samedi 1 novembre 2014

Le "barrage" de Sivens : quelques questions

Pas d’accent. C’est le constat qui est le mien depuis que je suis, via les médias, la question du barrage de Sivens. Barrage, au demeurant, est un bien grand mot pour ce qui n’est en fait qu’une retenue d’eau d’un kilomètre et demi sur le Tescou mais j’y reviendrai. Sur cette seule phrase, on va me dire que je dévoile déjà mon opinion sur le sujet, dès l’introduction alors que je ne vais avoir de cesse de me vouloir prétendument neutre : non, même pas, lisez donc.



I – Un constat

Pas d’accent. Ce n’est pas un défaut rédhibitoire, il y a des gens estimables sans accent du Sud-Ouest, c’est même pour certaines de mes amies un atout charme supplémentaire. Mais s’agissant d’un projet d’envergure à peine locale, dont on attendrait qu’il oppose des gens du cru, l’on pouvait espérer que l’accent tarnais, qui n’a pas tout à fait disparu, parvienne pour une fois à passer le crible des médias.

Les CRS sont évidemment des fonctionnaires, mobiles, et en tout état de cause, ils sont muets. Leur expression est, disons, plutôt physique … Du côté de la militance écologique, le phrasé rhétorique comme le goût vestimentaire s’inscrivent nettement dans la lignée d’une internationale écologique, la même qui a investi l’Ariège dans les années 70 ou ultérieurement la vallée d’Aspe.

Je n’ai, à titre personnel, de sympathie immédiate, ni pour les uns, ni pour les autres. D’un côté, j’ai en horreur la violence policière, bien que je concède qu’il s’agisse là d’une des prérogatives de l’État dans le maintien de l’ordre. De l’autre côté, je suis incapable de la moindre empathie à l’endroit des « néos » à la sociologie politique adolescente, quand bien même je partagerais leur souci de protection de la Nature.

Bref, dans l’affaire de Sivens, je cherche les locaux, les premiers concernés, les aborigènes. J’ai donc scruté la moindre apparition de l’accent. Aucune chance qu’il ne débarque dans la bouche du conseiller général du Tarn chargé du dossier, qui parle un français politique policé, aussi bien pour justifier le projet que pour le suspendre, ce en quelques jours. Mais au détour d’un reportage radio, j’ai enfin entendu des gens du « Tar » : il s’agissait de l’un des agriculteurs qui localement aurait bénéficié du projet de retenue d’eau.

Ma lecture par l’accent est évidemment parcellaire et biaisée mais elle a au moins le mérite de replacer intuitivement la question dans un contexte. Du coup, pour me faire une opinion éclairée sur le sujet, qui passe outre les clichés dont je n’ai pas la prétention de croire que je n’y serais pas soumis, j’attends des réponses précises à des questions que je ne vois jamais posées.

II – Des questions

 Mes questions sont les suivantes :

- Quelle est la structuration économique des exploitations agricoles bénéficiaires d’une retenue d’eau sur le Tescou ?

Je n’ai pas de données sur ce point. Mon intuition est que, conformément à ce qui se pratique dans le SO, il ne doit pas s’agir de grandes propriétés comme dans le Nord de la France. J’ai la sensation que les médias ne fouillent pas cette question par ignorance de la diversité agricole de la France.

Non pas d’ailleurs que cela changerait grand-chose à la légitimité du projet, sur laquelle je n’ai pas d’opinion, mais à tout le moins, cela permettrait d’échapper à des schèmes français tout « beaucerons » qui ne conçoivent les agriculteurs que comme d’importants céréaliers.

Au demeurant, je ne conteste pas les dérives locales céréalières. Elles sont réelles. Pas plus que je ne doute des collusions avec le monde politique, toujours très servile quand il s’agit d’aider les coopératives au rayonnement régional.

Reste que faire le procès de l’agriculture intensive par le bout de la chaîne, la construction d’une retenue d’eau, ne me semble pas très rationnel. Pour peu d’ailleurs que ladite agriculture soit véritablement intensive. Au demeurant, le maïs peut-il échapper à une relative intensivité de sa culture ? J’en doute.

