mercredi 10 décembre 2014

Aux jeunes avocats

Vous êtes partis à Paris manifester ou vous faites grève. Dans tous les cas, vous êtes inquiets. Il n’y a pas de sentiment plus légitime, et d’ailleurs, vos inquiétudes je les comprends. Car elles sont les miennes. Néanmoins, vous vous trompez de cible.


Que dit la loi Macron ?

Elle dit avant tout beaucoup sur un gouvernement aux abois. Nettement, il s’agit de sauver le quinquennat du président, sous la férule de Bercy, en faisant passer des lois qui auraient nécessité deux années de négociations. Mais il n’y a là rien de nouveau : en tout autre domaine, la même précipitation, la même majorité chancelante qui voit les échéances électorales de 2017 approcher.

Sur le fond, la loi Macron ne dit pas grand-chose. D’abord, il est difficile de savoir dans quelle mesure le Parlement la modifiera. Ensuite, il faut bien concéder que parmi les professions libérales, la profession d’avocat est celle qui subit le moins de retouches : si une révolution se prépare chez les huissiers ou les notaires (est-elle illégitime ?), les modifications apportées à la profession d’avocat sont minimes.

-  La suppression de la postulation territoriale est nécessaire. Elle ne correspond absolument plus à aucune pratique véritable de la profession, elle est au demeurant inexistante devant nombre de juridictions, elle est une dépense supplémentaire pour nos clients qui ne la comprennent pas, elle constitue une rente, hors tout prix de marché, pour quelques cabinets.

La suppression de la postulation est un premier pas, timide pour dire la vérité, vers une dématérialisation plus poussée des actes de procédure, au-delà du RPVA, système poussif et mal pensé. Il n’y a pas à craindre de déserts judiciaires, bien au contraire : la dématérialisation généralisée nous permettra de nous installer là où nous le souhaitons, à tout le moins en fonction de notre pratique (il va de soi qu’un pénaliste reste condamné à vivre au plus proche du Palais).

-  L’avocat d’entreprise pose des questions. Il n’est pas certain que les entreprises soient en demande d’un tel statut. Il n’est pas certain non plus que tous les gages de l’indépendance soient respectés. Mais à la vérité, là n’est pas la question.

Deux pistes d’action s’offraient au gouvernement : recentrer la profession d’avocat sur son cœur de métier, le contentieux, et donc revenir sur 3 décennies d’évolutions législatives. Ou bien aller vers une grande profession du droit. C’est clairement ce choix qui est fait, partant d’un constat que pour ma part je partage : il n’y a plus aucune spécificité à la profession d’avocat.


Que s’est-il passé ?

Une évolution inéluctable de la société : l’ancien monde bourgeois de la notabilité libérale sur lequel s’appuyaient les avocats est mort. La profession a du mal à l’acter et peut-être que le constat, assez terrible, qu’elle ne pèse plus, même au sein des parlementaires, l’aidera à le faire. La IIIème République est morte depuis des décennies.

La révolution des communications, la disponibilité instantanée de l’information, la judiciarisation des rapports humains, tout ceci a profondément bouleversé la profession d’avocat. Le temps où les clients avaient un avocat, tel un médecin de campagne, est largement révolu. L’avocat n’est pas l’artisan des pancartes naïves des jeunes confrères.

Les jeunes avocats dont nous sommes se doivent d’accepter les évolutions de la société que nos ainés appréhendent difficilement : nous devons nous débarrasser d’une déontologie qui nous empêche d’être ce que nous sommes foncièrement, des entrepreneurs, des commerçants.

Nous devons investir Internet que nous laissons à quelques geeks du droit qui nous prennent, en toute intelligence, des parts de marché. Nous devons nous aérer, loin des quelques rues autour du Palais, partir revitaliser des petites villes via des cabinets secondaires, la France rurbaine déphasée. Nous devons couper avec une ancienne pratique désuète, avec la discipline ordinale, avec l’opacité des honoraires, avec ce que nous croyons être une bienséance mais qui n’est perçue par le public que comme les oripeaux d’une profession arrogante.


Des responsables ?
  
Le gouvernement n’est responsable que de la façon dont il traite le dossier, dans la violence. Mais le vrai responsable, c’est la profession elle-même.

Depuis plus d’une décennie, la profession envoie sur le marché de l’emploi de jeunes avocats toujours plus nombreux, sans tenir compte de la réalité du tissu économique et de la capacité d’absorption de ces jeunes par les barreaux.

Depuis plus d’une décennie, la profession, loin d’être le chantre d’un vrai libéralisme, qui nécessite dès lors des règles, des contingents, des limites, a favorisé la sauvagerie économique la plus totale en se massifiant démesurément, avec cynisme, laissant aux jeunes le soin de se partager le gâteau d’une aide juridictionnelle décrépie.

Depuis plus d’une décennie, des cabinets d’avocats, bien installés, prospères, utilisent avec intelligence l’extraordinaire et exubérante flexibilité du contrat de collaboration pour se ménager une main-d’œuvre à vil coût qui accepte sa condition dans l’espoir un jour d’être de ceux qui exploitent.

Calcul fou et irrationnel : le monde que nos ainés nous lègueront n’est pas celui qui leur a permis une ascension fulgurante et une vie bien remplie, faite de succès. Le monde qu’ils nous lèguent est incertain, beaucoup d’entre nous resterons sur la touche et ne prendrons jamais leur envol.

Exigeons que la réalité de notre pratique quotidienne soit aussi notre réalité juridique. Avocats collaborateurs dans des gros cabinets, exigez le vrai libéralisme. A défaut, le salariat et ses avantages. On vous le refuse ? Les entreprises vous font du pied.

La profession d’avocat paye son hypocrisie : jeunes avocats, on vous fait manifester pour sauver les avantages d’une minorité qui ne sera pas là dans 20 ou 30 ans pour constater les dégâts. Ce n’est pas votre combat, notre combat.

Nous n’avons rien à craindre des mutations qui s’annoncent. On nous dit d’investir l’entreprise ? Allons-y ! On nous dit de voir au-delà de notre barreau ? Excellente idée. Soyons originaux, modernes, cherchons de nouvelles formes d’exercice, acceptons la variété de nos pratiques, cessons de vivre dans un roman du XIXème siècle.

Nous n’avons à craindre qu’une seule chose : le conservatisme.

mardi 11 novembre 2014

Le vote aranais lors de la consulta du 9N

Peu importe ce que l’on pense de la légitimité du mouvement indépendantiste catalan, nous pouvons analyser les résultats.

Cela dit, je ne fais pas mystère de mon opinion. Pour ma part, je n’ai aucune sympathie pour le mouvement catalan tel qu’il se présente aujourd’hui, comme de manière plus générale, je n’ai pas de sympathie pour les mouvements nationaux d’inspiration "renanienne", voire jacobine, qui entendent construire une société civile sur des frontières artificielles, héritées d’aléas historiques et de couchailleries entre dynasties. La France républicanissime comme modèle.

Le patriotisme néo-féodal ne m’intéresse pas. Le fait catalan, à mon sens, c’est autre chose que les velléités d’indépendance d’un ancien comté plus ou moins ressuscité sur les frontières d’une division administrative au XIXème siècle, le fait catalan, au sens ethno-culturel, c’est un tiers de la péninsule ibérique, c’est une grande langue de culture sur la Méditerranée et les Pyrénées, qui va de Salses à Elche, c’est un reflet parcellaire de l’ancien royaume d’Aragon.

Peu importe, je ne suis personne pour dire aux Catalans comment ils devraient voir leur histoire. Tout s’est joué avant que je ne naisse ! : )

Analysons-donc le résultat aranais (la seule vallée non-catalanophone de Catalogne, car gasconne).

Avec la Ribagorza, le Val d’Aran est la région où l’on a le moins voté de Catalogne, avec à peu près 20% d’un électorat que l’on reconstruit (en effet, les plus de 16 ans pouvaient voter ainsi que les immigrés).

Voici les résultats, bruts :



Source : El Punt Avui

Rapporté à l’électorat total (donc également à ceux qui n’ont pas voté), et avec toute l’imprécision que comporte cette statistique (elle ne prend pas en compte la dynamique propre à un vote, notamment concernant le choix des indécis), cela place l’indépendantisme catalan à son minimum en Catalogne, aux alentours de 13%.



Source : El País

Il est loisible de penser, sans aucune preuve, que les pro-indépendance en Aran sont des Catalans installés dans la vallée (un millier de personnes).

