dimanche 13 novembre 2011

Road-trip en Espagne du Nord (Août 2011) - Deuxième Jour : de Santander (Cantabrie) à Gijón (Asturies)

Vous pouvez suivre la deuxième partie de mon "road-trip" en Espagne septentrionale sur le lien suivant :

Giri's 2011 road trip aka "Giri en España" / Day 2 : from Santander (Cantabria) to Gijón (Asturias)




Les commentaires sont toujours en anglais, je suis toujours disposé à traduire, voire à héberger ici même les photos si cela intéresse certains lecteurs. Quelques remarques :

- Bien que similaires somme toute, la Cantabrie et les Asturies se distinguent quelque peu, d'un point de vue géographique évidemment (les Asturies, en somme, ce sont les Pyrénées centrales qui tomberaient dans la mer quand la Cantabrie reste plus fidèle au canevas "basque" des moutonnements), mais également de l'ambiance qui peut se dégager, notamment à Gijón qui véritablement donne l'impression d'un univers espagnol maritime assez distinct - on pourrait s'imaginer en Uruguay du moins tel que je l'imagine - de la Biarritz espagnole qu'est Santander. Et encore, au deuxième jour, je n'ai pas encore vu les Asturies minières.

- Lors de la traversée de la Cantabrie, on ne peut que remarquer l'omniprésence du style architectural que l'on appelle parfois "vascon" dans certains cercles. Des vieilles villes comme Santillana ou San Vicente sont faites intégralement de telles maisons. La similitude avec le Pays Basque est frappante. Tellement frappante que par souci de se distinguer, j'ai pu constater que des mouvements cantabres entendaient mettre en avant une identité celtique. Bref, après la Galice et les Asturies, c'est au tour de la Cantabrie d'être contaminée par ce celticisme stupide sur fond de culture irlandaise américanisée, alors qu'il y a autrement plus de fierté à être l'un des berceaux de ce qui deviendra la vieille Castille (et dans le cas de la Galice, du Portugal).

samedi 27 août 2011

Road-trip en Espagne du Nord (Août 2011) - Premier Jour : de Hendaye à Santander (Cantabrie)

Vous pouvez suivre la première partie de mon "road-trip" en Espagne septentrionale sur le lien suivant :

Giri's 2011 road trip aka "Giri en España" / Day 1 : from Hendaye to Santander (Cantabria)




Les commentaires sont en anglais, je suis disposé à traduire, voire à héberger ici même les photos si cela intéresse certains lecteurs. Quelques remarques ethno-culturelles qui me semblent importantes sur ce premier jour destiné à rallier Santander, capitale de la Cantabrie :

- Les Etats-Nations au XIXème siècle ont fortement fait dévier la trajectoire des terres basques selon leur appartenance étatique. Qu'on le veuille ou non, Basques "espagnols" et Basques "français" possèdent des traits divergents saillants, ne serait-ce que dans la manière de gérer un territoire, voire le rythme de vie. Le cadre juridique influe sur une société. Nous le constaterons plus tard, au jour 5 du voyage dans les environs de Pasaia.

- L'Espagne est un pays formidable, dynamique, grandiose, envoutant : où que l'on aille des montagnes, des villes qui paraissent gigantesques. L'Espagne, ce sont des autoroutes qui surplombent la mer, des montagnes arasées pour fournir de la matière première, ... On est loin du maniérisme français si bien incarné dans l'imaginaire rurbain du petit pavillon banlieusard. La propreté est illustrative : l'Espagne est un pays propre, dans ses rues, ses campagnes, pas de bourgeoisie à caniche.

- D'un point de vue culturel, il est manifeste que "Hegoalde" constitue une nation qui fait montre de sa distinction en tout lieu, par le bilinguisme total, voire l'unilinguisme basque. La culture vernaculaire cantabre parait moins évidente, pour cause, elle constitue une partie intégrante de la culture castillane originelle. Cependant, on voit ci et là le drapeau nationaliste cantabre au lábaro. Par contre, partout le drapeau officiel. On voudrait la même chose en France, mais est-ce à dire qu'il faudrait supporter l'ignoble logo de la région Aquitaine en façade des administrations ?

