mardi 3 juin 2014

Une farce gigantesque

Une farce gigantesque.



I - En France :



A) Quelques constats :

- Pays-de-la-Loire, région-bâtarde, sans aucune voie naturelle, reste intacte pour ne pas froisser Auxiette. Une décision d'appareil, le président agit encore en premier secrétaire du PS. Poitiers perd une nouvelle fois l'occasion de retrouver sa façade maritime vendéenne et reste une ville brimée, à laquelle on refuse un développement de métropole d'appoint entre Nantes et Bordeaux.

- Parallèlement, on maintient la Bretagne moignon à 4 départements, alors même que Troadec des "Bonnets Rouges" s'avère être la première force bretonne dans l'intérieur, et ne va cesser de monter dans les années à venir. Sous-estimation totale de la force du mouvement breton et de l'importante de la revendication B5. Clash en vue.

- Nord-Pas-de-Calais, maintenu, malgré les synergies avec la Picardie, dont il aurait seulement suffi de détacher l'Oise qui est francilienne. On se demande si les gens qui pondent ces cartes ont visité ce pays, le connaissent autrement que par les autoroutes et les aéroports.

- L'Auvergne accolée à Rhône-Alpes, alors qu'il n'y a aucune voie naturelle entre les deux ensembles, qu'il n'y a même pas une autoroute encore entre Lyon et Clermont, Quant au pauvre Limousin, il est l'incarnation du peu d'affect de son ancien représentant à son endroit, qui bascule dans la journée en Aquitaine, puis maintenant une immense région Centre complètement baroque. Un no man's land, une sorte de Castille-la-Manche française.

- La fusion Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon n'a aucun sens si l'Aquitaine reste seule à 5 départements. C'est un déséquilibre hallucinant dans le Sud-Ouest.





B) Quelques conséquences politiques

Bien évidemment, le président va ménager des portes de sortie, en parlant de départements qui éventuellement pourront changer de région. Mais on imagine mal Nantes, par exemple, qui a conservé au forceps ses Pays-de-la-Loire (ou plutôt le PS ligérien), rejoindre la Bretagne. On imagine mal tout court un département prenant pareille initiative, ne serait-ce que parce que juridiquement, on ne sait pas faire. Référendum local ?

En tout état de cause, la précipitation de François Hollande se paiera cher, il a escamoté un débat nécessaire sur l'organisation territoriale (agglomérations, pays, intercommunalités, qui fait quoi ?) qui méritait des années, dans le seul but d'arriver en 2017 devant les Français avec une réforme. Il a opéré des arbitrages sur un coin de table après un déjeuner, au détriment de tout ce en quoi son parti croyait (la décentralisation a fait des collectivités des personnes en droit), dans le seul but de faire état de volontarisme après 2 années d'immobilisme.

Électeur en 2012 de François Hollande, je pense que cet homme s'est lourdement décrédibilisé pour la fonction qu'il exerce, il est inconcevable que dans un grand pays occidental, une question aussi primordiale que l'aménagement du territoire se règle de la sorte, avec si peu de cohérence dans le discours, avec si peu de concertation, sans même des études prospectives sur les économies réalisées. Là, je crois qu'on arrive au bout du système Hollande, il ne peut plus gouverner.


II - Plus précisément, dans le Sud-Ouest :

Bordeaux et Toulouse sont clairement les ennemies d'un projet naturel et cohérent (fusion d'Aquitaine et Midi-Pyrénées plus quelques ajustements).
 
La solution, c'est métropoliser ces deux entités : accepter qu'elles ont développé leur propre univers, qu'elles rayonnent au-delà de leurs anciennes limites traditionnelles. Bref, en faire des villes-État, comme en Allemagne, avec lesquelles les entités aux alentours négocieraient des accords, notamment en termes d'infrastructures. C'est le cas de Bruxelles en Belgique en somme.

Les ambitions désuètes et ridicules de Bordeaux et Toulouse seraient pleinement satisfaites en leur conférant une indépendance, via une collectivité sui generis. Les autres villes d'Aquitaine et Midi-Pyrénées pourraient enfin renouer des contacts autour de la vallée de la Garonne.

Il faut ajouter que la métropolisation sur des frontières d'agglo permettraient d'éviter l'effroyable étalement urbain à l’œuvre à Bordeaux et Toulouse, qui s'étendent démesurément dans leur campagne environnante à plus de 50km parfois, ce qui rend la gestion des transports impossible, toute réflexion sur l'aménagement urbain difficile, et est à la source d'une sociologie politique naissante (le FN, c'est aussi la civilisation périurbaine qui dépense ses revenus en essence et a rêvé de l'accession à la propriété en lotissement loin des centre-villes). Cela passe par une redensification des villes en question.

Bref, le problème, ce sont bien nos métropoles. En faisant de même pour Nantes, on règlerait de la sorte de la problème breton.

4 commentaires:

  1. J'adhère mot pour mot à la totalité de l'article. C'est hallucinant, Heraus !-)

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  2. Bonsoir,

    Je souhaiterais d'abord vous féliciter, M.Vincent Poudampa, pour vos analyses, enfin une approche rationnelle du fait régional ! Ensuite, il va de soi que la réforme proposée est absurde : quel français peut décemment confondre l'Orléanais et le Limousin ?