On pourrait élaborer diverses analyses : que la vallée n’a pas répondu à la question qui l’intéressait, celle de l’indépendance de l’Occitanie (théorie loufoque des occitanistes), que la vallée est fortement castillanisée (théorie moins loufoque des catalanistes), ...

Mais à la vérité, le résultat similaire de la Ribagorza voisine, pleinement catalane de langue, quand Aran est gasconne, montre plus simplement qu’il s’agit là d’un vote montagnard de comarques frontalières, dont l’histoire ne peut se résumer au fait national catalan en gestation depuis le XIXème siècle, des comarques qui possèdent des liens intenses avec l’Aragon voisin, et dont le mode de vie transcende largement la question de la constitution d’un état catalan.

On retrouve en France pareil vote montagnard, rétif à tout projet national grandiloquent, ne montrant aucun intérêt pour toute tambouille administrative démesurée, c’est un vote modéré en somme. C’est là une tendance lourde.

Pour l’analyse du vote dans le reste de la Catalogne, sans surprise, se dessine une opposition entre des régions rurales ou de villes moyennes (autour de Gérone notamment) et la région de Barcelone, qui n’a pas daigné se déplacer et où se situe le plus gros réservoir de voix.

Ces résultats me laissent penser qu’en conditions véritables de référendum, avec un exécutif à Madrid plus malin et plus fin dans sa défense de l’appartenance à l’état espagnol de la Catalogne, un exécutif qui proposerait des solutions sur la table (le fédéralisme par exemple), la victoire du OUI à l’indépendance est loin d’être acquise.

Un scénario à la québecoise est très possible, avec Montréal qui a fait basculer par deux fois le référendum dans le camp du NON. S’ensuit alors une terrible gueule de bois pour les mouvements nationaux régionaux, qui payent un certain maximalisme rhétorique et institutionnel. Le PQ aujourd’hui ne s’est toujours pas remis pleinement de ses échecs.

dimanche 9 novembre 2014

La vitalité du gascon d'après l'ALG (Partie II)


La localisation des points de l'ALG, tome I, donne une indication quant à la vitalité du gascon dans les années 50 dans de nombreuses zones, telle que la perçut l’enquêteur sur place, on peut d’ailleurs regretter qu'il n'en soit pas dit plus.

J’ai déjà balayé les points girondins, s’agissant nettement de la zone la plus soumise à la francisation et donc pour lesquelles les notes sur la vitalité dialectale étaient les plus abondantes. Il semble également que les informations sont de Jacques Allières, qui enquêta sur place, ce qui explique leur qualité.

Je poursuis avec le reste de l’immensité gasconne, dispersée au sein de départements qui n’ont que 200 ans (64-65-40-47-31-09-82). Tous les points de l’ALG ne disposent pas d’informations sociolinguistiques, et elles souvent de moindre qualité que pour la Gironde, parfois d’ailleurs il s’agit seulement d’observations phonétiques, que je ne reproduis pas, sauf quand j’estime qu’elles disent quelque chose de la vitalité du gascon sur place.

Armagnac (32) :

Dému :
« Vitalité du dialecte faible, la population autochtone se raréfie. »

Jégun :
« Vitalité du dialecte faible, immigration nombreuse. »

Nogaro :
« Le bourg (centre commercial d’eaux de vie) n’est plus gasconisant que pour un quart. »

Astarac (32) :

Saint-Martin :
« Francisation de la commune très avancée. »

Esclassan :
« Village qui se dépeuple : au moins 25 maisons abandonnées, terres en friche ; les gens ont conscience de mal parler. »

Albret (47) :

Houeillès :
« Le quart du bourg et tous les ruraux parlent gascon. »

Espiens :
« Actuellement, il n’y a plus que 2 ou 3 personnes nées à Espiens qui parlent le dialecte vraiment autochtone, qui se modifie sous l’influence des immigrants venus de partout. »

Marsan-Gabardan (40) :

Lubbon :
« Les quatre générations interrogées simultanément offrent des divergences dont le sujets se rendaient compte : chacun respectait les variantes des autres, mais sans les employer. Petit village perdu dans les bois, entièrement gasconisant. »

Luxey :
« Vitalité très grande : tous les ruraux, même les enfants, ne parlent entre eux que gascon, et certains vieillards du bourg ignorent le français, en 1953. »

Villeneuve :
« Centre de commerce important, pas d’industrie ; bilinguisme à majorité gasconne ; campagne totalement gasconne. »

Moustey :
« Au bourg, 200 personnes bilingues. »

Born-Marensin (40) :

Parentis-en-Born :
« Dans la campagne, l’usage du français est exceptionnel, mais la situation est renversée dans le bourg (1/4 gasconisant), où 200 à 300 étrangers, travaillant aux usines, imposent le français. »

Mézos :
« Francisation moins avancée que dans le Nord du département ; à la campagne tout le monde parle gascon sauf les jeunes parents s’adressant à leurs enfants d’âge scolaire ; dans le bourg, nombreuses familles gasconisantes (français réservé pour certains clients ou administrés).

Castets :
« Une grande partie du bourg est francisée ; dans la campagne, tous parlent gascon, mais les jeunes ménages parlent français aux enfants. »

Chalosse-Tursan (40) :

Saint-Sever :
« Le gascon est remarquablement vivant dans la ville encore en 1953. »

Aire-sur-l’Adour :
« Ville 50% gasconisante, campagne presque totalement. »

Hagetmau :
« Agglomération bilingue, campagne bien gasconisante. »

Bas-Adour (40) :

Saint-Martin-de-Hinx :
« Vitalité du dialecte très forte. Village éloigné des villes et du chemin de fer, pas d’industrie. »

Tarnos :
« Malgré le voisinage immédiat de Bayonne, la francisation est très faible : « 3 » dénonce les francisations commises par ses parents. Mais le centre industriel du Boucau est presque entièrement perdu pour le gascon. »

Biarritz :
« Enquête laborieuse : il ne reste plus guère d’indigènes, encore moins de gasconisants. Gallicismes nombreux, que les témoins tenaient déjà de leurs parents. A Anglet, le gascon est mieux conservé, ainsi qu’à Bayonne. »

Labastide-Clairence :
« Territoire gascon avançant en coin dans le domaine basque : village charnégou « bâtard », les ¾ environ parlent gascon, ¼ basque, et le basque ne cesse de gagner du terrain. »

A propos des bascophones : « Sujets trilingues, parlent aussi bien le basque que le gascon ou le français, mais les Gascons de Labastide ne savent pas le basque. »

Béarn (64) :

Artix :
« En 1953, la vitalité du dialecte reste très grande : même les petits enfants savent parler gascon. Gros bourg sur grande ligne de chemin de fer et route nationale de trafic intense. Culture modernisée. »

Sauveterre-de-Béarn :
« Les anciens continuent d’employer le prétérit, mais les jeunes le comprennent sans l’employer. »

Salies-de-Béarn :
« Importante ville d’eaux, qui abandonne de plus en plus le dialecte : une consigne avait même été donnée autrefois par la municipalité qui craignait que l’usage habituel du patois n’éloignât les baigneurs. Mais la campagne est encore très gasconisante. Les jeunes atténuent ou suppriment le nasillement orthézien, senti comme ridicule. »

Agnos :
« A Oloron même, la vitalité du gascon est relativement assez grande. »

Arette :
« Grande vitalité : la plupart des petits enfants parlent gascon en 1953. »

Bigorre (65) :

Rabastens-de-Bigorre :
« Gallicismes nombreux, même chez les plus vieilles personnes. Village aisé, bourgeois ; région de blé, vigne, maïs ; on y considère « la montagne » avec un certain mépris. »

Marseillan :
« En 1953, presque entièrement gasconisant ; certains petits enfants parlent gascon. »

Lannemezan :
« Une énorme usine ; gascon en forte régression dans le bourg, malgré une certaine vitalité maintenue par un grand marché hebdomadaire. »

Arrens :
« A Arrens, la vitalité et la pureté de la langue gasconne sont remarquables. »

Lourdes :
« Malgré le cosmopolitisme de cette célèbre ville de pèlerinage, le gascon y est relativement vivace. »

Gavarnie :
« Village tirant la plupart de ses ressources du tourisme ; le gascon y est très vivace et permet au personnel hôtelier, aux guides et loueurs d’âne de converser entre eux sans être compris de leurs clients. »

Comminges-Barousse-Aure (31-65-Espagne) :

Ourde :
« Dépopulation grave. Entièrement gasconisant. »