- De manière plus sentimentale et géographique, la Cantabrie est un pays familier pour un Gascon : les paysages ressemblent sensiblement aux nôtres, vert immuable, champs de maïs, montagnes en arrière-plan. Pour ce qui est de l'architecture, il n'y a pour ainsi dire aucune différence notable avec le Pays Basque voisin. J'en dirai plus sur la Cantabrie prochainement et en quoi l'imaginaire vascon est plus fort que le projet occitan.



dimanche 29 mai 2011

La situation linguistique méridionale selon Scaliger



"Idiotismus Tectosagicus latissime patet ; ejus duae sunt summae differentiae : altera continetur in vetere Aquitania Caesaris, hoc est intra Garumnam, Pyrenaeos, et Oceanum Aquitanicum. Hic idiotismus proprie dicitur Vasconismus, multam a reliqua parte idiotismi Tectosagici discrepans, adeo ut neque commercium quotidianum, neque vicinitas, neque flumina pontibus juncta illam differentiam tollere potuerint. Reliquae partis, quae citra Garumnam in usu est, etiam multae sunt differentiae, in quibus Lemovicismus et Petrocorismus a reliquis idiomatibus valde alienus est. Denique in tota Europa non invenies, in tantis angustiis finium, tot discrepantias dialectorum."



"La langue tectosage est une langue bien répandue ; on en connaît deux variétés fort dissemblables : l'une se parle à l'intérieur des limites de l'ancienne Aquitaine de César - Garonne, Pyrénées, Golfe de Gascogne. L'idiome que l'on parle là - ou gascon - diffère considérablement de l'autre variété de l'idiome tectosage. Bien plus, ni les contacts quotidiens, ni les relations de voisinage, ni les ponts qu'on jette sur les fleuves ne paraissent susceptibles de supprimer cette différence. Dans l'usage des régions situées de l'autre côté de la Garonne, il existe aussi bien des variétés ; le limousin et le périgourdin y diffèrent fort du reste. Bref, nulle part en Europe, on ne trouverait une aussi grande différenciation dialectale sur un territoire aussi restreint."

Scaliger (1540-1609) in Diatriba de hodiernis francorum linguis


Scaliger


Que dire brièvement ?

- Scaliger nomme ce que nous appelons "occitan" "idiome tectosage", ce faisant il poursuit l'identification entre Languedoc et ancienne cité des Volques, continuité bien réelle au demeurant.

- Scaliger affirme l'irréductible distinction du gascon, à peu près à la même époque que Pey de Garros (cf "Tout était là au XVIème siècle"). Il délimite lui aussi sentimentalement ce pays où se parle le "vasconismus", à savoir le gascon.

- Scaliger affirme que le limousin et le périgourdin (ce que l'on appelle le nord-occitan au fond) sont également fort distincts.

- Scaliger possède l'intuition qu'en Gaule méridionale, une formidable mosaïque de langues existe, sans équivalent en Europe. A mon avis, c'est une exagération car s'il est vrai que l'étendue des domaines castillan ou oïlique est impressionnante (mais cela est la cause du terrain et de la poussée formidable d'un pouvoir central), la variation en Italie est grande.

Source : "Joseph-Juste Scaliger : Diatriba de hodiernis francorum linguis" par C.Anatole et J.C.Dinguirard in Via Domitia XX-XXI (1978).
Cité in "Does a common language mean a shared allegiance? Language, identity, geography and
their links with polities. The cases of Gascony and Brittany" par G.Pépin.

vendredi 21 janvier 2011

Le projet "occitan" de Cussac et autres réflexions

Voici un article intéressant qui illustre tout ce qui ne va pas dans la communication occitaniste :

"Le projet occitan de Cussac"


  • Une argumentation faible et inutile

- Pas une seule allusion au mot de "gascon", "médoquin" ou même "patois". Cela représente quoi l'occitan à Cussac (Gironde) ? A qui cela parle-t-il ? A-t-on même encore l'accent dans cette partie du Médoc ?

