samedi 27 février 2010

Un quartier gascon dans un village bas-navarrais



Frontière linguistique entre basque (au Sud) et gascon (au Nord).
Taille initiale

Nous nous intéressons au quartier noté d'un point dit "Les Barthes". Quartier de la commune bas-navarraise d'Orègue, en bordure du bois de Mixe, sur les bords de la Haranne (ou Laharanne), avant que celle-ci ne forme avec l'Arbéroue le Lihoury qui arrose Bidache.


"Les Barthes"

Les barthes d'Orègue sont encore dites de "culture gasconne" dans cette présentation d'Orègue :
Lien

A 30:40, le maire du village Monsieur Camou (un nom gascon) parle des langues parlées à Orègue dont le gascon. Je n'entends guère le basque comme dirait Montaigne mais dans le fichier son, il me semble que le nom basque de ce quartier est "Barta" (pour écouter la version non-traduite, basculez le site en version basque). Il n'y a que rarement la marque du pluriel en basque. Remarquez que la commune de Bardos au Nord, plutôt bilingue, mais basque en majorité, tire son nom de cette racine pré-indo-européenne bart (bard après sonorisation après latérale) suffixé avec -os, suffixe basco-aquitain.

En effet, l'on peut dire d'une certaine manière que la culture gasconne a pénétré en Pays Basque profond via les petites vallées autour des affluents de l'Adour.

Ainsi le quartier des Barthes est en contact étroit avec les quartiers gasconophones du Bois de Mixe (le bois de Tartas, toponyme vascon bien connu : tarte=pin) qui dépendent de Bidache ainsi qu'avec les hauteurs du Touron de La Bastide-Clairence.
La toponymie est donc mixte : Casaubonborda, Santon, Canton, Sincaou, Castremont, ... sont parmi quelques noms de maisons de ce petit quartier aux racines gasconnes.



Le quartier de Laharanne

Le nom du ruisseau Laharanne interpelle. Laharanne est un quartier de la commune basque d'Orègue.
A première vue, on pense à un toponyme basque formé sur laharr=ronce, mais que ferait-on de ce suffixe -ana que l'on identifie mal ?
Et même si cela est possible et assez anecdotique, pourquoi la perte des deux r ?

Laharanne est également un patronyme béarnais de la région de Sauveterre.
Soit, ce ne serait pas le premier patronyme de l'Ouest béarnais qui cacherait un toponyme basque.
Mais si l'on met en parallèle la distribution de ce patronyme avec celui de Lahéranne, l'on se rend compte que l'on est en face de deux variantes d'un même nom.
Anciennement il y a également eu des Laharanne dans les communes voisines de La Bastide-Clairence et de Bardos.

Que conclure ? Ce quartier d'Orègue a pris le nom d'une maison au nom probablement gascon (peut-être "La Fernande" qui donne bien La Hérane, déformé en La Harane).
Il existe de nombreux "La Herrane" en pays gascon, il faut donc admettre la disparition des deux r. Et que Laharanne en est une forme secondaire (rendue possible par la tendance gasconne à ouvrir e devant rr).

On aurait donc le témoignage de l'extension gasconne en terre navarraise, probablement un effet tâche d'huile induit par la création de La Bastide-Clairence. Rien d'anormal quand on trouve des maisons d'Orègue dites Hitta, Lamarkania, ...

Mais les choses sont plus complexes : le ruisseau dit "Le Harane" qui coule à Sare vient fournir la solution à mon avis. Justement, le ruisseau en contre-bas de Laharanne est dit "Ruisseau de Laharanne". Le toponyme originel est donc probablement le nom du ruisseau et sa signification est claire : (h)arana=la vallée. Le contexte ouest-gascon a interprété "Le Harana" en "La Haranne". Tout cela est très intéressant et illustre bien la déformation que peuvent subir les toponymes basques en gascon. Et accessoirement l'on confirme la présence de noms de famille basques en Béarn.

Autour du "Se Canta" : mythes autour d'un hymne

"Se canta" est une version récente de l'original pyrénéen "Aqueras Montanhas" traduite en languedocien par les Toulousains qui tentèrent de donner de la cohérence à un texte qui n'en avait aucune (le refrain "Se Canti jo que canti - Canti pas per jo - Canti per ma mia- Qui ei auprès de jo") : comme le dit André Hourcade "Pourquoi parler de ces montagnes qui me séparent de mon amie, si celle-ci est auprès de moi ?".

Dans les traductions ultérieures languedociennes du XIXème siècle, on a changé "auprès" par "au loin" ("al luenh de uei"), tout comme on a inventé un couplet au sujet d'un oiseau qui chanterait auprès du narrateur, oiseau qui lui aurait sa mie auprès de lui contrairement à celui qui chante (d'où Se Cantas dans certaines versions avec adresse directe à l'oiseau).

De toute évidence, si la chanson pyrénéenne n'avait aucun sens, c'est que comme souvent, les textes sont échangés entre chansons dont les timbres sont semblables : l'étude des chansons béarnaises par André Hourcade montre que la plupart des textes des grands classiques gascons n'ont aucun sens.