Tramezaygues :
« En 1953, un certain nombre d’enfants parlent gascon. »

Bagnères-de-Luchon :
« Grande ville d’eaux ; dans l’agglomération, le nombre de gasconisants ne cesse de diminuer. »

Melles :
« Forte vitalité du dialecte, dont la connaissance est indispensable pour communiquer avec les Aranais limitrophes qui parlent gascon. »

Casau :
« Le Val d’Aran, géographiquement et linguistiquement gascon, appartient de très longue date à l’Espagne. Les indigènes parlent gascon, et beaucoup savent également l’espagnol, le français et le catalan. Population castillane et catalane de plus en plus nombreuse. Enquête faite en espagnol et dans des conditions pénibles. »

Bourg-d’Oueil :
« Sauf les petits enfants, tout le monde parle gascon. Immigrés espagnols relativement nombreux. »

Saint-Gaudens :
« Enquête malaisée : le gascon n’est presque plus parlé dans la ville, et il a fallu aller d’un témoin à l’autre pour remplir le questionnaire. Un grand marché hebdomadaire maintient cependant la connaissance du dialecte. »

Boussan :
« Forte vitalité du dialecte. »

Couserans (09) :

La Bastide-de-Sérou :
« Le parler local n’est pas senti par les sujets comme faisant transition entre le gascon de Saint-Girons et le languedocien de Foix, mais comme un patois autonome. »

Bethmale :
« Particularisme puissant ; vitalité du dialecte = 100%. »

Le Port :
« Endémisme dialectal remarquable. »

Aulus :
« Ville d’eaux, mais le village est gasconisant 100% : en 1953 les petits enfants ne parlent pas français, le garde-champêtre fait les annonces officielles en gascon. »

Gascogne toulousaine (31) :

Bragayrac :
« Peu de familles fixes. »

Léguevin :
« Les jeunes ne parlent que français. »

Frouzins :
« Les jeunes au-dessous de 20 ans ne parlent que français. »

Seilh :
« Les derniers traits gascons du dialecte, encore sensibles il y a 20 ans, sont en train de céder devant le languedocien de Toulouse. »

Rieumes :
« Dans le bourg, la vitalité du gascon y est assez faible. »

Languedoc limitrophe (31-09) :

Toulouse :
« En ville, l’occitan n’est plus parlé que par des phrases ou mots isolés (sauf chez quelques sujets d’origine rurale). »

Sainte-Foy-d’Aigrefeuille :
« Vitalité du dialecte solide. »

Auzat :
« Vitalité bien maintenue. »


Conclusions :
Ce qu’apportent ces données, qui ne sont évidemment plus valides, 60 ans sont passés depuis lors, c’est la preuve que la dégasconnisation est relativement précoce en de nombreux endroits, et que la Gironde n’a été en rien exceptionnelle.

Il est confirmé que dans les années 50, une large zone de la Gascogne centrale, pourtant aujourd’hui assimilée au cœur de ce pays, a perdu l’usage normal de sa langue. Armagnac, Astarac, Albret sont en voie d’acculturation intense, par l’industrie, la dépopulation ou plus précisément, la substitution de population.

Les enquêteurs, très prosaïquement, parlent de populations mobiles, de terres en friche, de maisons abandonnées. C’est le portrait de l’exode rural poussé au paroxysme, qui possède une spécificité en Gascogne centrale, c’est que la ruralité malthusianiste gasconne ne s’est jamais remise de la perte d’une classe d‘âge masculine en 14-18.

La Gascogne toulousaine, au plus près de Toulouse, possède les mêmes caractéristiques,
sauf qu’elles doivent y être plus anciennes encore, et qu’elles se cumulent à l’assaut simultané du français et du languedocien de Toulouse (qui néanmoins vit alors ses derniers feux).

Il semble que dans les années 50, ce même constat peut être fait dans le Nord des Landes, à tout le moins sur une bande côtière, le long de la N10. Les enquêteurs de l’ALG, peu suspects de militantisme, décrivent la situation telle qu’elle est : la conjonction de l’installation d’étrangers au pays via des industries qui ne sont pas endogènes et l’arrêt de la transmission du gascon par les jeunes couples présagent de la situation catastrophique que nous vivons aujourd’hui.

Néanmoins, le département des Landes n’est pas un tout : en Bas-Adour, la vitalité du gascon dans les années 50 semble réelle ainsi qu’en Chalosse. Le maintien des anciennes structures agricoles explique sans souci cette meilleure vitalité, là où la lande géographique a connu une profonde mutation économique à compter du XIXème siècle.

Les enquêteurs notent que dans le village bilingue de La Bastide-Clairence, c’est le basque qui gagne du terrain sur le gascon pourtant parlé par ¾ de la population du village. Le gascon dans le BAB est parallèlement moribond il y a 60 ans. Il suffira d’une génération pour qu’il soit oublié et que ce soit l’identification au fait basque qui l’emporte.

Le Béarn dans les années 50 semble relativement encore vivace dans sa culture autochtone. C’est le Béarn de la plaine d’avant la découverte du bassin gazier de Lacq. Le Béarn ne se remettra pas de cette industrialisation à marche forcée, et va très vite converger vers la situation décrite ci-avant, alors même que tout le prédisposait à rester un havre relatif de forte gasconnité.

Il en va de même de la Bigorre de la plaine et des coteaux. Le portrait qui est fait d’une ville comme Rabastens est terriblement éloigné de celui que la ville en question donne à voir aujourd’hui. L’agriculture intensive est passée par là.

Reste la montagne : partout, la pratique du gascon y est décrite comme vivace, du Barétous au Couserans. Seul bémol : les villes, soit nettement de montagne comme Bagnères-de-Luchon, soit de piémont comme Lannemezan ou Saint-Gaudens, qui ont quasi perdu l’usage normal de la langue, à tout le moins dans l’espace public et hors ce qui semble encore un phénomène important, les marchés hebdomadaires.

Pas de nouveautés donc, mais le constat que la situation était déjà désespérée il y a 60 ans même en des contrées que l’on croit à tort préservées, comme la Gascogne centrale ou la forêt landaise. A peine perçoit-on un décalage entre l’acculturation au plus proche de Bordeaux ou de Toulouse, et dans tous les cas, nous savons en 2014 que celle-ci a été largement rattrapée, y-compris au plus profond des vallées pyrénéennes.

samedi 1 novembre 2014

Le "barrage" de Sivens : quelques questions

Pas d’accent. C’est le constat qui est le mien depuis que je suis, via les médias, la question du barrage de Sivens. Barrage, au demeurant, est un bien grand mot pour ce qui n’est en fait qu’une retenue d’eau d’un kilomètre et demi sur le Tescou mais j’y reviendrai. Sur cette seule phrase, on va me dire que je dévoile déjà mon opinion sur le sujet, dès l’introduction alors que je ne vais avoir de cesse de me vouloir prétendument neutre : non, même pas, lisez donc.



I – Un constat

Pas d’accent. Ce n’est pas un défaut rédhibitoire, il y a des gens estimables sans accent du Sud-Ouest, c’est même pour certaines de mes amies un atout charme supplémentaire. Mais s’agissant d’un projet d’envergure à peine locale, dont on attendrait qu’il oppose des gens du cru, l’on pouvait espérer que l’accent tarnais, qui n’a pas tout à fait disparu, parvienne pour une fois à passer le crible des médias.

Les CRS sont évidemment des fonctionnaires, mobiles, et en tout état de cause, ils sont muets. Leur expression est, disons, plutôt physique … Du côté de la militance écologique, le phrasé rhétorique comme le goût vestimentaire s’inscrivent nettement dans la lignée d’une internationale écologique, la même qui a investi l’Ariège dans les années 70 ou ultérieurement la vallée d’Aspe.

Je n’ai, à titre personnel, de sympathie immédiate, ni pour les uns, ni pour les autres. D’un côté, j’ai en horreur la violence policière, bien que je concède qu’il s’agisse là d’une des prérogatives de l’État dans le maintien de l’ordre. De l’autre côté, je suis incapable de la moindre empathie à l’endroit des « néos » à la sociologie politique adolescente, quand bien même je partagerais leur souci de protection de la Nature.