- Pour quelle raison un projet somme toute banal, d’ampleur même modeste en comparaison d’autres réalisations, en tout état de cause foncièrement local, est-il devenu le point de ralliement de la militance écologique nationale ?

Je n’ai aucune donnée sur ce point non plus. Je suppute un travail de fond sur des années. J’ai vu chez moi la création du lac du Gabas, sur 213 ha, contre les maigres 42 ha projetés dans le Tarn pour le barrage de Sivens. Pourquoi le méga projet béarno-bigourdan est-il passé sans trop d’opposition quand le projet tarnais bloque ?

Il est probable qu’aux fins de mobiliser, la zone humide du Tescou ait eu plus d’importance que la vallée du Gabas qui serpentait dans un paysage de landes à touyas. Mais il est tout aussi probable que nous avons là l’action du hasard dans la cristallisation d’un conflit après Notre-Dame-des-Landes (qui n'a pas grand chose à voir).

En tout état de cause, on ne m’explique pas les raisons qui font que « Sivens » est devenu un emblème dans la mouvance écologiste.

-  C’est quoi une zone humide ?

On m’en parle depuis une semaine maintenant, mais c’est quoi ? C’est pas humide une retenue d’eau ?

Je dis ça en plaisantant, mais à moitié seulement. Car en fait, la nature est plus forte que nous, elle sait réutiliser nos créations. Une retenue d’eau, c’est par exemple une invitation pour les oiseaux à venir y nidifier.

Les documents techniques préexistant à la déclaration d’utilité publique traitent fatalement de cette question, sous la forme d’un bilan coût-avantage. Telle espèce va pâtir que l’on noie une partie de la vallée, telle autre au contraire va se réinstaller. La législation est aujourd'hui suffisamment contraignante.

-  Le tribunal administratif, anyone ?

Les recours ne sont certes pas suspensifs mais une collectivité ne s’engage pas à débuter les travaux si c’est attaqué en justice, du fait du risque de devoir tout remettre en état. Beaucoup d’actes peuvent s’attaquer devant le TA compétent, notamment la DUP. On en est où ? Ils ont attaqué ?

III – Mon avis
 
Bref, une fois de plus, je suis mal informé sur des points pourtant cruciaux du débat. Je ne parviens donc pas à me forger une opinion définitive même si sur certains points, j’ai des idées assez nettes :

-  Contrairement à ce que l’on entend, il n’y a pas eu faillite de la démocratie, puisque le projet a fait l’objet d’un débat politique au sein de la seule institution légitime pour voter le projet en question, le conseil général.

La démocratie locale est une réalité, et ce n’est pas parce que ce qui est voté déplait qu’il faut s’asseoir dessus, quand bien même ainsi qu’exposé précédemment, l’on peut dénoncer certaines collusions.

Il y a dans la mouvance écologiste un substrat internationaliste, jamais loin du jacobinisme français. Je crois en sus que ladite mouvance communique très mal en singeant ce qui s’est fait dans les décennies précédentes, jusque dans les oripeaux les plus ridicules (un nouveau Larzac …).

Je pense que sont beaucoup plus efficaces des mouvements qui naissent de la base, au sein même des agriculteurs, comme on le constate au Pays Basque français où l’opposition à la Chambre d’Agriculture de Pau attise les passions et renforce le mouvement abertzale. Cela exige un travail sur plusieurs décennies, avec des précurseurs notamment, qu’il convient d’identifier pour les soutenir.

On dira : oui, certes, mais l’agriculteur tarnais est aliéné, il ne sait plus où sont ses intérêts. Soit, mais ce n’est certainement pas en le frustrant dans ce qui est un projet dont la finalité est avant tout sa subsistance qu’il pourra le comprendre. Et si cela provenait de gens du cru, ayant dépassé la supposée aliénation qu’on leur diagnostique, le discours passerait éminemment mieux. Car la forme importe largement sur la bonne tenue du débat.