- L'occitan est mis au même niveau que l'anglais et les langues immigrées (en fait en deçà), toujours dans une optique d'ouverture sur le monde. Enième itération du discours gnangnan à destination de nos bons sentiments. L'occitan, une langue parmi d'autres de la diversité contemporaine. Alors pour quelle raison celle-ci plutôt qu'une autre ?

- L'occitan est vanté comme une sorte de mise à jour du logiciel pour les enfants, d'add-on peu coûteux : on désigne la classe bilingue comme une classe européenne pour maternelles qui permet un éveil de l'enfant. On en fera des génies des élèves bilingues. Vous en connaissez beaucoup des polytechniciens ou des énarques passés par les classes bilingues ? Ils cachent bien leur jeu.

- Passage obligé sur l'amour de la République, le deux ex machina français. Tout en France est valeur républicaine. L'amour, c'est la République. On n'échappe pas à la République. Surtout, ne pas la diviser : à ce titre, admirons l'habileté qui consiste à faire apprendre la langue du pays sans jamais parler d'ancrage local, de petit patriotisme. Des tartufes.


Cussac, sur les rives de la Gironde


Il est probable qu'aucun enseignant ne maîtrise le gascon dans sa version médoquine. On enverra donc une jeunette béarnaise, qui y enseignera un simili-béarnais, comme on en envoie en Agenais guyennais, ou comme les Languedociens squattent Muret. Vive l'Occitanie ...

  • L'enseignement du gascon en Guyenne agenaise : une hérésie

Reprenons notre jeune instit parachutée à Miramont-de-Guyenne, en zone guyennaise du Lot-et-Garonne (donc non-gasconne). Est-ce un sort intéressant que d'aller faire le missionnaire loin en Aquitaine - quand son statut d'instit pouvait lui procurer un poste dans les PA - pour satisfaire la lubie renaissantiste d'occitanistes locaux qui sont parvenus à vendre leur classe bilingue à des parents d'élèves soucieux de donner l'éducation la meilleure possible ? Quel est le sens de la vocation de cette jeune fille lambda qui, ayant appris le "béarnais" de ses probables ancêtres dans un souci d'ancrage local, va avec toute la bonne volonté du monde enseigner son pauvre gascon abâtardi en Guyenne, le tout au nom de l'unité occitane et de l'interchangeabilité des dialectes (sait-elle même qu'à Miramont, on ne parle pas gascon ? Sait-elle même ce qu'est le gascon ? Parle-t-on encore oc à Miramont ?).

Je suis sensible aux destinées individuelles des personnes, et je suis attristé par cette manipulation des bonnes volontés. Former en gascon une jeune fille du Béarn pour l'envoyer dans la grande Occitanie, ce n'est rien d'autre que la reproduction du schéma français de la mobilité des fonctionnaires. L'occitanisme institutionnel manipule de jeunes filles et de jeunes garçons en leur faisant miroiter des postes dans une époque de remise en question de la stabilité du métier de professeur des écoles. Pau devient la couveuse de l'Occitanie. Si je compare avec le cas basque, nous sommes une fois de plus ridicules, abstraits et inefficaces : les enseignants bilingues sont "rapatriés" au Pays Basque immédiatement où ils enseignent sans scrupules le batua, langue nationale des néo-Basques.