Bref, dans l’affaire de Sivens, je cherche les locaux, les premiers concernés, les aborigènes. J’ai donc scruté la moindre apparition de l’accent. Aucune chance qu’il ne débarque dans la bouche du conseiller général du Tarn chargé du dossier, qui parle un français politique policé, aussi bien pour justifier le projet que pour le suspendre, ce en quelques jours. Mais au détour d’un reportage radio, j’ai enfin entendu des gens du « Tar » : il s’agissait de l’un des agriculteurs qui localement aurait bénéficié du projet de retenue d’eau.

Ma lecture par l’accent est évidemment parcellaire et biaisée mais elle a au moins le mérite de replacer intuitivement la question dans un contexte. Du coup, pour me faire une opinion éclairée sur le sujet, qui passe outre les clichés dont je n’ai pas la prétention de croire que je n’y serais pas soumis, j’attends des réponses précises à des questions que je ne vois jamais posées.

II – Des questions

 Mes questions sont les suivantes :

- Quelle est la structuration économique des exploitations agricoles bénéficiaires d’une retenue d’eau sur le Tescou ?

Je n’ai pas de données sur ce point. Mon intuition est que, conformément à ce qui se pratique dans le SO, il ne doit pas s’agir de grandes propriétés comme dans le Nord de la France. J’ai la sensation que les médias ne fouillent pas cette question par ignorance de la diversité agricole de la France.

Non pas d’ailleurs que cela changerait grand-chose à la légitimité du projet, sur laquelle je n’ai pas d’opinion, mais à tout le moins, cela permettrait d’échapper à des schèmes français tout « beaucerons » qui ne conçoivent les agriculteurs que comme d’importants céréaliers.

Au demeurant, je ne conteste pas les dérives locales céréalières. Elles sont réelles. Pas plus que je ne doute des collusions avec le monde politique, toujours très servile quand il s’agit d’aider les coopératives au rayonnement régional.

Reste que faire le procès de l’agriculture intensive par le bout de la chaîne, la construction d’une retenue d’eau, ne me semble pas très rationnel. Pour peu d’ailleurs que ladite agriculture soit véritablement intensive. Au demeurant, le maïs peut-il échapper à une relative intensivité de sa culture ? J’en doute.

- Pour quelle raison un projet somme toute banal, d’ampleur même modeste en comparaison d’autres réalisations, en tout état de cause foncièrement local, est-il devenu le point de ralliement de la militance écologique nationale ?

Je n’ai aucune donnée sur ce point non plus. Je suppute un travail de fond sur des années. J’ai vu chez moi la création du lac du Gabas, sur 213 ha, contre les maigres 42 ha projetés dans le Tarn pour le barrage de Sivens. Pourquoi le méga projet béarno-bigourdan est-il passé sans trop d’opposition quand le projet tarnais bloque ?

Il est probable qu’aux fins de mobiliser, la zone humide du Tescou ait eu plus d’importance que la vallée du Gabas qui serpentait dans un paysage de landes à touyas. Mais il est tout aussi probable que nous avons là l’action du hasard dans la cristallisation d’un conflit après Notre-Dame-des-Landes (qui n'a pas grand chose à voir).

En tout état de cause, on ne m’explique pas les raisons qui font que « Sivens » est devenu un emblème dans la mouvance écologiste.

-  C’est quoi une zone humide ?

On m’en parle depuis une semaine maintenant, mais c’est quoi ? C’est pas humide une retenue d’eau ?

Je dis ça en plaisantant, mais à moitié seulement. Car en fait, la nature est plus forte que nous, elle sait réutiliser nos créations. Une retenue d’eau, c’est par exemple une invitation pour les oiseaux à venir y nidifier.

Les documents techniques préexistant à la déclaration d’utilité publique traitent fatalement de cette question, sous la forme d’un bilan coût-avantage. Telle espèce va pâtir que l’on noie une partie de la vallée, telle autre au contraire va se réinstaller. La législation est aujourd'hui suffisamment contraignante.

-  Le tribunal administratif, anyone ?

Les recours ne sont certes pas suspensifs mais une collectivité ne s’engage pas à débuter les travaux si c’est attaqué en justice, du fait du risque de devoir tout remettre en état. Beaucoup d’actes peuvent s’attaquer devant le TA compétent, notamment la DUP. On en est où ? Ils ont attaqué ?

III – Mon avis
 
Bref, une fois de plus, je suis mal informé sur des points pourtant cruciaux du débat. Je ne parviens donc pas à me forger une opinion définitive même si sur certains points, j’ai des idées assez nettes :

-  Contrairement à ce que l’on entend, il n’y a pas eu faillite de la démocratie, puisque le projet a fait l’objet d’un débat politique au sein de la seule institution légitime pour voter le projet en question, le conseil général.

La démocratie locale est une réalité, et ce n’est pas parce que ce qui est voté déplait qu’il faut s’asseoir dessus, quand bien même ainsi qu’exposé précédemment, l’on peut dénoncer certaines collusions.

Il y a dans la mouvance écologiste un substrat internationaliste, jamais loin du jacobinisme français. Je crois en sus que ladite mouvance communique très mal en singeant ce qui s’est fait dans les décennies précédentes, jusque dans les oripeaux les plus ridicules (un nouveau Larzac …).

Je pense que sont beaucoup plus efficaces des mouvements qui naissent de la base, au sein même des agriculteurs, comme on le constate au Pays Basque français où l’opposition à la Chambre d’Agriculture de Pau attise les passions et renforce le mouvement abertzale. Cela exige un travail sur plusieurs décennies, avec des précurseurs notamment, qu’il convient d’identifier pour les soutenir.

On dira : oui, certes, mais l’agriculteur tarnais est aliéné, il ne sait plus où sont ses intérêts. Soit, mais ce n’est certainement pas en le frustrant dans ce qui est un projet dont la finalité est avant tout sa subsistance qu’il pourra le comprendre. Et si cela provenait de gens du cru, ayant dépassé la supposée aliénation qu’on leur diagnostique, le discours passerait éminemment mieux. Car la forme importe largement sur la bonne tenue du débat.

Au fond, on en revient à l’accent, qui est loin d’être anodin : la militance écologique a pris en otage un projet dans un esprit somme toute colonial, avec l’idée d’un ordre public écologique qui passerait outre la volonté locale, cette dernière étant illégitime à leurs yeux. Elle l’est d’ailleurs probablement, au regard de leurs critères, et ceci je le comprends tout à fait.

Reste qu’on ne fait de la politique par des coups d’éclat permanents, qu’elle est aussi affaire de débats d’idées, de tendances lourdes et qu’il est probablement contre-productif de s’aliéner les derniers agriculteurs alors même que par leurs difficultés quotidiennes, ils sont susceptibles sur le moyen terme, à cette génération ou la prochaine, de s’ouvrir à d’autres conceptions, ce qu’ils font déjà d’ailleurs.

-  Au-delà de tout ceci, je ne comprends toujours pas ce qui s’est passé. C’est peut-être là le seul point sur lequel j’ai fermement une opinion : comment est-il possible que la mise en eau d’une petite partie de vallée non habitée dans le Tarn suscite à ce point l’indignation ?

Tous les ans, en France, des millions de m² sont bouffés par l’étalement urbain, l’extension infinie des zones commerciales, phénomène quasi unique en Europe à ce stade. C’est là un phénomène de bitumisation autrement plus grave que la création d’une retenue d’eau dans le Tarn pour irriguer le maïs, qu’il sera toujours possible de rendre à la nature dans 40 ou 50 ans.

Je ne vois pas de militants écologistes faire le siège des zones commerciales qui sortent de terre, des lotissements de maisons jaunes à désormais parfois plus de 50km du centre-ville d’une grande ville. Pire, je constate que certaines personnalités politiques pourtant étiquetées « Verts » inaugurent sans problème des zones commerciales inutiles en proche banlieue bordelaise. Taxe professionnelle …

Le mouvement écologiste, à tout le moins une partie de celui-ci, préfère des mouvements d’éclat au fait de préparer les esprits pour l’avenir. Il est toujours plus facile d’exploiter l’exaltation des jeunes de 20 ans …

mardi 21 octobre 2014

La profession d'avocat et les monopoles

Le projet Macron prévoit la fin de la postulation territoriale. Ce que j'en disais, il y a 3 mois, ailleurs que sur mon blog, du temps d'Arnaud Montebourg.

***

Le ministre de l'économie, Arnaud Montebourg, a livré jeudi 10 juillet sa « feuille de route du redressement économique de la France » destinée à « restituer 6 milliards d'euros » de pouvoir d'achat aux Français. J'ai piqué cette première phrase à l'article du Monde sur la question, je ne sais pas écrire une phrase aussi claire qui résume la situation.

