dimanche 29 janvier 2012

"La Gascouigno desoulado" (suite)

Je continue de relever quelques faits intéressants. Ainsi on peut trouver trois dédicaces faites par des collègues curés avec lieu d'indication de la paroisse :

A l'autur,
Amic nou't plaignés deus malurs,
Que t'an heit aquets grans boulurs,
Nou te'n plaignés pas dauantatgé,
Que certos lou Lenguadoc ;
E tout pays es au pilhatgé,
Auta plan qu'es estat toun loc.

D.Azema. Ritou de Mourassac


***

Au medis
Ny lous pistoulets a rouët,
Ny l'usatge de bieillos glaços,
Ny la bieillo gloso deu dret,
Ny d'un soulat las grans grimassos,
Ny mes lou ioc deu piperouët,
Nou se trobon pas en Lasplaces,
Soun esperit a tout lou moun,
He bese u Mercuro Gascoun

I.Landes. Ritou de Mauzac & d'Auribailh


***

Au medis
Bous meritats uno courouno,
Encaro que siatz courounat,
L'esprit de Diu à toutis douno,
A bous be boun a plat dounat,
Per iamay les mals fasets beiré,
Aus Gascous que n'ac pouirion creiré.

D.Aliens. Ritou de la Gracio Diu



Je laisse aux linguistes de la liste le soin de faire de plus amples analyses mais il est évident que les parlers de Mauressac et de Mauzac & Aurilbail sont gascons. Pour le parler de Lagrâce-Dieu, c'est plus ambigu : or Mauressac est tout à fait voisin ! Il est possible que la provevance des "ritous" (recteur je suppose) en soit la cause.

En tout cas, la langue du curé de Mauressac est pleinement gasconne : h gascon, vocalisation de l, ll final devient t, ... Remarquez que l'article toulousain masculin "le" n'est pas utilisé contrairement à la version de Lagrâce-Dieu ! Pierre Bec a montré que le h gascon dans les années 50 atteignaient toujours Mauressac, à quelques encablures de Cintegabelle.

La langue du curé de Mauzac et Auribail est également gasconne : h gascon, vocalisation du l, forme gasconne des verbes ("bese" là où Lagrâce-Dieu a "beiré"). Remarquez dans les trois textes que "j" à l'initiale se prononce "y" : "lou ioc" à Mauzac, "iamay" à Lagrâce-Dieu.

Difficile de tirer des conclusions de textes dont on ne sait rien des auteurs, mais en tout cas, il y a discontinuité évidente entre la langue utilisée par le curé de Lagrâce-Dieu et celle du curé de Mauressac, paroisses voisines.

vendredi 20 janvier 2012

"La Gascouigno desoulado"

Je viens d'acheter "La Gascouigno desoulado" aux éditions Letras d'oc, un texte par un dénommé Lasplaces sous le règne de Louis XIV, qui fait la litanie des ravages de la Fronde en Gascogne, de Toulouse à Bordeaux, en passant par Pau, même s'il s'agit surtout d'une évocation de la Gascogne garonnaise et du Gers moderne.

Sont très intéressantes les formes données par le curé Lasplaces des villages. Ainsi, Agen est dit « Agens » de manière assez curieuse, alors que Bordeaux est « Bourdeus » (comme en catalan et espagnol en somme, avec la réadaptation du –s final qui n'est pas étymologique, et est probablement une influence francisante).

Aiguillon est dit Aguilhon, comme si le o final avec nasale n'avait pas encore été fermé en –oun (il y a d'autres exemples jusqu'au XVIIIème siècle). Bajonette se dit Baiouneto et Goujon Gouioun, confirmation que j se prononçait y partout en Gascogne en des temps pas si anciens. L'abbé Lasplaces graphie le v intervocalique u : Billonauo par exemple. Casteljaloux est bien Castetgelous, Astaffort est Estahort mais Fontenilles et Fonsorbes sont Fountanilhos et Founsorbos.

Fals en Bruilhois est Hals (ce qui sous-entend je suppose Halhs) car dans le même texte, Fieux est Hius. La Sauvetat (32) est La Saubedat avec une intéressante forme sonorisée. Lachapelle est Lacapero. On a confirmation que Lavardens est Lauardens et que le n final dans Lèguevin se prononçait à l'époque, en tout cas dans le gascon de Lasplaces, car il écrit Legobin.

Il y a une erreur dans le texte : Jean Eygun qui annote identifie Mouchac avec Mouchan (32) : je ne pense pas, Mouchac est seulement la forme gasconne de Moissac, sans yod. Yod qui apparait dans Seysses qui est Seissos (on attendrait en gascon Sechos). Puycasquier est Pouycasque, Pujaudran est Puiaudran (encore j prononcé y).

Enfin, confirmation finale : Tonneins en gascon est bien Tounens, et je suppose même qu'en certaines régions gasconnes, cela devait tendre vers du Tounenx. C'est en guyennais que l'on dit Tounen, car ces parlers sont plus lâches au niveau de la prononciation, déjà influencés par l'oïl en somme, en tout cas par le limousin.