vendredi 21 janvier 2011

Le projet "occitan" de Cussac et autres réflexions

Voici un article intéressant qui illustre tout ce qui ne va pas dans la communication occitaniste :

"Le projet occitan de Cussac"


  • Une argumentation faible et inutile

- Pas une seule allusion au mot de "gascon", "médoquin" ou même "patois". Cela représente quoi l'occitan à Cussac (Gironde) ? A qui cela parle-t-il ? A-t-on même encore l'accent dans cette partie du Médoc ?

- L'occitan est mis au même niveau que l'anglais et les langues immigrées (en fait en deçà), toujours dans une optique d'ouverture sur le monde. Enième itération du discours gnangnan à destination de nos bons sentiments. L'occitan, une langue parmi d'autres de la diversité contemporaine. Alors pour quelle raison celle-ci plutôt qu'une autre ?

- L'occitan est vanté comme une sorte de mise à jour du logiciel pour les enfants, d'add-on peu coûteux : on désigne la classe bilingue comme une classe européenne pour maternelles qui permet un éveil de l'enfant. On en fera des génies des élèves bilingues. Vous en connaissez beaucoup des polytechniciens ou des énarques passés par les classes bilingues ? Ils cachent bien leur jeu.

- Passage obligé sur l'amour de la République, le deux ex machina français. Tout en France est valeur républicaine. L'amour, c'est la République. On n'échappe pas à la République. Surtout, ne pas la diviser : à ce titre, admirons l'habileté qui consiste à faire apprendre la langue du pays sans jamais parler d'ancrage local, de petit patriotisme. Des tartufes.


Cussac, sur les rives de la Gironde


Il est probable qu'aucun enseignant ne maîtrise le gascon dans sa version médoquine. On enverra donc une jeunette béarnaise, qui y enseignera un simili-béarnais, comme on en envoie en Agenais guyennais, ou comme les Languedociens squattent Muret. Vive l'Occitanie ...

  • L'enseignement du gascon en Guyenne agenaise : une hérésie

Reprenons notre jeune instit parachutée à Miramont-de-Guyenne, en zone guyennaise du Lot-et-Garonne (donc non-gasconne). Est-ce un sort intéressant que d'aller faire le missionnaire loin en Aquitaine - quand son statut d'instit pouvait lui procurer un poste dans les PA - pour satisfaire la lubie renaissantiste d'occitanistes locaux qui sont parvenus à vendre leur classe bilingue à des parents d'élèves soucieux de donner l'éducation la meilleure possible ? Quel est le sens de la vocation de cette jeune fille lambda qui, ayant appris le "béarnais" de ses probables ancêtres dans un souci d'ancrage local, va avec toute la bonne volonté du monde enseigner son pauvre gascon abâtardi en Guyenne, le tout au nom de l'unité occitane et de l'interchangeabilité des dialectes (sait-elle même qu'à Miramont, on ne parle pas gascon ? Sait-elle même ce qu'est le gascon ? Parle-t-on encore oc à Miramont ?).

Je suis sensible aux destinées individuelles des personnes, et je suis attristé par cette manipulation des bonnes volontés. Former en gascon une jeune fille du Béarn pour l'envoyer dans la grande Occitanie, ce n'est rien d'autre que la reproduction du schéma français de la mobilité des fonctionnaires. L'occitanisme institutionnel manipule de jeunes filles et de jeunes garçons en leur faisant miroiter des postes dans une époque de remise en question de la stabilité du métier de professeur des écoles. Pau devient la couveuse de l'Occitanie. Si je compare avec le cas basque, nous sommes une fois de plus ridicules, abstraits et inefficaces : les enseignants bilingues sont "rapatriés" au Pays Basque immédiatement où ils enseignent sans scrupules le batua, langue nationale des néo-Basques.

