mercredi 12 janvier 2011

Henri IV, le "Béarnais" ?

Deus biarnés, ne n'avè pas sonque lo nas !

Henri IV le "Béarnais" ? Il est certain que voilà une proposition douteuse, à deux titres. D'un point de vue culturel, le Roi de Navarre était un prince français élevé à la Cour des Valois, ainsi que l'avait été sa mère nièce de François Ier. Je me suis toujours demandé d'ailleurs ce que la conversion au protestantisme d'une partie du Béarn devait à l'âme béarnaise ou aux caprices de sa famille régnante. De toute façon, il me semble aujourd'hui que plus personne n'est dupe : les mythes autour de Henri le Béarnais sont des recréations romantiques du XIXème siècle servies à un public béarnais qui aime que l'on parle de lui.

De même, et c'est lié à qui Henri IV était culturellement, le prince navarrais était généalogiquement un prince français. On passe souvent sous silence le père du Roi : il n'y a pas une famille plus représentative de la noblesse française que les Bourbon(s?), j'ai presque envie de dire oïlique.

Côté maternel, on oublie aussi trop souvent de faire remarquer que la mère de Jeanne d'Albret était Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier ! Henri IV par les hasards de la succession dynastique s'est trouvé héritier du Royaume de France, mais maternellement, c'était un Valois et un cousin proche des derniers Rois de cette dynastie. Il va sans dire que la famille Valois, tout comme toute famille noble d'Europe, était fortement cosmopolite.

Reste le grand-père maternel : Henri d'Albret. Un certain romantisme tend à en faire un "Gascon". Cela faisait un bon moment à cette époque que les Albret n'étaient plus des brigands de la lande ... Les Albret sont alliés aux Rohan, aux Sully, déjà aux Bourbon, aux Châtillon, ... Du côté de la mère de Henri d'Albret, il s'agit de la famille de Foix qui était alliée à Louis XII. Pour le reste, elle descendait de nombreux souverains espagnols. Pour trouver un ancêtre gascon à Henri IV, il doit falloir remonter à Amanieu d'Albret au XIème siècle ... Et pour ce qui est d'un ancêtre proprement béarnais, Henri IV n'en avait pas !

Pour ce qui est de l'identité linguistique de la famille régnante navarraise, il me semble que Jeanne d'Albret, née à Paris, ne connaissait pas le gascon. Quant à son fils, il n'y a à ma connaissance aucun témoignage de l'époque tendant à nous faire croire qu'il parlait la langue, ou en tout cas qu'il en avait gardé un accent en parlant français.

10 commentaires:

  1. Qu'Henri IV soit généalogiquement français, ça ne fait pas de doute, il ne serait jamais rentré dans la succession des rois de France sinon... Enfin bon, français, ca veut dire quoi à l'époque, pour un noble ? en lignée mâle, il descend de Saint-Louis, mais par les femmes ? Comme tout noble d'importance de l'époque : d'un peu tout le monde... Des rois d'Aragon, des duc de Bourgogne, ... Culturellement, c'est bien sûr la cour ou il grandit qui le marquera. Et comme la totalité des monarques de l'époque, il se tape de la culture du peuple qu'il gouverne. Ces notions nationales sont complètement anachroniques d'ailleurs. On se définit par sa lignée, par ses fiefs, en aucun cas par sa nation à l'époque.

    Et pourtant, dès l'époque baroque, Henri IV va devenir un mythe gascon. Avec Guilhèm Ader, il devient le Gentilòme gascon. Un sorte de héros national, dans cette France du XVIIe siècle ou la pression se faire sentir contre l'Occitanie et qu'un premier sentiment d'appartenance, diffus et basé sur la langue, se fait sentir chez une partie de l'élite.

    "Lo Gentilòme gascon, e los hèits de Guèrra deu gran e poderós Enric, Rei de França e de Navarra. Vodat a Monsenhor lo duc d'Espernon. Per Guilhèm Ader Gascon."

    Le mythe continuera sous différente forme. Mais il n'est pas né du XIXè siècle.

    RépondreSupprimer
  2. gerard sent gaudens14 janvier 2011 à 21:11

    Henri IV (de France) ,également Henri III (de Navarre) a porté dès le début une double identité et une double culture.Fils d'un Bourbon et d'une Albret(matinée de Navarre et de Valois),conçu à Abbeville mais né à Pau("la oveja pario un léon ! "s'exclama alors le roi Henri II de Navarre,son grand père)il fut confié jusqu'à l'âge de 7 ans à un lointain cousin,Jean d'Albret de Miossens,mari de sa gouvernante Suzanne de Bourbon(Busset) au château de Coarraze.La tradition locale affirme qu'il était élevé comme un enfant du lieu et jouait avec eux ,évidemment en gascon béarnais.Il n'y a aucun doute qu'il ait connu et pratiqué cette langue,même ensuite devenu roi de France;il était alors entouré de beucoup de gentilhommes gascons venus avec lui tenter leur chance et les mémoires du temps comme la littérature(les aventures du baron de Feneste,par exemple) en gardent trace bien avant Alexandre Dumas.

    RépondreSupprimer
  3. Certains même en font un prince qui parlait occitan comme ses parents! Et de dire que Jeanne d'Albret à fait traduire les Ecritures Saintes en Occitan et que Marguerite de Navarre écrivait en occitan! Et de la part d'un professeur émérite d'Histoire de l'Université de Pau, mais sur Radio Païs...

    Je tiens l'entretien à votre disposition.