Au fond, on en revient à l’accent, qui est loin d’être anodin : la militance écologique a pris en otage un projet dans un esprit somme toute colonial, avec l’idée d’un ordre public écologique qui passerait outre la volonté locale, cette dernière étant illégitime à leurs yeux. Elle l’est d’ailleurs probablement, au regard de leurs critères, et ceci je le comprends tout à fait.

Reste qu’on ne fait de la politique par des coups d’éclat permanents, qu’elle est aussi affaire de débats d’idées, de tendances lourdes et qu’il est probablement contre-productif de s’aliéner les derniers agriculteurs alors même que par leurs difficultés quotidiennes, ils sont susceptibles sur le moyen terme, à cette génération ou la prochaine, de s’ouvrir à d’autres conceptions, ce qu’ils font déjà d’ailleurs.

-  Au-delà de tout ceci, je ne comprends toujours pas ce qui s’est passé. C’est peut-être là le seul point sur lequel j’ai fermement une opinion : comment est-il possible que la mise en eau d’une petite partie de vallée non habitée dans le Tarn suscite à ce point l’indignation ?

Tous les ans, en France, des millions de m² sont bouffés par l’étalement urbain, l’extension infinie des zones commerciales, phénomène quasi unique en Europe à ce stade. C’est là un phénomène de bitumisation autrement plus grave que la création d’une retenue d’eau dans le Tarn pour irriguer le maïs, qu’il sera toujours possible de rendre à la nature dans 40 ou 50 ans.

Je ne vois pas de militants écologistes faire le siège des zones commerciales qui sortent de terre, des lotissements de maisons jaunes à désormais parfois plus de 50km du centre-ville d’une grande ville. Pire, je constate que certaines personnalités politiques pourtant étiquetées « Verts » inaugurent sans problème des zones commerciales inutiles en proche banlieue bordelaise. Taxe professionnelle …

Le mouvement écologiste, à tout le moins une partie de celui-ci, préfère des mouvements d’éclat au fait de préparer les esprits pour l’avenir. Il est toujours plus facile d’exploiter l’exaltation des jeunes de 20 ans …

9 commentaires:

  1. D'accord sur le manque de lien avec les gens du cru (à la différence par exemple de la lutte contre la LGV ou pour EHLG en Pays Basque), mais si le Tarn est comme le Béarn actuel en termes de mort de la paysannerie et d'uniformisation des campagnes par le modèle industriel du maïs hybride F1 et de la vache Holstein, cette lutte locale ne peut que compter sur des renforts extérieurs, même si ces derniers ont l'accent des langues d'oïl. Je te laisse voir la carte des votes aux européennes de cette année dans le Tarn. À part un petit secteur autour de Lavaur, le Tarn n'est plus qu'une banlieue périurbaine de Toulouse, et il faut chercher loin vers l'Aveyron ou la vers la Montagne Noire pour trouver une ruralité non encore déracinée et noyée dans le vote FN.

    D'accord aussi sur la différence de traitement de l'artificialisation ordinaire des terres, mais c'est un autre débat qui n'enlève en rien l'intérêt de lutter contre ce barrage.

    Il y a deux choses sur lesquelles tu me sembles faire fausse route:
    - une zone humide et un lac de barrage ne sont pas comparables. Une zone humide c'est un terrain gorgé d'eau (temporairement ou en permanence) qui suit une définition écosystémique précise, et qui est aussi entre autres un tampon face aux inondations, un soutien d'étiage, et un réservoir de faune et de flore loin d'être inutiles à une agriculture paysanne. Vouloir substituer un barrage à une zone humide pour soutenir l'étiage, c'est comme remplacer ta main droite par des tenailles: tu y auras perdu en fonctionnalité, en souplesse d'usage, en polyvalence, et en authenticité.

    - le caractère démesuré, inutile et imposé du projet. Pour en avoir un peu plus de détails, je te propose de regarder cette lettre ouverte au Président du Conseil Général du Tarn, par le vice président (lui aussi élu local) de la région Poitou Charente (elle aussi touchée par la sécheresse estivale)
    http://www.eauxglacees.com/Sivens-lettre-ouverte-a-Thierry
    "Monsieur Carcenac. Vous expliquez que les exploitations moyennes concernées, pourraient irriguer environ 40 hectares chacune grâce au 1,5 millions de mètres cubes stockés dans le barrage de Sivens.