L'occitanisme est dans une impasse durable, son relativisme dialectal ("tous les dialectes sont également dignes") échoue sur le refus de fixer des domaines linguistiques où mener des politiques cohérentes. Les exemples sont nombreux : brassage des dialectes dans la communication officielle de la région Aquitaine, indifférence au dialecte enseigné in situ, ce qui importe c'est que ce soit de l'oc, ... Tout cela ne peut qu'aboutir à l'évaporation de ce qui reste de la Gascogne, déjà entamée sentimentalement par le midi-pyrénéïsme à l'Est. La seule solution me semble être une coupure nette avec l'occitanisme et l'élaboration d'un standard gascon sur les parlers les plus conservateurs (Philippe Lartigue a avancé la question).

Je n'ai pas posé en sus la question douloureuse de l'intérêt pratique de ces classes bilingues, à savoir qu'elles n'attirent généralement pas les enfants du pays (s'il en reste) mais bel et bien une classe sociale mobile "pavillonnaire" j'ai envie de dire, qui voit là l'opportunité dès les classes de primaire de mettre leurs enfants dans des rails plus solides. Sans oublier les comportements
nouveaux qui émergent, à savoir que les gamins de ces écoles ne reconnaissent pas dans le patois des derniers autochtones la langue qu'on leur enseigne, d'où développement d'une morgue et d'un mépris. Ceci dans l'hypothèse où il resterait des locuteurs naturels avec lesquels les gosses seraient en contact, ce qui est l'ultime tabou occitan, à savoir le refus de constater la réalité sociolinguistique désastreuse.

mercredi 12 janvier 2011

Henri IV, le "Béarnais" ?

Deus biarnés, ne n'avè pas sonque lo nas !

Henri IV le "Béarnais" ? Il est certain que voilà une proposition douteuse, à deux titres. D'un point de vue culturel, le Roi de Navarre était un prince français élevé à la Cour des Valois, ainsi que l'avait été sa mère nièce de François Ier. Je me suis toujours demandé d'ailleurs ce que la conversion au protestantisme d'une partie du Béarn devait à l'âme béarnaise ou aux caprices de sa famille régnante. De toute façon, il me semble aujourd'hui que plus personne n'est dupe : les mythes autour de Henri le Béarnais sont des recréations romantiques du XIXème siècle servies à un public béarnais qui aime que l'on parle de lui.

De même, et c'est lié à qui Henri IV était culturellement, le prince navarrais était généalogiquement un prince français. On passe souvent sous silence le père du Roi : il n'y a pas une famille plus représentative de la noblesse française que les Bourbon(s?), j'ai presque envie de dire oïlique.

Côté maternel, on oublie aussi trop souvent de faire remarquer que la mère de Jeanne d'Albret était Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier ! Henri IV par les hasards de la succession dynastique s'est trouvé héritier du Royaume de France, mais maternellement, c'était un Valois et un cousin proche des derniers Rois de cette dynastie. Il va sans dire que la famille Valois, tout comme toute famille noble d'Europe, était fortement cosmopolite.

Reste le grand-père maternel : Henri d'Albret. Un certain romantisme tend à en faire un "Gascon". Cela faisait un bon moment à cette époque que les Albret n'étaient plus des brigands de la lande ... Les Albret sont alliés aux Rohan, aux Sully, déjà aux Bourbon, aux Châtillon, ... Du côté de la mère de Henri d'Albret, il s'agit de la famille de Foix qui était alliée à Louis XII. Pour le reste, elle descendait de nombreux souverains espagnols. Pour trouver un ancêtre gascon à Henri IV, il doit falloir remonter à Amanieu d'Albret au XIème siècle ... Et pour ce qui est d'un ancêtre proprement béarnais, Henri IV n'en avait pas !

Pour ce qui est de l'identité linguistique de la famille régnante navarraise, il me semble que Jeanne d'Albret, née à Paris, ne connaissait pas le gascon. Quant à son fils, il n'y a à ma connaissance aucun témoignage de l'époque tendant à nous faire croire qu'il parlait la langue, ou en tout cas qu'il en avait gardé un accent en parlant français.