Pour ce faire, le ministre entend toucher aux professions règlementées, donc la profession d'avocat. Dans l'idée, il s'agit de casser des monopoles aux fins de permettre la fixation d'un prix de la prestation moins onéreux dans le but de rendre du pouvoir d'achat aux Français. Je ne formule aucune opposition sur le principe, ni sur le raisonnement.

Le ministre a fait le listing de certaines professions en situation de monopole : huissiers, greffiers des tribunaux de commerce, auto-écoles, ... Il semblerait que pour la première fois (en effet, le ministre a fait plusieurs interventions sur la question), la profession d'avocat soit visée.

La profession d'avocat est-elle un monopole ? Comme nombre de professions, l'accès à ladite profession passe par l'obtention d'un titre via un examen qui sanctionne des aptitudes : est-ce que cela suffit à caractériser un monopole ?


Le monopole de la défense devant les juridictions

Il est certain que la profession d'avocat est en monopole en ce qui concerne la défense des justiciables devant les juridictions. Un monopole au demeurant pour le moins entamé : le recours à un avocat n'est obligatoire véritablement que devant le tribunal de grande instance et la cour d'appel, et autres exceptions dont il ne convient pas de détailler les modalités.

Est-il légitime de briser ce dernier reste effectif de monopole ? Il faut quand même bien avouer que pour le coup, les matières traitées devant les tribunaux de grande instance et les cours d'appel sont souvent assez techniques et exigent que le contentieux soit proprement tenu, ce qui légitime l'existence d'une profession qui se consacre à cette tâche.

Ce serait pour le service public de la justice une assez grosse perte de temps si ces contentieux devaient échapper à une profession spécialisée en la matière, il est certain que les magistrats ne disposent pas du temps nécessaire pour, en plus de leur charge de travail classique, s'adonner à un travail de remise en forme de conclusions formulées par les justiciables sans une aide extérieure.

Reste la question des honoraires dans ce cas précis. Ils sont libres (sauf dans le cadre des contentieux à l'aide juridictionnelle). Il faut savoir que nombre de justiciables ont recours à leur protection juridique qui s'acquitte alors des frais de justice auprès des avocats selon des barèmes fixés par les assurances elles-mêmes. Cela se répercute évidemment sur les cotisations exigées par les assurances : si le gouvernement devait estimer qu'il y a là abus, alors il se devrait de toucher au problème, qui dépasse largement celui des professions règlementées.

Du reste, la profession d'avocat est largement ouverte : l'examen d'entrée dans la profession est d'un niveau relativement faible, sans numerus clausus véritable, la concurrence entre avocats est féroce, les ententes somme toute assez rares et libre à un justiciable-consommateur d'avoir recours à un jeune avocat qui "cassera" les prix, dans le respect d'une certaine déontologie de marché.

En somme, il est douteux que la fin du monopole des avocats sur ce qu'il reste de représentation obligatoire en justice puisse améliorer le pouvoir d'achat des Français.


Le monopole du conseil juridique

Cela est différent en matière de conseil juridique. De toute évidence, les avocats sont très à cheval sur le monopole qui est le leur en matière de conseil. C'est en effet là tout un pan de l'économie du droit qui échappe à l'émergence de concurrents qui ne disposent pas du titre pour s'implanter sur le marché. C'est notamment le cas de boîtes spécialisées dans le conseil juridique en ligne, qui sont constamment attaquées en justice par la profession des avocats.

Pour ma part, le monopole sur la délivrance de conseils juridiques ne me semble justifié par aucun élément tangible, et certainement pas ce qu'on pourrait alléguer être la qualité juridique des analyses d'avocat. La sélection à l'entrée, l'absolue médiocrité de la formation dans les écoles d'avocats, ne justifient en aucune façon que les personnes titrées puissent bénéficier d'un monopole en matière de conseil juridique.

Pour justifier du maintien de pareil monopole, la profession d'avocat devrait clairement se remettre en cause quant à son recrutement et la formation qu'elle dispense elle-même. Je pense qu'une refonte à peu près totale des écoles d'avocats est nécessaire, qui pourrait passer par la mise en place d'une école nationale des avocats, unique, qui échapperait dans un premier temps aux ordres des avocats.


Des monopoles d'organisation interne

J'identifie au sein de la profession d'avocat néanmoins, deux monopoles qui n'ont plus lieu d'être, et qui impactent le prix de la prestation.

Le premier est celui de la postulation. Un justiciable qui, pour des raisons de compétence géographique dans le cadre d'un contentieux au TGI ou à la CA, entend introduire une action en justice ailleurs que là où il habite, est contraint d'avoir recours, en plus de son avocat habituel, à un avocat appartenant au barreau du ressort de la juridiction saisie.

Dans la pratique, le client, en plus de s'acquitter des honoraires de son avocat qui prépare les conclusions, devra payer un avocat sur place qui s'assurera du suivi de la procédure. Cette règle, qui n'existe pas devant les juridictions administratives, n'a plus aucune justification à l'heure des communications électroniques et du RPVA.

Même si c'est une rente pour certains avocats, la postulation se doit d'être supprimée et la dématérialisation des procédures généralisée. Seule l'audience de plaidoirie a encore sa raison d'être aujourd'hui. Les avocats qui par confort, préfèreront tout de même avoir recours à un correspondant, devront en aviser leur client et les informer de l'impact sur le prix de la procédure.

Le second monopole est le plus intolérable, c'est celui des avocats au Conseil. Pour introduire un contentieux devant les juridictions de cassation (Cour de cassation et Conseil d'État), il est nécessaire pour le justiciable d'avoir recours à une catégorie spécifique d'avocats, dits au Conseil, basés à Paris et seuls habilités à produire des conclusions devant les juridictions précitées.

Ces avocats pratiquent des honoraires excessifs, plus notamment au regard de la qualité de leur prestation juridique souvent moyenne, se contentant dans de larges parts de modifier marginalement les conclusions d'appel de l'avocat ordinaire, pour les adapter au raisonnement de cassation, ledit raisonnement n'étant pas à ce point spécifique qu'il interdirait les avocats de province de le pratiquer.

Dans la pratique, le recours en cassation, droit ouvert à tous, est devenu exceptionnel tant son prix est rédhibitoire. Il m'est d'avis que les avocats gagneraient à réclamer la fin du monopole des avocats au Conseil.


Conclusion

Je ne crois pas que la profession d'avocat ait à craindre un débat avec le ministre de l'économie : les petits monopoles dont elle dispose, à tout le moins en matière judiciaire, ne seront pas menacés, et mieux, il est certains rites d'organisation de la profession qui méritent d'être remis à plat, compte-tenu de la réalité technique du monde d'aujourd'hui. Si de surcroit, cela doit s'accompagner d'une baisse du coût des prestations juridiques pour les clients, tout le monde sera gagnant.

mercredi 23 juillet 2014

La contre-allée Bernard-Hinault ne sera pas : ouf !

Une excellente initiative dont je doute qu'elle soit prise pour de bonnes raisons mais qui peut permettre une réflexion sur les dénominations des espaces publics.

Pau : Bernard Hinault n'aura pas d'allée à son nom


- Bernard Hinault n'a aucun lien avec la ville de Pau. Certains arguent de la mythologie autour du Tour de France, c'est réduire la capitale du Béarn à bien peu de choses ...

Avec tout le respect que l'on doit à la mythologie populaire depuis Roland Barthes, et malgré toute la passion que j'ai pour les courses cyclistes, ancrer dans l'espace public une référence à ce qui n'est qu'un événement médiatique annuel fait la preuve d'une dispersion quant à ce qu'est la culture et une confusion des genres. Nous sommes dans le même esprit que les écoles Pierre-Perret ou René-Goscinny (que j'adore tous les deux).


- Il est avancé que Bernard Hinault serait toujours vivant et non éligible à voir une rue, en l'espèce une contre-allée, baptisée de son nom. Cela est de peu d'importance.

Ce qu'il faut remettre en question, c'est bien entendu la manie française de prendre en otage le monde que nous vivons, notre espace géographique, par l'hommage obsessionnel aux Grands Hommes. C'est une mode née sous la Révolution, qui prit des proportions ahurissantes avec les noms révolutionnaires de nombreuses communes. Mont-Marat, Jean-Jacques-Rousseau, Commune-Franklin, ...

