mardi 29 juin 2010

"Mitan de merde" ?

"Mitan de merde" disent les jeunes occitanistes, dénonçant le tropisme linguistique de l'occitanisme. Je crois que c'est une erreur. A deux titres :

- D'une part, il serait tout à fait normal que l'occitanisme se préoccupe exclusivement de linguistique. En effet, l'occitan étant un concept linguistique contestable, l'occitanisme ne peut que passer son temps à le défendre, à l'approfondir. Et surtout, n'étant que fondée sur une langue, l'Occitanie ne peut rassembler les peuples qui la constituent que sur de pareilles thématiques. L'Occitanie, comme interprétation languedocienne des pays d'oc de Mistral, est bien un projet littéraire et linguistique. Si les jeunes occitanistes complexent face aux Basques ou aux Bretons qui connaissent l'exaltation nationale, qu'ils questionnent les bases de leur engagement.

- D'autre part, il est très faux de dire que l'occitanisme ne se préoccupe que de linguistique. S'il se préoccupait de linguistique, il s'effondrerait de lui-même devant sa propre inexistence. C'est un schéma connu dans l'occitanisme que toutes les figures de ce mouvement qui ont touché à la linguistique en sont devenues les plus ferventes ennemies. Cela fait 12 ans que pas grand chose ne sort au demeurant sur des questions de linguistique ce qui fait qu'in fine, de nombreuses énigmes ne seront jamais appréhendées, par faiblesse intellectuelle, par disparition pure et simple de la matière brute. L'occitanisme d'aujourd'hui, bien loin d'être un mouvement intellectuel au tropisme linguistique, est bien plus une association culturelle à vague substrat localisant qui trouve sa place dans la constellation PS.

mardi 8 juin 2010

Signalisation bilingue à Pau ?

Labarrère a eu un mot cruel mais vrai : Pau n'est pas une ville béarnaise. Plus précisément, ne l'est plus. Disons qu'elle le fut jusqu'aux années 1920. Aujourd'hui, c'est un mélange subtil de Bath, Roubaix et Alger. Bath pour ce qu'il reste de désuétude anglaise. Roubaix pour l'architecture "commieblock" du centre-ville. Alger pour les palmiers. Quant à la population, c'est celle d'une ville moderne, "métissée" pour employer la novlang contemporaine, si pudique.

Ce qui me désole le plus outre le manque d'acuité à la réalité sociologique moderne de la ville de Pau, c'est que ça braille. Cela braille sans même avoir effectué en amont le travail de traduction. C'est que les occitanistes, des incompétents notoires, sont orphelins du père Grosclaude qui leur avait fourni en 1991 un plat cuisiné à réchauffer via son Dico toponymique. Ils ont pu donc avec grande fierté faire la preuve de leur action si utile pour la langue en inscrivant sur les arrêts de bus "Navarrenx/Navarrencs". Merci.

Mais maintenant, faut travailler, parce que papi Michel repose à Sauvelade. Faut chercher dans le cadastre les vieux noms des rues. Il faut savoir maîtriser la graphie classique. Il faut ne pas se ridiculiser comme à Toulouse (ready for "Carrèra Serviès" ?). Ce travail, les occitanistes ne le font pas. Ils gueulent, réclament : "du bilingue ! du bilingue !" Pourtant, ce n'est pas Lignières qui
va leur traduire leurs pancartes !

Pendant ce temps, la mairie appelle le "Cami Salié" le "Chemin du Sel" dans sa doc officielle.

dimanche 6 juin 2010

Discover Gascony !

Je passe à l'international ! La petite entreprise s'enracine à l'étranger et entend dépasser les 5 visites par jour. Ambition démesurée, folle.

Léopold Dardy et le gascon

Extrait de l'avant-propos à l'Anthologie des Chants populaires de l'Albret (dont on ne trouve plus qu'une édition alibertinisée, alors même que dans l'avant-propos Dardy fait l'éloge de la graphie "tel qu'on prononce", autrement dit la graphie inspirée du français).


