samedi 23 février 2013

[Anthropos] Le Bas-Valais (Suisse)


[J'inaugure une série de petits articles sous la dénomination [Anthropos] : il s'agit de réflexions diverses mêlant linguistique, anthropologie et ethnologie. Je proposerai à chaque fois pour illustrer le morphotype de la région qui me sert de base pour mes réflexions.]


Le Valais, l'ancienne Vallis Poenina de l'administration romaine, le département du Simplon du temps des 130 départements napoléoniens, se divise entre Bas-Valais roman et Haut-Valais germanophone.

On pense que la germanisation du Haut-Valais, là où le Rhône prend sa source, région connue pour l'emblématique Cervin, date du VIIème siècle, sous l'influence des migrations alamannes en provenance de l'Oberland bernois.

En remontant le Rhône, on trouve les derniers hameaux romans à l'Est de Sierre, dernière grosse ville franco-provençale avant une dense forêt pour entrer en Haut-Valais.

La frontière est presque matérialisée par le lac de Géronde : c'est ce toponyme, attesté à date ancienne sous le vocable de "Gyrunda" (12ème siècle) qui a attiré mon attention. En effet, il me semble assez clair qu'il s'agit d'une des nombreuses itérations du celte *icoranda "frontière" qui servait à baliser les territoires gaulois. Aussi, la frontière entre les Sédunes du Bas-Valais et les Ubères du Haut-Valais est perpétuée, à peu de choses près, par la frontière millénaire entre Europe romane et Europe germanophone !

Les héritiers du celte *icoranda sont très nombreux en France et prennent diverses formes : le plus connu, et aussi celui auquel on ne pense pas, c'est la Gironde entre Santons et Bituriges, qui deviendra la frontière entre Saintonge et Bordelais. Le village de Gironde (33) près de Langon matérialise quant à lui la frontière entre Bazadais et Bordelais. Le hameau de Gironne à Cazères (31), sur le défilé de Boussens, celle entre les cités des Convènes et des Volques. Il est très probable que Gérone en Catalogne matérialise également une frontière.

Ailleurs en France, on trouve les très nombreux Ingrande de l'Ouest, Eygurande en Limousin et Périgord, Guirande en Quercy et Rouergue, Yvrande en Normandie, ... La quasi-totalité de ces toponymes correspondent à des paroisses de frontière selon la carte des anciens évêchés : on date généralement de la conquête romaine ces lieux-dits, en tout état de cause, ils sont la preuve d'un souci de délimitation.

2 commentaires:

  1. La germanisation du Haut Valais s'est faite PROGRESSIVEMENT entre le 9ème et le 15ème siècle. Le district de Loèche (germanophone depuis le 15ème siècle) possède une quantité de toponymes à consonances franco-provençales. Géronde et son lac se situent clairement dans la partie francophone du Valais et n'a jamais constitué une limite linguistique entre les deux parties du pays.

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  2. La germanisation du Haut Valais s'est faite PROGRESSIVEMENT entre le 9ème et le 15ème siècle. Le district de Loèche (germanophone depuis le 15ème siècle) possède une quantité de toponymes à consonances franco-provençales. Géronde et son lac se situent clairement dans la partie francophone du Valais et n'a jamais constitué une limite linguistique entre les deux parties du pays.

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