La volonté a toujours toujours été la même : effacer l'ancien substrat, annihiler les restes de l'ancien monde. Si les communes ont retrouvé leur nom bien souvent (et si nous avons récupéré le calendrier grégorien), les dégâts ont été terribles depuis 230 ans : nos villes sont composées essentiellement d'avenues Foch, de boulevards Thiers, de cours Victor-Hugo, de rues de la République, de places Charles-de-Gaulle.

Partout, la même uniformité française, du moindre village à la plus grande métropole. Une mort dans l'actualité qui provoque quelque émotion ? On s'empresse de débaptiser une place ou une venelle. Notre espace public est devenu le lieu des luttes idéologiques, de la mémoire officielle, de la bien-pensance.


- Il faut retrouver les anciennes appellations, un peu partout. Cela sera l'occasion pour les habitants des villes et ailleurs de renouer avec leurs rues, de s'approprier la géographie de leur cité. Appellations qui reflètent un ancien monde (les fameuses "places du Marché"), rappellent les anciennes langues parlées avant le français, sont tout simplement intuitives et descriptives (pour aller à Tarbes, c'est la "route de Tarbes").

Ainsi, dans le cas palois, ce n'est pas seulement la contre-allée Bernard-Hinault (l'écrire suffit à provoquer l'hilarité) qui se doit de ne jamais être, c'est la place de Verdun qu'elle devait toucher qui doit retrouver son véritable nom : elle est la "Haute Plante" des Béarnais et le sera toujours.

dimanche 20 juillet 2014

Toute ressemblance ...

Flamen item /du(u)mvir qu(a)estor/ pagiq(ue) magister/Verus ad August/um legato mu/nere functus/ pro novem opt/inuit populis se/ iungere Gallos/ Urbe redux ge/nio pagi hanc/ dedicat aram.

« Flamine, duumvir, questeur et magister du canton, Verus ayant accompli la mission qui lui avait été confiée auprès de l'empereur, obtint pour les Neufs peuples qu'ils se séparent des Gaulois ; à son retour de Rome il dédie cet autel au génie du canton ».




Il s'agit de la traduction d'une inscription romaine trouvée à Hasparren, dans le Labourd, parmi les plus célèbres et les plus commentés textes latins de l'épigraphie antique en France.

Le sens en est clair : compris dans une immense province nommée Aquitaine par l'administration romaine, province qui allait des Pyrénées jusqu'à la Loire et s'étendant sur ce qui est aujourd'hui l'Auvergne, le Limousin, le Poitou, ... (et qui deviendra le duché français de Guienne au Moyen-Âge autour de Poitiers), les "vrais" Aquitains au sens ethnique (les bascophones) obtinrent de Rome, 2 siècles après, de se trouver à nouveau séparés des "Gaulois" (les celtophones) sous la forme d'une province dite des 9 peuples : la Novempopulanie.

La Novempopulanie deviendra, à peu de choses près (fluctuations en les marges, vers Burdigala et Tolosa, déjà cosmopolites et terres d'interface avec les voisins), la Gascogne (Vasconia).

Toute ressemblance avec des faits d'actualité ne serait que pure et fortuite coïncidence.

dimanche 6 juillet 2014

Le celte "equa randa" et ses dérivés en Gironde

Le toponyme "equa randa", toponyme mixte latino-celte "juste limite" (source : Xavier Delamarre), semble avoir été utilisé tardivement sous l'Empire Romain aux fins de délimiter les territoires.

Il est l'un des toponymes les plus fréquents de France, sous des formes très diverses : Aigurande (Indre), La Délivrande (Calvados), Eygurande (Corrèze), ...


Comme souvent, historiens et linguistes s'ignorent de telle sorte que cette donnée leur échappe. Pourtant, elle est primordiale pour affiner la délimitation des anciennes cités gallo-romaines qui deviendront par la suite les évêchés, avec bien évidemment des ajustements marginaux.

Le département moderne de la Gironde est très intéressant par l'abondance des dérivés sur "equa randa". Je crois être le premier à avoir entrepris une recherche systématique de ces toponymes dans le département, qui dessinent les anciennes divisions entre Buch, Bordelais et Bazadais qu'il importe d'avoir en tête.

La difficulté tenait de ce que le toponyme "equa randa" a pris des formes totalement aberrantes, pour la plupart difficilement explicables par les caractéristiques des parlers romans locaux, ce qui signifie que le toponyme avait été déformé dans les bouches de l'administration latine, subrepticement celtophone.


I - Quelques types tirés de "equo randa"


1. Type "Guirande"

C'est le type le plus attendu en phonétique romane méridionale, avec mécoupure : Eyguirande* > La Guirande.

On le trouve en Pays Gabay, pays de langue saintongeaise mais anciennement d'oc : La Guirande à Mirambeau en Saintonge, Guirande à Marcillac en Vitrezais, La Guirande à Lagorce dans la Double.

A chaque fois, ces toponymes sont à quelques encablures d'une ancienne frontière : les deux premiers matérialisent l'ancienne frontière entre Bituriges et Santons, puis entre Bordelais et Saintonge, autour de Pleine Selve (l'ancienne Plana Sylva, autrement dit la forêt à perte de vue). La Guirande à Lagorce est encore aujourd'hui à la frontière entre Charente-Maritime et Gironde.

On trouve en Périgord le village d'Eygurande qui a conservé la forme pleine.


2. Type "Gironde"

C'est évidemment le plus intéressant : il est tout à fait curieux que les toponymistes aient eu tant de mal à identifier ce vocable !

Il est une variante du type précédent avec l'alternance à l'initiale gui/gi, hésitation que l'on retrouve par exemple dans le prénom médiéval Girons, qui est aussi Guirons. C'est là un trait de phonétisme roman qu'il conviendrait d'étudier plus amplement.

En tout état de cause, il est évident que Girande au Temple matérialise l'ancienne frontière entre le Bordelais proprement dit et la cité des Boiates autour du Bassin d'Arcachon, qui deviendra le pays de Buch.

Par mutation vocalique étrange, mais constante partout en France, Girande est devenu ... Gironde. Voici donc l'étymologie du nom de l'estuaire : c'est une déformation poussée, assez hétérodoxe mais indéniable du celte equa randa, qui matérialise tout simplement une frontière, ce que l'estuaire est, entre Bordelais et Saintonge.

L'existence du village de Gironde, sur la Garonne, entre Saint-Macaire et La Réole confirme cette analyse : en effet, le village de Gironde se situe à la frontière entre Bordelais et Bazadais, autrement dit entre Bituriges et Vasates de l'époque romaine (il faut bien se figurer que le Bazadais s'étendait entre la Garonne et la Dordogne, j'ai tenté dans ma carte de le montrer en légende, en bas à gauche).


3. Type "Hirande"

C'est une forme que l'on retrouve en France, très déformée. Elle a souvent été mal comprise et suffixée en ... Hirondelle. On peut supposer un fait d'articulation phonétique celte pour une telle mutation, improbable en français.

On trouve des lieux-dits "L'Hirondelle", comme par hasard, en des lieux de frontière là encore : en Blayais, sur la Dordogne en Périgord et en Agenais, à la frontière avec l'ancien Bazadais.


II - Premières conclusions


La carte que dessinent ces toponymes tirés de "equa randa" est cohérente avec ce que l'on sait de l'ancienne administration diocésaine, héritière probable des cités romaines.

La frontière entre Buch et Bordelais est assez nette via les toponymes Girande et Girondes, auxquels il faut ajouter le très connu Croix d'Hins (du gascon hins "limite", du latin finis).

Il en va de même en Entre-deux-Mers entre Bordelais et Bazadais : au Sud, le village de Gironde sur la Garonne, au Nord, la rivière de l'Engranne, qui était justement la frontière ancienne entre les deux entités.

Le Bazadais est lui-même délimité par une série de toponymes sur la rive périgourdine de la Dordogne (c'est la frontière avec les Pétrocores, qui donneront l'ancien évêché de Périgueux, ultérieurement scindé en deux avec l'émergence de l'évêché de Sarlat).

Enfin, en Nord Gironde contemporain, la batterie de toponymes de frontières est assez serrée et délimite une frontière entre Bordelais, Saintonge et Périgord, dans ce qui était et est encore par endroits, une grande forêt qui ne sera défrichée que tardivement (d'où l'abondance d'hagiotoponymes qui marquent le caractère médiéval), et ce qui explique d'ailleurs probablement l'afflux de populations saintongeaises dans ce no man's land de frontière (d'où l'émergence du Pays Gabay).