    Cependant, j'aimerais faire part de mes désaccord vous sur ma région : la Bretagne. Vous semblez considérer le rattachement de la Loire-Atlantique comme logique. Il m’apparaît au contraire comme peu justifié humainement, économiquement et politiquement.

    Je ne vous apprends rien en rappelant que la Bretagne est de langue romane à l'est d'une ligne qui va de Plouha à Vannes. Il est vrai qu'au Moyen-Âge cette frontière linguistique passait plus à l'est, jusqu'à quelques dizaines de kilomètres de Rennes et de Nantes. Je comprends que cette Bretagne romanisée puisse faire écho à votre vasconisme : mais ce pays n'est pas la Gascogne. Les traces de bretonnité en Haute-Bretagne sont bien plus ténues que les traits basques en Gascogne : le gallo ne contient que peu de vocabulaire breton et sa phonétique ne révèle aucune influence de la langue voisine ; la démographie révèle, de même, que le système familial original est propre à la Basse-Bretagne... On a deux univers anthropologiques différents : il n'est besoin, pour le constater, qu'à interroger le sentiment des finistériens à qui Nantes apparaît comme une ville exotique et méridionale. Qu'elle ait été la capitale des ducs ne signifie rien, à mon sens. Ce n'est que le résultat des calculs politiques de dynasties féodales davantage tournées vers la Loire que vers la Basse-Bretagne.

    Rattacher Nantes à la Bretagne me semble même être un danger pour la survie économique de la zone bretonnante. L'axe Renne-Nantes (qui sera de toute façon attiré par Paris) ne risque-t-il pas de marginaliser l'ouest ? Il est vrai qu'il vaut mieux, comme vous le suggérer, séparer les métropoles de leur environnement pour sauver ce qui reste de culture régionale.

    Enfin, je suis en désaccord sur la lecture que vous faites des résultats, certes impressionnants, de Christian Troadec aux élections européennes. Ce vote ne concerne en effet que le cœur de la Basse-Bretagne, il est apparu dans cet environnement très spécifique, et il n'intéresse guère au delà. Non seulement les électeurs de cette région ne se soucient pas du rattachement de Nantes à la Bretagne, qui n'est qu'une obsession nationaliste, mais M.Troadec ne pourra jamais sortir de cette géographie électorale pour partir à la conquête de la Bretagne entière.

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  3. Bonjour Jean,

    J'avais écrit un long texte en réponse que mon navigateur Internet a supprimé à mon plus grand désespoir.

    Aussi, je vous répondrai plus succinctement dans le temps que je dispose : je suis en accord avec vous sur la réalité vécue de la Haute Bretagne et je pense que le nationalisme breton sera amené, un jour, à faire un choix entre nationalisme ethno-culturel et nationalisme étatique féodal.

    Pour autant, si je reconnais largement que Nantes est une ville importante pour l'Anjou, la Vendée, la Mayenne, qu'elle est pour dire les choses une ville de l'Ouest de la France, entre Gironde et Loire, je constate tout de même une relative légitimité de la Bretagne en ces lieux également.

    Bref, c'est la raison pour laquelle je pense que la métropolisation est idéale, nous pouvons faire de Nantes un bien commun entre provinces limitrophes, une ville indépendante où irait étudier la jeunesse des villes moyennes régionales, mais pas plus : nous devons cesser de faire des métropoles régionales des aspirateurs à dynamisme, tout comme Paris le fut pour la France entière auparavant.

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  4. Bonsoir,

    Le choix du mouvement breton est fait depuis le début du XXième siècle : c'est celui du féodalisme anachronique. Pouvait-on demander à un nationalisme qui n'est qu'un loisir identitaire pour bourgeois rennais et nantais d'agir autrement ? En pratique, ce positionnement conduit à la haine de tout ce qui fait l'originalité de la Basse-Bretagne. Il m'est arrivé plusieurs fois de lire sur des forums des interventions où des internautes se réjouissaient de la disparition de la frontière linguistique. On serait enfin débarrassé des divisions internes : pour l'unité de la Bretagne, le breton doit disparaître ! Quand les nationalistes passent à la description des bretonnants, on touche quasiment au racisme avec leurs tirades sur les illettrés édentés et alcooliques...

    Toute l’œuvre du nationalisme n'est que gesticulation, il y a beaucoup plus urgent à faire que de décider de la façon dont on doit nommer Betton ou Fougères en « vrai breton ». Il est évident qu'on peut être breton sans parler la langue, mais là où celle-ci décline, les autres marqueurs de bretonnité en font autant. À mon sens, l'identité bretonne est en perdition dans le Sud-Vannetais où le breton est moribond : certains jeunes autochtones croient que le c'h se prononce [k] et que les bretons sont les habitants du Finistère. C'est là qu'il faut regagner du terrain, pas dans les zones qui ont bretonné sporadiquement au IXème siècle.

    Pensez-vous qu'il serait pertinent de créer une collectivité territoriale séparée pour la Basse-Bretagne ?

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