    Contrairement à ce que vous dites, la grande majorité des surfaces qui seraient irriguées grâce ce projet (cf : enquête publique) sont des surfaces en maïs ! Pour irriguer 1 hectare de maïs hydride, il est nécessaire de mobiliser, en moyenne 2 000 m3 d’eau. Ce barrage permettrait donc l’irrigation d’environ 800 hectares de ce maïs. Pour une moyenne de 40 hectares par exploitation, le projet ne peut donc que concerner environ 20 exploitations !

    Ce qui signifie qu’un projet de 8,5 millions d’euros, d’argent public, pour stocker de l’eau, ne va bénéficier qu’à 20 exploitations agricoles, parmi celles d’ailleurs les mieux dotées en aides publiques de la PAC ! Belle logique vertueuse ! En gros, sans trop caricaturer, 20 exploitations agricoles, parmi les mieux dotées d’aides publiques de la PAC, vont se voir attribuer une nouvelle aide publique indirecte d’un peu plus de 400 000 euros chacune ! 400 000 euros qu’elles ne peuvent pas financer seules et qui pourtant vont servir à irriguer une plante, parait-il très rentable, à laquelle elles ne peuvent donc renoncer, et qui justifie donc la réalisation de ce barrage.

    Qui parlait de bon sens paysan ?"

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  2. et plus loin dans le texte:
    "Ne devriez-vous pas, Monsieur Carcenac, puisque ce changement climatique vous tracasse visiblement, accompagner, avec autant d’argent public, un modèle agricole qui, d’une part, renonce aux substances de synthèse et qui, d’autre part, redécouvre les vertus d’une agronomie qui sait s’en affranchir en mobilisant les ressources parfaitement gratuites et inépuisables que sont, l’azote atmosphérique, le carbone, la lumière, la vie des sols, etc. ?

    Ne devriez-vous pas intégrer, qu’avec autant d’argent public fléché vers cette activité économique, il est urgent de restaurer un contrat moral décent avec la société civile, avec les contribuables, et faire en sorte que ces 70 % d’espaces occupés par l’agriculture soient des espaces de séquestration du carbone, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, tant l’usage massif de ces substances de synthèse (la France reste le premier utilisateur mondial de pesticides, en dose par hectare ! source ONU) ont dévasté la vie et donc, la fertilité, et par conséquent, la faculté des sols à séquestrer le carbone ?

    Les prairies humides semblables à celles que vous dévastez sur le Testet sont d’ailleurs unanimement reconnues comme de remarquables puits de carbone, contrairement à la pratique du maïs, qui elle, émet du carbone ! Ces deux paramètres fondamentaux, sont parfaitement occultés dans les différents scénarii de Garonne 2050 ! Et c’est pourtant là que sont les plus grandes marges de manoeuvre pour lutter contre le changement climatique, plutôt que dans une posture fataliste, passive, qui ne prend pas le sujet à bras le corps, et qui préfère les fuites en avant en tentant de résoudre des équations, impossibles à résoudre justement !

    Comment pensez-vous, au motif de ce changement climatique, pouvoir répondre à des augmentations de températures, associées à des régimes hydrographiques sévères, nécessitant l’irrigation toujours plus exigeante des cultures vidées de toute rusticité par la sélection génétique de plantes homogénéisées et standardisées, à partir d’une ressource de plus en plus rare, et pour laquelle les priorités de gestion en bon père de famille restent, d’abord l’eau potable, ensuite le bon état des milieux et enfin l’irrigation (article 2 de la loi sur l’eau) ?

    Le stockage de l’eau n’est donc pas la bonne réponse ! Même Garonne 2050 le dit !