En tout état de cause, cette étude, très rapide, n'est qu'une première ébauche d'une recherche plus minutieuse à mener. On peut s'étonner par exemple de l'absence de toponymes de ce type pour marquer la frontière entre Bazadais et Bordelais, dans la lande et la vallée du Ciron.

Cette étude se doit d'être poussée à l'ensemble des départements du Sud-Ouest (elle l'a déjà été ailleurs en France, en pointe sur les études celtiques) : l'abondance des toponymes Guirande, Gironde, Hironde, ... est un indice sur l'importance de ces lieux-dits à une époque ancienne.

mercredi 18 juin 2014

La carte de la pauvreté dans le Sud-Ouest : la prise en compte de la rurbanité ?

La carte de la pauvreté, officialisée par le Gouvernement, basée sur des critères économiques objectifs, vient d'être publiée. Le constat est évident : sont désormais prises en compte tout un tas de petites villes et moyennes en complète déliquescence depuis des années, villes profondément acculturées, où le pire de la mondialisation côtoie souvent les restes aliénés des cultures autochtones populaires. C'est la France où se développe le vote FN depuis deux décennies.


Contrairement à ce qu'affirment des sociologues, pour critiquer cette nouvelle carte, il est assez faux de dire qu'elle serait un signe donné aux "petits blancs" des campagnes. Ce n'est pas que ça. L'affirmer, c'est faire montre d'une vraie méconnaissance de la réalité démographique de nombreuses villes petites et moyennes, dont les thématiques rejoignent souvent celles des villes périurbaines des plus grandes agglomérations.

Le Lot-et-Garonne est un symbole avec l'inclusion de 4 villes qui complètent Agen : Marmande, Sainte-Livrade, Tonneins, Villeneuve-sur-Lot. Tout se cumule en Lot-et-Garonne : une économie en perte de vitesse (fermeture de la manufacture des tabacs de Tonneins, dépendance à la PAC de l'agriculture locale, ...), l'autoritarisme de l'État qui a fixé arbitrairement des populations (depuis les Italiens des années 30 jusqu'aux populations nord-africaines dans la seconde partie du XXème siècle), la vocation de lieu de passage entre métropoles (effet A62, pavillonarisation extrême), ...

Cependant, le Lot-et-Garonne, parce qu'il a été le jouet de l'État qui y a testé une politique d'aménagement depuis 100 ans sans cohérence, est un peu particulier : les villes où ce phénomène de paupérisation s'installe de manière naturelle sont plus intéressantes, comme c'est le cas de Saint-Gaudens ou Pamiers. Les causes sont les mêmes, mais il est impossible de blâmer l'État véritablement : les dynamiques démographiques sont le seul produit du marché immobilier. Les classes moyennes paupérisées de l'agglomération toulousaine ont migré dans de lointaines villes-satellites reliées à la métropole par l'autoroute, où elles retrouvent une population locale qui a souvent perdu son activité industrielle traditionnelle.

La prise en compte de la réalité économique de ces villes, loin des clichés sur les pays de cocagne, est une bonne chose, mais elle ne semble pas apporter de nos élites les solutions nécessaires. En effet, la carte de la pauvreté, outre l'aspect "subvention par tête de pipe", n'ouvre au fond qu'à des programmes de réhabilitation urbaine, or le problème de ces nouvelles villes pauvres, c'est moins le délabrement du bâti que l'absence de concertation en matière d'aménagement du territoire avec les métropoles.

On en vient - toujours - à la question de la réforme territoriale : en favorisant la construction de régions centrées autour de métropoles, qui auront pour but premier de finaliser la liaison entre ces dernières, nos élites vont accélérer le caractère d'hinterland de ces villes petites et moyennes, et conforter leur vocation de déversoir de tout ce que les métropoles boboïsées ne désirent plus, par les seules règles du marché. Au RSA, on vit mieux à Pamiers qu'à Toulouse.

Notre pays fonctionne tout entier pour le bien-être de ses seules grandes villes, dans l'espoir naïf qu'elles sont les uniques vectrices de la croissance économique. D'une certaine manière, le schéma français se généralise : une grande métropole accumule les richesses qu'elle daigne redistribuer sous la forme d'assistanat à ses périphéries moins dynamiques dont elle absorbe les forces vives. Ce fut longtemps Paris et la province. Ce sont désormais nos métropoles et leur région. Il est temps de briser ce modèle.

mardi 3 juin 2014

Une farce gigantesque

Une farce gigantesque.



I - En France :



A) Quelques constats :

- Pays-de-la-Loire, région-bâtarde, sans aucune voie naturelle, reste intacte pour ne pas froisser Auxiette. Une décision d'appareil, le président agit encore en premier secrétaire du PS. Poitiers perd une nouvelle fois l'occasion de retrouver sa façade maritime vendéenne et reste une ville brimée, à laquelle on refuse un développement de métropole d'appoint entre Nantes et Bordeaux.

- Parallèlement, on maintient la Bretagne moignon à 4 départements, alors même que Troadec des "Bonnets Rouges" s'avère être la première force bretonne dans l'intérieur, et ne va cesser de monter dans les années à venir. Sous-estimation totale de la force du mouvement breton et de l'importante de la revendication B5. Clash en vue.

- Nord-Pas-de-Calais, maintenu, malgré les synergies avec la Picardie, dont il aurait seulement suffi de détacher l'Oise qui est francilienne. On se demande si les gens qui pondent ces cartes ont visité ce pays, le connaissent autrement que par les autoroutes et les aéroports.

- L'Auvergne accolée à Rhône-Alpes, alors qu'il n'y a aucune voie naturelle entre les deux ensembles, qu'il n'y a même pas une autoroute encore entre Lyon et Clermont, Quant au pauvre Limousin, il est l'incarnation du peu d'affect de son ancien représentant à son endroit, qui bascule dans la journée en Aquitaine, puis maintenant une immense région Centre complètement baroque. Un no man's land, une sorte de Castille-la-Manche française.

- La fusion Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon n'a aucun sens si l'Aquitaine reste seule à 5 départements. C'est un déséquilibre hallucinant dans le Sud-Ouest.





B) Quelques conséquences politiques

Bien évidemment, le président va ménager des portes de sortie, en parlant de départements qui éventuellement pourront changer de région. Mais on imagine mal Nantes, par exemple, qui a conservé au forceps ses Pays-de-la-Loire (ou plutôt le PS ligérien), rejoindre la Bretagne. On imagine mal tout court un département prenant pareille initiative, ne serait-ce que parce que juridiquement, on ne sait pas faire. Référendum local ?

En tout état de cause, la précipitation de François Hollande se paiera cher, il a escamoté un débat nécessaire sur l'organisation territoriale (agglomérations, pays, intercommunalités, qui fait quoi ?) qui méritait des années, dans le seul but d'arriver en 2017 devant les Français avec une réforme. Il a opéré des arbitrages sur un coin de table après un déjeuner, au détriment de tout ce en quoi son parti croyait (la décentralisation a fait des collectivités des personnes en droit), dans le seul but de faire état de volontarisme après 2 années d'immobilisme.

Électeur en 2012 de François Hollande, je pense que cet homme s'est lourdement décrédibilisé pour la fonction qu'il exerce, il est inconcevable que dans un grand pays occidental, une question aussi primordiale que l'aménagement du territoire se règle de la sorte, avec si peu de cohérence dans le discours, avec si peu de concertation, sans même des études prospectives sur les économies réalisées. Là, je crois qu'on arrive au bout du système Hollande, il ne peut plus gouverner.


II - Plus précisément, dans le Sud-Ouest :

Bordeaux et Toulouse sont clairement les ennemies d'un projet naturel et cohérent (fusion d'Aquitaine et Midi-Pyrénées plus quelques ajustements).
 
La solution, c'est métropoliser ces deux entités : accepter qu'elles ont développé leur propre univers, qu'elles rayonnent au-delà de leurs anciennes limites traditionnelles. Bref, en faire des villes-État, comme en Allemagne, avec lesquelles les entités aux alentours négocieraient des accords, notamment en termes d'infrastructures. C'est le cas de Bruxelles en Belgique en somme.

Les ambitions désuètes et ridicules de Bordeaux et Toulouse seraient pleinement satisfaites en leur conférant une indépendance, via une collectivité sui generis. Les autres villes d'Aquitaine et Midi-Pyrénées pourraient enfin renouer des contacts autour de la vallée de la Garonne.