"Plus ignorés peut-être sont les usages, la langue, le génie littéraire de cette population primitive. Le dialecte de l'Agenais est loin d'avoir sur la rive droite de la Garonne sa pureté native. Le contact du français, l'absence de règles, d'autorité, les licences de la littérature chantée ont multiplié les expressions de fantaisie ; tandis que les habitants de nos Landes, dans l'ancien duché d'Albret, réfractaires au français, internés dans leurs solitudes, loin du courant du progrès et du monde lettré, gardent encore la langue primitive pure de toute interpolation."

"Peut-être cette publication sera-t-elle de quelque secours pour les tenants de ce fait que le gascon est une langue parfaitement indépendante du provençal auquel on s'est efforcé de le rattacher [...]. Les écarts qui existent entre notre dialecte et le provençal sont tels que je n'ai pas à dire pourquoi je n'accepte pas certainement concessions de priorité, de droit d'aînesse en faveur de ce dernier. Notre degré de parenté avec la langue de Mistral est des plus éloignés, et la prétention de lui subordonner toute la famille de la langue romane ne saurait nous atteindre ; nous sommes d'un foyer bien distinct, bien différent, bien indépendant. La meilleure preuve à
l'appui serait de faire parler ensemble un vrai provençal et un vrai gascon, le gascon croirait entendre un italien, et le provençal un espagnol. L'idiome est d'ailleurs pour chaque province comme pour les nations une providentielle délimitation contre le capricieux morcellement qui n'atteindra jamais le caractère distinctif, les outumes et le parler des populations comme il fait le territoire. La Provence, le Languedoc, la Gascogne gardent ainsi dans leur dialecte leur ancienne démarcation que les cartes officielles n'ont pas fait disparaître, et que n'affecteront pas davantage des prétentions que rien ne justifie."

Léopold Dardy, Lagrange, 1891 "




L'intérêt de cet avant-propos est que dès 1891, il existe dans les milieux régionalistes des figures qui s'opposent de bloc à toute idée de relation hiérarchique dans les parlers romans de la France méridionale, bref s'opposent au projet mistralien d'élaboration d'une langue littéraire pour la France méridionale (projet repris par l'occitanisme qui n'a fait que translater de 200km le centre de gravité normalisateur). Non sans nier l'existence d'une famille romane (et à ce titre, gascon et provençal, espagnol et italien, sont intelligibles), car ce serait idiot. Le fait cependant que Dardy habite en Albret, soit à moins de 30km des pays guyennais, qu'il est un enfant d'Aiguillon au confluent Lot-Garonne, est tout sauf anodin (et rend d'autant plus ridicules les concepts de Mistral sur un gascon inféodé au carcinol, alors que le vrai gascon qu'il appelle aquitain, serait parlé dans les Pyrénées et la Haute Lande).

Un autre intérêt est de faire la preuve que ce que l'on appelle le "gasconnisme" est loin d'être un invention récente d'anti-occitanistes rabiques. C'est au contraire la tendance de fond de tout le mouvement gascon. On peut aujourd'hui en 2010 s'interroger sur cet accident de l'Histoire qui voit la Gascogne participer au mouvement occitan. Mais on sait dans quelles conditions l'occitanisme, au sortir de la guerre, n'a eu de cesse de discréditer les "gasconnants", simples pétainistes cathos quand les occitanistes étaient des collabos de la pire espèce.

Enfin, Dardy brosse le portrait d'une civilisation gasconne rétrograde, conservatrice, peu sujette aux changements, à l'opposé du progressisme des voisins, ici les Agenais. Le conservatisme de la société gasconne fut une tendance lourde, mise à mal en 14-18 par l'hécatombe qui a profondément perturbé la société malthusienne gasconne puis complètement anéantie par les 30 Glorieuses jusque dans les bastions les plus conservateurs comme la plaine du Gave de Pau en aval de Pau, le pays de Jammes et Bordeu, devenus en quelques années des pays "socialistes" (ce sont ces terres qui verront naître l'occitanisme béarnais).

Ajoutons également que la prose de Dardy relève du romantisme gascon, profondément lié en ceci au romantisme basque. Jusqu'aux années 30, les identités gasconne et basque étaient liées dans un même élan romantique. Il aura manqué à la Gascogne un Loti. Et dès le moment que la Gascogne s'est retrouvée annexée à l'Occitanie, elle n'a plus été en mesure d'exprimer son originalité, sauf à l'étendre à toute l'Occitanie. C'est le reductio ad vasconiam, sorte de nostalgie basquisante.