    Savez-vous, Monsieur Carcenac, qu’avec autant d’argent public, vous pourriez soutenir un modèle agricole, basé sur l’agronomie, apte à limiter et s’adapter au changement climatique, sachant s’affranchir des substances de synthèse (engrais & pesticides), sachant produire, oui, PRODUIRE, en s’appuyant sur des ressources parfaitement gratuites et inépuisables, préparant l’après pétrole, préservant les équilibres, les ressources et l’eau en particulier, la biodiversité (sauvage et domestique, animale et végétale), le climat et la santé ?"

    Voir également http://www.eauxglacees.com/Sivens-Testet-la-face-cachee-de-l qui en apprend de belles sur la nature réellement démocratique du projet.

    Un lecteur Basque, paysan et écolo.

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  3. Lorsque je les vois à la télévision, je reconnais sans peine les opposants au barrage. Ils existent depuis très longtemps, symptômes de la décadence des sociétés de tout temps, un célébrissime général avait je crois trouvé leur bonne dénomination: la chienlit. Elle est de gauche, un mélange de hollandisation de la pensée et d'extrême gauche. Car comment pourrait-on penser qu'un barrage qui permet d'irriguer des cultures est inutile. Domestiquer la nature est indispensable. Les opposants qui siègent sur place ne travaillent pas, ce sont des parasites de notre société qui vivent à nos crochets d'aides de toutes sortes, du Rsa et qui ont donc le temps de rester sur le terrain, sales et chevelus, car ce sont des no life, des fainéants, des contre tout, ils sont contre une société que leur paresse leur interdit de gravir. L'hiver arrive, le froid, la neige et je rigole déjà de leur départ, la queue entre les jambes tandis que les travaux reprendront. Vous le verrez dans quelques années le barrage sera en place, avec de magnifiques cultures autour. Les gens se baigneront dans le lac, il y aura quelques restaurants, une petite base nautique et nos chers parasites seront ailleurs avec leur tentes, leur triste déguaine et pas un sou en poche, le Rsa dépensé en shit, en bière ou autre fumisterie qui leur vont si bien.

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    1. Il me semble qu'il ne faut confondre les mickeys écolos et les casseurs qui ont provoqué l'émeute à Sivens.
      Les premiers sont des gamins des classes moyennes périurbaines en instance de fac, socialisées, hypersociales. Dégoûtantes de sociologie.
      Les seconds constituent une engeance bien plus intéressante puisque décidée à faire valoir des valeurs au mépris de la vie, démarche dominatrice sauf si elle se heurte à la gendarmerie mobile. Là se trouve le parasitisme dissolvant que vous désignez, les hordes, certainement pas dans l'écologisme bien intégré des milieux de classes.
      Ces gens là seraient digne que l’État leur offre des rizières sur des kilomètres, non cette aimable cuvette, réplique du machin privatif creusé par papa dans le pavillon crépis rosé en bordure de rocade.

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    2. "Car comment pourrait-on penser qu'un barrage qui permet d'irriguer des cultures est inutile."
      Comment pourrait-on le penser? Tout simplement en analysant la situation: quels sont les besoins réels, quel est le coût financier du barrage, quel est son impact sur le milieu. Je vous renvoie aux deux textes que je cite plus haut. On peut aussi réfléchir plus loin et se demander si on ne ferait pas mieux de promouvoir une agriculture authentiquement paysanne, qui coûte moins cher, bousille moins nos ressources, et permet de faire vivre plus de gens au pays, plutôt que de continuer dans l'impasse de la maïsiculture actuelle à la rentabilité catastrophique et qui ne peut exister que grâce aux aides. Ceux qui pompent le plus l'argent des contribuables ne sont pas ceux qu'on croit. Mais les sbires de la FNSEA aiment bien pleurnicher et se faire passer pour des victimes, alors que le rapport de forces actuel est très largement en leur faveur et qu'à chaque manif ils font des dégâts énormes en toute impunité. Là aussi qui paye pour leurs conneries: c'est nous.

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    3. Le maïs, ça pousse bien. C'est une plante qui se plait bien dans les latitudes du SO. Le système économique derrière, soit, il est à revoir, à contester, mais ferait-on vraiment autre chose ? Un agriculteur bio tarnais peut-il se permettre de refuser de collecter les eaux pluviales ?