Il faut ajouter que la métropolisation sur des frontières d'agglo permettraient d'éviter l'effroyable étalement urbain à l’œuvre à Bordeaux et Toulouse, qui s'étendent démesurément dans leur campagne environnante à plus de 50km parfois, ce qui rend la gestion des transports impossible, toute réflexion sur l'aménagement urbain difficile, et est à la source d'une sociologie politique naissante (le FN, c'est aussi la civilisation périurbaine qui dépense ses revenus en essence et a rêvé de l'accession à la propriété en lotissement loin des centre-villes). Cela passe par une redensification des villes en question.

Bref, le problème, ce sont bien nos métropoles. En faisant de même pour Nantes, on règlerait de la sorte de la problème breton.

lundi 26 mai 2014

Analyse des résultats des européennes dans les Pyrénées-Atlantiques et le Sud-Ouest

Le scrutin européen est l’un des plus intéressants, potentiellement, car à 1 tour et proportionnel, même si la forte abstention et le caractère de défouloir de l’élection truquent quelque peu la visibilité des résultats.

Il n’en reste pas moins que le département des Pyrénées-Atlantiques est atypique dans son vote et qu’il est possible de faire parler ce scrutin.


Bleu : UMP
Bleu clair : MoDem/UDI
Rose : PS
Bleu foncé : FN
Vert : EELV


a) Un département plutôt conforme à la tendance nationale

Atypique, mais tout de même conforme dans les grandes lignes à la tendance nationale : le FN est ainsi en Béarn le premier parti, même s’il convient d’expliquer les raisons ci-après. Conformément à la vague Bleue Marine française, les Pyrénées-Atlantiques placent régulièrement le FN à de très hauts scores, les listes de ce parti sont donc bien l’objet d’un message de la part de l’électorat.

Les foyers FN sont avant toute chose notables en Béarn, plus notamment dans l’arrondissement de Pau. Ils se concentrent autour de la plaine de Nay, de la route de Gan, d’Arthez et en Vic-Bilh.

Il est très malaisé, tant ces zones sont différentes, de trouver les raisons communes à ce vote, ce qui peut être dit néanmoins, c’est que l’électorat de ces villages est profondément imprégné par les thématiques nationales françaises, et qu’il vote désormais en conformité avec le reste de la France.

Le vote au Nord de Pau et autour d’Arthez, auquel il convient d’ajouter le foyer de Gan, s’explique, à mon sens, plus facilement par la civilisation pavillonnaire : les lieux sont depuis 20 ans le foyer d’un univers périurbain où se rassemblent les classes moyennes françaises qui ont fui les grandes métropoles. La débéarnisation y est à peu près totale, il ne reste rien de l’ancien monde paysan démocrate-chrétien, la « Bayrouie ».

Le cas du Vic-Bilh me semble plus distinct, même si le phénomène pavillonnaire y est puissant, du fait de la proximité de Pau, et que le renouvellement des populations s’y est également opéré. Reste que le Vic-Bilh est aussi un pays d’exploitations agricoles qui périclitent, pour lesquelles la PAC peut s’avérer aliénante. Le vote de contestation est sans conteste le FN, en l’absence de formation locale qui capterait ce mécontentement.

En Pays Basque, le FN perce notablement en Bas-Adour : c’est le même phénomène qu’en grande banlieue périurbaine paloise, sauf qu’ici c’est Bayonne. Le FN est très fort autour de Mouguerre et Urcuit, c’est là encore la banlieue résidentielle bayonnaise des gens qui ont fui les grandes villes françaises pour se barricader à la campagne, c’est le pays des trajets en bagnole quotidiens, des courses dans les malls commerciaux, le pays des haies et des lotissements, du « vivons cachés ». La sociologie politique introduite dans ces zones débasquisées est très étrangère à la tradition politique basque.

On pourrait affiner ces résultats : le FN fait de bons résultats en Basse-Soule au Nord de Mauléon, ainsi qu’en zone frontalière, à Hendaye ou Biriatou. Chaque fois, le signe d’une acculturation identitaire.

b) Un département de plus en plus bicéphale

Le fait le plus marquant est le décrochage des électorats basque et béarnais. Cela a toujours été le cas plus ou moins, le Béarn étant partagé entre la démocratie chrétienne et le socialisme, tandis que le Pays Basque, dans les grandes lignes, était conservateur, RPR de l’ancienne mode.

Le développement de foyers FN en Béarn est conforme à la tendance lourde de la contrée : celle d’une francisation des réflexes politiques, au sens où le Béarn, qui a longtemps possédé une sociologie politique propre, se cale de plus en plus sur les solutions nationales.

En Béarn, la démocratie chrétienne MoDem de la paysannerie traditionnelle survit dans les environs de Morlaàs, dans l’Entre-deux-Gaves, en Barétous. Le radicalisme socialisant, lui, reste fort dans les vallées, en Aspe et Ossau. C’est l’incarnation de microcosmes politiques qui n’ont pas été altérés par les modifications contemporaines et la « nationalisation » du corps électoral béarnais. Ce sont des zones qui, comme par hasard, pratiquent encore subrepticement le béarnais et ont conservé un fort sentiment d’appartenance locale, le FN étant alors dans ce cadre un parti foncièrement étranger.

Le constat est encore plus net chez les Basques : le vote « Vert » est important en Basse-Navarre et en Haute-Soule. Il est la traduction de l’importance de l’abertzalisme dans ces régions rurales, qui proposent un modèle alternatif de développement, face à la chambre de commerce de Pau, face à l’UE même, telle qu’elle se construit. Là où le paysan béarnais aliéné du Montanérès va voter FN, comme le reste des Français, l’agriculteur basque votera Bové, car il bénéficie depuis de longues années d’un mouvement ancré localement qui a opéré l’addition du sentiment basque et de la volonté des changements économiques et sociaux.

En somme, les résultats marquent le succès naissant de la stratégie basque depuis des décennies : parler d’économie, parler aux jeunes. C’est une vraie révolution locale qui voit les descendants des électeurs RPR passer à une alter-gauche européenne qui porte un projet local original. Et l’analyse des résultats commune par commune montre de notables percées autour de Saint-Palais, au royaume de Lur Berri. Le Labourd semble plus récalcitrant, encore que le Labourd intérieur place souvent Bové en 2ème ou 3ème place.

Le département des Pyrénées-Atlantiques est donc moribond : il ne se trouvera plus dans les années qui viennent une sociologie commune aux entités basque et béarnaise. Le Pays Basque français se plonge dans une expérience nouvelle, similaire à celle qu’a connue le Pays Basque espagnol, c’est un vrai laboratoire politique. Le Béarn, acculturé, achève sa mutation vers une francisation à peu près totale sur tous les plans, dont celui de la sociologie politique. Il n’est peut-être pas trop tard encore que j’en doute fortement.

c) Ailleurs dans le Sud-Ouest




La vallée de la Garonne, conformément à mon analyse de 2012, confirme largement son ancrage national et l’évaporation de toute sociologie politique locale. En Gironde, il faut s’enfoncer loin en Bazadais pour retrouver un vote de centre-gauche traditionnel.

Des villes moyennes en perte de vitesse montrent une vraie implantation du FN, souvent 2ème , voire 1er, devant la gauche : Tarbes, Lourdes, Saint-Gaudens, Pamiers, Carcassonne, Montauban, Agen, Albi, …

A rebours, les grandes villes poursuivent leur boboïsation : Bordeaux place l’UMP en tête, puis le PS et les Verts. Même tiercé à Toulouse. Il semble que Pau, malgré sa modestie démographique, est sur un même schéma avec le MoDem en tête.

On constate, tout comme au Pays Basque, dans des régions où la culture vernaculaire s’est mieux maintenue et où les structures économiques traditionnelles survivent, un vote classique UMP, avec des foyers verts naissants : Aveyron ou Cantal. Les Pyrénées-Orientales, elles, sont très divisées, entre une côte complètement FNisée et un intérieur où des foyers verts puissants émergent, qui marquent l’appartenance identitaire catalane.

Dans tous les cas, la clé d’interprétation que je propose, entre régions acculturées et régions à forte identité, me semble à chaque fois la bonne : là où l’identité locale a été éradiquée, le FN perce. Partout où le sentiment de la différence a pu subsister, une offre concurrente au FN engrange des points, souvent sur un modèle plus européen, qui somme toute est plus rationnel quand il s’agit d’obtenir des choses à Bruxelles.

L’impasse française du FN, car tel est mon avis, est avant tout le fruit de notre acculturation jacobine et de notre triste indifférenciation, de Dunkerque au Boulou.