    Dap plasé y boune anade en biarnés!

    jmcasa

    RépondreSupprimer
  4. Faire d'Henri IV un pur Gascon ou Béarnais semble effectivement relever de l'imagerie d'Epinal. Je suis d'accord avec Vincent, il fut avant tout un roi français et bien peu gascon.
    Mais je souris tout de même, jaune, quand je lis ou entends les occitanistes récupérer Garros, d'Astros, Ader, Larade et tous les auteurs gascons des XVIe-XVIIe en en faisant des écrivains "occitans". Savez-vous que cette renaissance gasconne était dirigée non seulement contre le français triomphant mais aussi, et surtout, contre le languedocien et contre Toulouse, qui tenait les Gascons et leur langage en grand mépris. Revisiter et tordre l'Histoire à ce point est pathétique. Mais l'occitanisme est coutumier du fait. Je pense que Pèir de Garròs serait ravi qu'on lui donnât de "l'occitan".

    RépondreSupprimer
  5. J'ai bien relu ma phrase et elle est maladroite, je l'admets. Je n'ai pas voulu dire qu'il y avait un sentiment d'appartenance à l'Occitanie, à un ensemble commun aux parlers de langue d'oc, ce serait en effet un contresens historique. Ça, on le verra avec le Félibrige. Le sentiment d'appartenance, dont je parle, est un sentiment gascon en Gascogne, provençal en Provence, toulousain à Toulouse... Il existe aussi à Montpellier. C'est en cela qu'on peut considérer le phénomène comme occitan.
    Je ne savais pas que cette renaissance baroque, s'est accompagnée en Gascogne d'une opposition à Toulouse. Des textes que j'ai lu, je ne l'ai jamais vu... Des muses de du Bartas, il y en a pas de languedocienne. Pourriez-vous me donner des références de texte ? Merci.

    RépondreSupprimer
  6. Bien sûr,

    Vous pouvez aller lire "Le siècle d'or de la poésie gasconne" de Pierre Bec, ou bien la thèse de Berry sur Garros, les écrits de Philippe Gardy, ceux de Lafont et Anatole. Mais vous devrez parfois chausser vos lunettes décripteuses pour lire entre les lignes occitanistes et ne pas vous laisser berner par certaines interprétations totalement scandaleuses.
    L'évocation de cette école gasconne (1550-1650) est très parlante: les frères Garros, Pey et Jean, Du Bartas, Salette, Pérez, Ader, Du Pré, de Gassion, Larade, Dastros, Baron et Bédout. Tous crient leur gasconnité, Garros en tête. Ils ne parlent que de Gascogne et de gascon, illustrent leur "nation", leur "race", leur langue. Jamais au grand jamais ils ne parlent de leur gascon en utilisant un autre adjectif. Ni provençal, ni limousin, ni même oc et, bien évidemment, absolument pas question d'occitan. Ils illustrent le gascon en tant que tel et c'est sans doute Garros qui en a l'idée la plus claire. Bien entendu, quand cette renaissance gasconne est traitée par des militants occitanistes, Bec en est un, on nous parle de renaissance occitane. Je trouve cela proprement scandaleux quant on sait la volonté de ces auteurs de donner ses lettres de noblesse à leur langue, le GASCON, clairement revendiqué comme tel. Il s'agit là de malhonnêteté intellectuelle, de manipulation de l'Histoire et ça m'est intolérable. Tout comme m'est devenu intolérable l'imposture occitaniste et la confiscation de la Gascogne par un groupuscule qui instrumentalise ma nation, mon peuple, qui confisque le peu d'identité qui nous reste afin de glaner postes et subventions publiques, qui à la région, qui au département...
    Je vomis l'occitanisme en Gascogne, traitres et fossoyeurs sans génie.

    RépondreSupprimer
  7. Oubli. Par contre, j'aimerais bien savoir à qui je m'adresse. Moi, je donne mon nom et ne publie pas sous couvert d'un pseudonyme.

    RépondreSupprimer
  8. M (ou Mme) Lartigue, vous répondez à côté de ma question. J'espère que ce ne sont pas vos lunettes gasconnistes qui vous troublent la vue. Que les poêtes gascons revendiquent le gascon, un sentiment d'appartenance à la Gascogne, je n'ai jamais dit le contraire et je n'ai jamais non plus lu le contraire dans aucun commentaire de ces textes. Tout comme Godolin revendique le toulousain ou Bellaud de la Bellaudièra le provençal.

    Ce que je vous demandais c'était de me citer des textes de l'époque ou l'auteur écrit "contre le languedocien et contre Toulouse" (je vous cite). Que vous vomissiez l'occitanisme ne me concerne pas et il me semble aussi malhonnête intellectuellement de raccrocher Garros à un projet occitaniste (dans le sens de la conscience d'une unité linguistique sur l'Occitanie) qu'à un projet gasconniste (dans le sens d'un rejet fort - et le terme "vomir" me semble assez fort - du projet occitaniste).

    D'autre part, je connais votre nom de famille (je ne sais même pas si vous êtes un homme ou une femme) et vous mon prénom. en terme d'anonymat, il me semble que nous en sommes au même point.

    RépondreSupprimer
  9. Philippe Lartigue
    972 rue des Biganons
    40600 BISCARROSSE

    Si vous vous dévoilez, je converserai avec vous, sinon, le débat est clos.

    RépondreSupprimer
  10. Maime Caillon - Limòtges. Cela vous suffit-il ?

    RépondreSupprimer

N'hésitez pas à commenter et à me corriger.