L'occitanisme est dans une impasse durable, son relativisme dialectal ("tous les dialectes sont également dignes") échoue sur le refus de fixer des domaines linguistiques où mener des politiques cohérentes. Les exemples sont nombreux : brassage des dialectes dans la communication officielle de la région Aquitaine, indifférence au dialecte enseigné in situ, ce qui importe c'est que ce soit de l'oc, ... Tout cela ne peut qu'aboutir à l'évaporation de ce qui reste de la Gascogne, déjà entamée sentimentalement par le midi-pyrénéïsme à l'Est. La seule solution me semble être une coupure nette avec l'occitanisme et l'élaboration d'un standard gascon sur les parlers les plus conservateurs (Philippe Lartigue a avancé la question).

Je n'ai pas posé en sus la question douloureuse de l'intérêt pratique de ces classes bilingues, à savoir qu'elles n'attirent généralement pas les enfants du pays (s'il en reste) mais bel et bien une classe sociale mobile "pavillonnaire" j'ai envie de dire, qui voit là l'opportunité dès les classes de primaire de mettre leurs enfants dans des rails plus solides. Sans oublier les comportements
nouveaux qui émergent, à savoir que les gamins de ces écoles ne reconnaissent pas dans le patois des derniers autochtones la langue qu'on leur enseigne, d'où développement d'une morgue et d'un mépris. Ceci dans l'hypothèse où il resterait des locuteurs naturels avec lesquels les gosses seraient en contact, ce qui est l'ultime tabou occitan, à savoir le refus de constater la réalité sociolinguistique désastreuse.

mercredi 12 janvier 2011

Henri IV, le "Béarnais" ?

Deus biarnés, ne n'avè pas sonque lo nas !

Henri IV le "Béarnais" ? Il est certain que voilà une proposition douteuse, à deux titres. D'un point de vue culturel, le Roi de Navarre était un prince français élevé à la Cour des Valois, ainsi que l'avait été sa mère nièce de François Ier. Je me suis toujours demandé d'ailleurs ce que la conversion au protestantisme d'une partie du Béarn devait à l'âme béarnaise ou aux caprices de sa famille régnante. De toute façon, il me semble aujourd'hui que plus personne n'est dupe : les mythes autour de Henri le Béarnais sont des recréations romantiques du XIXème siècle servies à un public béarnais qui aime que l'on parle de lui.

De même, et c'est lié à qui Henri IV était culturellement, le prince navarrais était généalogiquement un prince français. On passe souvent sous silence le père du Roi : il n'y a pas une famille plus représentative de la noblesse française que les Bourbon(s?), j'ai presque envie de dire oïlique.

Côté maternel, on oublie aussi trop souvent de faire remarquer que la mère de Jeanne d'Albret était Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier ! Henri IV par les hasards de la succession dynastique s'est trouvé héritier du Royaume de France, mais maternellement, c'était un Valois et un cousin proche des derniers Rois de cette dynastie. Il va sans dire que la famille Valois, tout comme toute famille noble d'Europe, était fortement cosmopolite.

Reste le grand-père maternel : Henri d'Albret. Un certain romantisme tend à en faire un "Gascon". Cela faisait un bon moment à cette époque que les Albret n'étaient plus des brigands de la lande ... Les Albret sont alliés aux Rohan, aux Sully, déjà aux Bourbon, aux Châtillon, ... Du côté de la mère de Henri d'Albret, il s'agit de la famille de Foix qui était alliée à Louis XII. Pour le reste, elle descendait de nombreux souverains espagnols. Pour trouver un ancêtre gascon à Henri IV, il doit falloir remonter à Amanieu d'Albret au XIème siècle ... Et pour ce qui est d'un ancêtre proprement béarnais, Henri IV n'en avait pas !

Pour ce qui est de l'identité linguistique de la famille régnante navarraise, il me semble que Jeanne d'Albret, née à Paris, ne connaissait pas le gascon. Quant à son fils, il n'y a à ma connaissance aucun témoignage de l'époque tendant à nous faire croire qu'il parlait la langue, ou en tout cas qu'il en avait gardé un accent en parlant français.