saint-Savin au XIIIème siècle, ...), Garsie (Gassie < Garcia), Semen (le comte d'Astarac Exemenus, Semen Loup, Duc des Gascons, ...), ...

Aujourd'hui encore, de nombreux Gascons par leur patronyme sont les héritiers de cette Histoire :

- Sur Sans (Sancho) : Sans, Sanson, Sansuc, Sansas, Sanchou, Sansamat (Sans-Amat), Sansarricq, Sansguilhem, ...
- Sur Aner (Aznar < asinarius) : Ané, Aney, Daney, ...
- Sur Gassie (Garcia) : Gassies (probable résidu du génitif, -ez en castillan), Gassiot, Gachassin, Gachadoat, ...

NB : Remarquez l'importance des prénoms composés dans la formation de ce qui deviendra les patronymes. C'est là également un trait ibérique : Sans-Arnaut est Sans, fils d'Arnaut. En Espagne, le cas du génitif a été généralisé (-ez, issu du latin -is).

samedi 9 janvier 2010

La langue d'Agen : confluences gasco-guyennaises

Limite actuelle entre gascon et guyennais :


La question de la frontière entre Agenais gascon et Agenais guyennais est très intéressante mais en l'occurrence, il faut bien constater le fait qu'en aval d'Agen, la vallée de la Garonne qui se fait large à partir de Clermont-Dessous est gasconne de langue. On se trouve devant une situation classique d'opposition entre vallée fluviale et coteaux. Or, si l'on ne peut pas évacuer la possibilité que le gascon aurait été importé en ces régions agenaises d'outre-Garonne (en gros, le confluent Garonne-Lot et le Marmandais, ce dernier regardant vers le Bazadais), je crois bien plus probable que nous avons là la persistance d'un fait ethnique ne serait-ce que du fait des caractéristiques linguistiques du gascon (comme je me dis souvent, qu'à 2 km du Capitole on aspirait les h, cela en dit longtemps sur ce qu'il y a d'atavisme dans le fait gascon) ou d'autres indices (les patronymes des habitants, l'architecture des maisons, ...).

Donc à date ancienne, la cité des Nitiobriges (en celte, "ceux qui ont un pays", autrement dit les autochtones) s'est agrandie de terres contrôlées par les Aquitains, dont la présence sur la rive gauche est attestée par de nombreux résidus toponymiques (Sabaros par exemple à Saint-Laurent, en face du Port-Sainte-Marie).

Il existe un quartier d'Agen appelé Dangosse en venant de Colayrac, quelqu'un en connaitrait-il l'origine ? En tout cas, la toponymie de Colayrac est réellement d'apparence gasconne : Escloupès, Carrère de Garonne, Douat, Camelat, Latapie. En allant vers les coteaux, on tombe sur Saint-Circq : Porteteny, Sarransot sont d'allure gasconne encore. Monbran dans les coteaux au Nord d'Agen a encore une toponymie plutôt gasconne (mais le fait que la langue de ces confins connaissent -arium<-èr rend l'identification difficile, -aria<-èra est plus rare) : Tuquet, Sarraillés mais Barrières. L'Ermitage d'Agen est lui-aussi ambigu : Cazemajou, Couèche, Gimbrède, Mingué sont plutôt gascons. On trouve aussi un curieux Sourreil.

Si on longe la Garonne vers l'embouchure ensuite, on trouve alors tout de suite des toponymes gascons indubitables et très typés : à Saint-Hilaire-de-Lusignan, on a Catoy, La Grabère, Carrèrade, Bourdieu, Fourtané, Rouère, ... A Maurignac, on trouve Mendouse (immigré espagnol Mendoza, rappelle Mendoce à Villeneuve-de-Blaye, Mendousse en Béarn), le Fusté. Lusignan-Petit : la Peyrère, Bourdieu, Latané mais le Tuqual, Camp del Miey. Et puis à Prayssas, on change d'univers avec l'apparition des toponymes en -enque dont une hypothèse dit qu'ils ont été importés en ces régions lors des flux de colonisation "gavaches" au sens large : une analyse des patronymes montre de réelles affinités entre l'Agenais non-gascon et le Périgord par exemple. Cependant à Prayssas, on connait encore -arium>-èr, et également -aria->èra (Gardère, Arqué mais Marinié).


Tout de même, tous ces Bourdieu que l'on trouve dans des régions qui ne vocalisent pas. Que c'est étrange. Mon hypothèse est que cette région a été repeuplée de la même manière que ce qui deviendra la Petie Gavacherie, ici via deux pôles, des Gascons d'une part, des Périgourdins d'autre part.