vendredi 20 janvier 2012

"La Gascouigno desoulado"

Je viens d'acheter "La Gascouigno desoulado" aux éditions Letras d'oc, un texte par un dénommé Lasplaces sous le règne de Louis XIV, qui fait la litanie des ravages de la Fronde en Gascogne, de Toulouse à Bordeaux, en passant par Pau, même s'il s'agit surtout d'une évocation de la Gascogne garonnaise et du Gers moderne.

Sont très intéressantes les formes données par le curé Lasplaces des villages. Ainsi, Agen est dit « Agens » de manière assez curieuse, alors que Bordeaux est « Bourdeus » (comme en catalan et espagnol en somme, avec la réadaptation du –s final qui n'est pas étymologique, et est probablement une influence francisante).

Aiguillon est dit Aguilhon, comme si le o final avec nasale n'avait pas encore été fermé en –oun (il y a d'autres exemples jusqu'au XVIIIème siècle). Bajonette se dit Baiouneto et Goujon Gouioun, confirmation que j se prononçait y partout en Gascogne en des temps pas si anciens. L'abbé Lasplaces graphie le v intervocalique u : Billonauo par exemple. Casteljaloux est bien Castetgelous, Astaffort est Estahort mais Fontenilles et Fonsorbes sont Fountanilhos et Founsorbos.

Fals en Bruilhois est Hals (ce qui sous-entend je suppose Halhs) car dans le même texte, Fieux est Hius. La Sauvetat (32) est La Saubedat avec une intéressante forme sonorisée. Lachapelle est Lacapero. On a confirmation que Lavardens est Lauardens et que le n final dans Lèguevin se prononçait à l'époque, en tout cas dans le gascon de Lasplaces, car il écrit Legobin.

Il y a une erreur dans le texte : Jean Eygun qui annote identifie Mouchac avec Mouchan (32) : je ne pense pas, Mouchac est seulement la forme gasconne de Moissac, sans yod. Yod qui apparait dans Seysses qui est Seissos (on attendrait en gascon Sechos). Puycasquier est Pouycasque, Pujaudran est Puiaudran (encore j prononcé y).

Enfin, confirmation finale : Tonneins en gascon est bien Tounens, et je suppose même qu'en certaines régions gasconnes, cela devait tendre vers du Tounenx. C'est en guyennais que l'on dit Tounen, car ces parlers sont plus lâches au niveau de la prononciation, déjà influencés par l'oïl en somme, en tout cas par le limousin.

2 commentaires:

  1. J'ai aussi tendance à croire que "Tounéns" est la forme gasconne et "Tounén" la forme guyennaise.
    Le gascon n'a aucun mal avec un tel "s" final, il me semble.
    Le fait que Lasplace mette le "s" n'est pas tout-à-fait décisif puisqu'il en met un aussi à Agen...
    Mais je trouve chez Fauché (je viens de vérifier) "Dén Tounéns aco n'es pa coumo déns uno grando bilo". Or Fauché, l'auteur du livre que nous avons la chance d'avoir sur le gascon de Tonneins, écrit en franco-phonétique et n'écrit pas un "s" qui ne se prononce pas, la phrase citée ci-dessus le montre avec "pa" pour "pas".
    Ce qui se dit maintenant à Tonneins, c'est que les vieux tonneinquais ne prononçaient pas le "s", mais méfiance ! Il se peut très bien qu'ils aient voulu prononcer à la française.
    Par là-dessus, les occitanistes auront tendance à privilégier une prononciation guyennaise, et aussi à sous-estimer la différence guyennais-gascon que nous supposons.
    Bref, moi je prononce le "s" de Tonneins ! C'est une affirmation gasconne, même si, curieusement les étrangers à Tonneins ont maintenant tendance à le prononcer aussi, et même les annonces du TER (mais elles, ce n'est surement pas pour défendre le gascon !).

    RépondreSupprimer
  2. J'ai aussi tendance à croire que "Tounéns" est la forme gasconne et "Tounén" la forme guyennaise.
    Le gascon n'a aucun mal avec un tel "s" final, il me semble.
    Le fait que Lasplace mette le "s" n'est pas tout-à-fait décisif puisqu'il en met un aussi à Agen...
    Mais je trouve chez Fauché (je viens de vérifier) "Dén Tounéns aco n'es pa coumo déns uno grando bilo". Or Fauché, l'auteur du livre que nous avons la chance d'avoir sur le gascon de Tonneins, écrit en franco-phonétique et n'écrit pas un "s" qui ne se prononce pas, la phrase citée ci-dessus le montre avec "pa" pour "pas".
    Ce qui se dit maintenant à Tonneins, c'est que les vieux tonneinquais ne prononçaient pas le "s", mais méfiance ! Il se peut très bien qu'ils aient voulu prononcer à la française.
    Par là-dessus, les occitanistes auront tendance à privilégier une prononciation guyennaise, et aussi à sous-estimer la différence guyennais-gascon que nous supposons.
    Bref, moi je prononce le "s" de Tonneins ! C'est une affirmation gasconne, même si, curieusement les étrangers à Tonneins ont maintenant tendance à le prononcer aussi, et même les annonces du TER (mais elles, ce n'est surement pas pour défendre le gascon !).

    RépondreSupprimer

N'hésitez pas à commenter et à me corriger.