mercredi 23 juillet 2014

La contre-allée Bernard-Hinault ne sera pas : ouf !

Une excellente initiative dont je doute qu'elle soit prise pour de bonnes raisons mais qui peut permettre une réflexion sur les dénominations des espaces publics.

Pau : Bernard Hinault n'aura pas d'allée à son nom


- Bernard Hinault n'a aucun lien avec la ville de Pau. Certains arguent de la mythologie autour du Tour de France, c'est réduire la capitale du Béarn à bien peu de choses ...

Avec tout le respect que l'on doit à la mythologie populaire depuis Roland Barthes, et malgré toute la passion que j'ai pour les courses cyclistes, ancrer dans l'espace public une référence à ce qui n'est qu'un événement médiatique annuel fait la preuve d'une dispersion quant à ce qu'est la culture et une confusion des genres. Nous sommes dans le même esprit que les écoles Pierre-Perret ou René-Goscinny (que j'adore tous les deux).


- Il est avancé que Bernard Hinault serait toujours vivant et non éligible à voir une rue, en l'espèce une contre-allée, baptisée de son nom. Cela est de peu d'importance.

Ce qu'il faut remettre en question, c'est bien entendu la manie française de prendre en otage le monde que nous vivons, notre espace géographique, par l'hommage obsessionnel aux Grands Hommes. C'est une mode née sous la Révolution, qui prit des proportions ahurissantes avec les noms révolutionnaires de nombreuses communes. Mont-Marat, Jean-Jacques-Rousseau, Commune-Franklin, ...

La volonté a toujours toujours été la même : effacer l'ancien substrat, annihiler les restes de l'ancien monde. Si les communes ont retrouvé leur nom bien souvent (et si nous avons récupéré le calendrier grégorien), les dégâts ont été terribles depuis 230 ans : nos villes sont composées essentiellement d'avenues Foch, de boulevards Thiers, de cours Victor-Hugo, de rues de la République, de places Charles-de-Gaulle.

Partout, la même uniformité française, du moindre village à la plus grande métropole. Une mort dans l'actualité qui provoque quelque émotion ? On s'empresse de débaptiser une place ou une venelle. Notre espace public est devenu le lieu des luttes idéologiques, de la mémoire officielle, de la bien-pensance.


- Il faut retrouver les anciennes appellations, un peu partout. Cela sera l'occasion pour les habitants des villes et ailleurs de renouer avec leurs rues, de s'approprier la géographie de leur cité. Appellations qui reflètent un ancien monde (les fameuses "places du Marché"), rappellent les anciennes langues parlées avant le français, sont tout simplement intuitives et descriptives (pour aller à Tarbes, c'est la "route de Tarbes").

Ainsi, dans le cas palois, ce n'est pas seulement la contre-allée Bernard-Hinault (l'écrire suffit à provoquer l'hilarité) qui se doit de ne jamais être, c'est la place de Verdun qu'elle devait toucher qui doit retrouver son véritable nom : elle est la "Haute Plante" des Béarnais et le sera toujours.

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