En conclusion :

- Le texte de la chanson originelle n'avait aucun sens (il en existe une infinité de variantes sur la chaîne pyrénéenne gasconne, et même des variantes mélodiques).

- Sa supposée poésie et son amour courtois sont récents : les occitanistes lui ont fait beaucoup dire à ce chant (tout comme ils en ont beaucoup dit sur la Croix de Forcalquier).

- Son succès est récent ainsi que sa propagation au Sud de la France (comme toutes les chansons en fait qui datent grand maximum du XVIIIème siècle). Et à titre personnel, c'est une mélodie au moins aussi exécrable que l'Immortèla de Nadau que beuglent les occitanistes à chacun de leur rendez-vous.

Que'm determini com un amator esclairat de musica gascona e lo "Se Canti" (qui sembla resumir LA musica segon los occitans) qu'a ua melodia de las pomposas mei que mei quan ei entonada peus cantadors occitanistas dab las soas melopèas sabentassas. Un còp qu'arrucan, un còp que minhardejan. Lo somiu deu borriquèr que son aquestes catalans o aragonés qui cercan en Occitania ua faiçon de's distinguir deus Castelhans en cantar "Se Canta". Qu'ei exacte qui los Occitans e's ridiculizèn prumèr en importar la canta fabulosa de Llach "L'Estaca" d'ara enlà cantada per grops com s'estosse tradicionau. Ce que je veux dire, c'est qu'une chanson de lutte idéologique contre le franquisme devient une ritournelle braillée entre "Beroye Flou" et une despourrinerie quelconque. Une ritournelle qui prend la place d'autres ritournelles. La place de L'Estaca est dans les CDs de Llach, pas dans le répertoire des chorales béarnaises.

mardi 16 février 2010

La forme girondine du chêne tauzin : "taudin"

La forme de base en gascon pour cette espèce vernaculaire est : tausin.

La forme bordelaise taudin (bordelaise mais pas sur Bordeaux) est étrange car en Bordelais comme en Comminges, la confusion en un seul son -d- concerne seulement c + e,i (codina qui vient de cocina), ty intervocalique (podon qui vient de potionem) et d intervocalique (sudar de sudare).
La solution languedocienne est inverse avec généralisation de "z".

La Gascogne connait plusieurs zones (généralisation de d en Bordelais et Comminges, solution languedocienne en Gascogne médiane, solution béarno-landaise (cosia mais sudar) connue également à Cubzac (témoignage des transhumances ?), et puis des isolats pyrénéens.
On peut supposer une étape commune, graphiée dz dans les textes anciens, et dont le son devait se rapprocher du "th" anglais que l'on retrouve encore en Couserans (source : Bec)

Bref, tausin (issu probablement d'une série tosa avec s intervocalique) n'aurait pas du devenir taudin mais rester tausin.
Ce phénomène de généralisation extrême se retrouve en Magnoac où casa donne cada.
On peut supposer le même phénomène en Médoc et en Buch où la toponymie indique "taudin".

Alibert parle d'une base "quercus tozza" qui aurait mérite d'expliquer cette forme mais c'est la seule attestation d'un tel étymon qui a pu être inventé pour l'occasion.

Si l'on reprend Séguy, on a au final les 5 zones suivantes en fonction du destin des étymons :

cocina, voce, ecce hoc, casa, sudare

1. Languedocien :
kouzino, bouts, so, kazo, suza

2. Béarn/Landes/Cubzac :
kouzi(n)o, bouts, so, kazo, suda

3. Bordelais/Comminges :
koudi(n)o, bouts, so, kazo, suda

4. Magnoac/Aure :
koudino, bouts, so, kado, suda

5. Bethmale :
koudino, bouts, ço, kazo, suda

ç note le son espagnol z. Maintien plus tardif de l'ancienne affriquée ts/dz
Exemple : http://crdo.risc.cnrs.fr/data/thesoc/09-ANTRAS.wav

jeudi 4 février 2010

Le sentiment national gascon chez Camelat

Quelques extraits des lettres de Camelat, grand écrivain bigourdan.

"U soulet sistèmi de grafie qui escoubaré l'ère e nous acoustumaré à
ue léngue literari tau Bear e la Gascougne. [...] Que y a u interès
mayou, u interès qui gausarèy apera naciounau à nous maneya qu'ue
soule léngue, ue léngue qui sie biste coumprèse dous quoate corns de
la Terre dous Naupoples."


Lettre à André Pic de Janvier 34 :

" E sabes quoan de proubençaus e soun abounats à Reclams ? Tres ou
quoate : Fontan, Mistrau, Rolland, Arnaud qui ey de Lunel e qu'ey
tout. Nou parli de Loubet qui ey à Paris. Que souy doungues decidat
mèy que mèy à nou tant debisa de Proubence e à bira-m decap à
Catalougne e Espagne. "

Lettre à André Pic de Janvier 36 :

" Mercés hère dou sinnet dab qui bieni de coupa las hoelhes dou libe
de Rohlfs : le Gascon, ue bère obre que t'en respouni e qui-ns e
cabilhara à touts dens l'idée qu'em mèy iberics qu'arré mèy e que-ns e
cau cerca noustes mestes nou sur la Seine ne sur lou Rose mès tras los
montes, darrè las mountagnes puntagudes. "