mercredi 30 janvier 2013

La vitalité du gascon d'après l'ALG (Gironde)

La localisation des points de l'ALG, tome I, donne une indication quant à la vitalité du gascon dans les années 50 dans de nombreuses zones, on peut regretter qu'il n'en soit pas dit plus.

Je commence cette série d'articles par la Gironde, le département le plus septentrional où le gascon fut parlé sur la majeure partie du territoire départemental, à côté du parler d'oïl dit gavache du Nord-Gironde et de l'enclave dite de la Petite Gavacherie, autour de Monségur, formée par la migration de laboureurs poitevins à partir du 15ème siècle.

Les indications géographiques entre parenthèses sont de moi.



Grande et Petite Gavacheries :


Saint-Savin-de-Blaye (Grande Gavacherie) : "L'ancien patois du bourg de Saint-Savin est encore parlé dans les "Landes", hameaux dispersés."

Les Peintures (Gavacherie) : "Sur la carte, le point correspond à Abzac ; mais le patois ayant disparu de cette commune, il a fallu transporter le lieu de l'enquête aux Peintures."

Saint-Vivien-de-Monségur (Petite Gavacherie) : "Seuls les sujets de plus de 40 ans parlent encore le gavache."



Nord-Gironde gasconophone :


Saint-André-de-Cubzac (Cubzadais) : "Enquête difficile et peu sûre, sujets impossibles à trouver ; cette famille est absolument isolée. Zone frontière où les dialectes ont à peu près disparu ; population mobile."

Puynormand (Libournais) : "Le dialecte occitan n'est plus parlé que dans une dizaine de foyers. Périgourdins nombreux."



Médoc :


Saint-Yzans (Médoc) : "Il ne reste qu'une dizaine de vieillards parlant le patois quand ils se rencontrent."

Lacanau (Médoc) : "Dans l'agglomération, le gascon n'est plus parlé que par les plus de 50 ans ; mais les hameaux sont gascons 100% (toutefois recul très sensible en 1953)."

Hourtin (Médoc) : "Vitalité du gascon presque nulle au bourg et faible dans les hameaux."

Castelnau-de-Médoc (Médoc) : "Le gascon n'est parlé que par les plus de 50 ans."



Entre-Deux-Mers :


La Sauve (Entre-Deux-Mers) : "[Le point limitrophe Targon] : Lalanne a dû renoncer à l'enquêter faute de bons sujets."

Blasimon (Entre-Deux-Mers) : "Tous les sujets âgés de plus de 45 ans ne parlent aujourd'hui que français."



Bazadais et Réolais :


Saint-Côme (Bazadais) : "Tout le village parle gascon, et certains enfants ne commencent à apprendre le français qu'à l'école."

Blaignac (Réolais) : "Tout le village parle gascon, sauf les enfants de l'école."

Captieux (Bazadais) : "Un quart du bourg parle gascon ; la population rurale presque entièrement gasconisante."

Pujols (Réolais) : "Vitalité du dialecte très forte."



Buch et Landes de Bordeaux :


Hostens (Landes de Bordeaux) : "Village industrialisé, nombreux étrangers : 1/10 des familles du bourg continue à parler gascon ; dans la campagne 8/10."

Saucats (Landes de Bordeaux) : "Vitalité du dialecte encore assez forte."

Salles (Buch) : "Vitalité du dialecte très forte dans toute la campagne, encore forte dans le bourg."

La Teste (Buch) : "Population extrêmement mélangée, très peu d'autochtones ; beaucoup d'immigrants landais, qui ont abâtardi le dialecte, lequel est encore uniquement parlé par les plus de 50 ans."

Saint-Symphorien (Landes de Bordeaux) : "La région s'industrialise, un tiers du bourg ne parle plus gascon ; campagne encore gasconisante pour 75% environ."



Conclusion :


Dans les années 50, le gascon était moribond en Médoc, en Entre-Deux-Mers, en Nord-Gironde où il partageait la destinée du gavache. Phénomène classique de zone frontalière : la langue nationale l'emporte sur les deux idiomes locaux.

Les années 50, c'était il y a 70 ans. Les personnes utilisée pour l'enquête étaient de la génération de mes arrières-grands-parents, nés pour certains au 19ème siècle.

Cela va donc faire 4 générations que le gascon est éteint en de nombreux petits pays de Gironde. Face à ce constat, on comprend difficilement qu'il s'en trouve encore certains pour être optimistes, voire d'autres qui refusent un gascon normatif, au nom du respect des dialectes ...

Cela est en tout cas conforme à mes observations personnelles, qui vont plus loin, puisque je pense que l'accent a également disparu de Gironde.

Seul élément de satisfaction : il est confirmé que le Bazadais maintenait mieux la langue dans les années 50. Qu'en est-il aujourd'hui ?