      Très franchement, ce n'est qu'un bassin pour garder les eaux pluviales de l'hiver et du printemps. Construit sur une zone inhabitée. D'une taille ridicule en comparaison d'autres réalisations (cf Eslourenties). Qui reviendra à la nature, comme je le constate en Béarn où les lacs collinaires sont nombreux dont l'un sur des terres pour lesquelles ma famille a été expropriée.

      L'aliénation par le tout-maïs, soit, mais à mon sens, il vaut mieux accompagner cette aliénation (par exemple les paysans, via les conditions drastiques de compensation écologique que le cahier des charges impose, prennent conscience de leur milieu naturel) que de la brusquer et de renforcer une orientation sociologique naissante.

      Le débat devait se faire lors de l'enquête d'utilité publique, c'est là qu'un mouvement régional qui s'intéresse à l'aménagement du territoire peut venir débattre. Une fois que la collectivityé a tranché, consciente des coûts et des avantages, cela sert à rien de venir jouer aux Petetin à dreadlocks.

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    4. Il y a maïs et maïs. La question n'est effectivement pas l'espèce en elle-même mais le schéma dans lequel elle s'inscrit.
      Les variétés cultivées depuis le XVIème siècle n'ont jamais eu besoin d'irrigation: Rouge d'Astarac, Grand Roux Basque vers chez nous au Pays Basque et en Gascogne, Millette du Lauragais ou maïs Lacaune vers le Tarn, et d'autres ailleurs. Et ça servait autant aux paysans (pour faire la cruchade ou les talo) qu'aux bêtes, c'était rustique, c'était diversifié, ça ne demandait pas d'arrosage ni de kit de traitements phyto, et ça tenait au corps.
      Quand on les a remplacées par des hybrides F1 à partir des années 1950, c'était toujours du maïs botaniquement parlant, mais beaucoup de choses ont changé, non seulement sur le coût écologique et financier de cette culture et sur sa qualité protéique et gustative, mais aussi dans la vision du métier, dans le rapport à la terre, dans le rapport au pays. On est passé dans un autre système. Et dans la génération née après-guerre, on a progressivement cessé de parler gascon, et l'euskara a perdu beaucoup de terrain. Les deux ne sont pas juste concommitants, ils sont liés à la même logique d'uniformisation, culturelle et culturale.
      La chance qu'on a ici en Pays Basque c'est qu'on a été longtemps "en retard" sur cette "modernisation", et que du fait de n'avoir pas complètement foutu en l'air notre paysannerie on se retrouve aujourd'hui mieux à même de répondre aux défis futurs que poseront le climat, l'énergie et les inquiétudes des consommateurs.
      Alors comme tu le dis, là où cette aliénation existe, il vaut sûrement mieux accompagner plutôt que de braquer. Mais cet accompagnement doit se faire dans la bonne direction et dans l'intérêt de nos gosses, dans des choses plus diversifiées, plus sobres, plus solides, plus rentables, pas dans un truc à 8.5 millions d'argent public pour 20 fermes qui ne sert qu'à repousser l'échéance de la sortie de l'impasse de l'agro-industrie.

      Bien sûr qu'on peut faire de la paysannerie avec du maïs, mais dans une autre logique, en retrouvant du bon sens, et sans besoin de faire des barrages.
      Et bien sûr qu'on peut aussi faire autre-chose, et en Pays Basque en tout cas on en parle de plus en plus, pour adapter la paysannerie au changement du climat et aux sécheresses plus fréquentes à venir. En fourrager: du sorgho, plante à cycle plus court et qui tient le coup en cas de sécheresse. Et pour la consommation: du blé, qui contrairement au maïs n'a pas besoin d'autant d'eau au moment de l'année où il y en a le moins. On est d'ailleurs en train de redévelopper la filière blé panifiable en Pays Basque. N'oublions pas que depuis 50 ans la polyculture paysanne a été quasi exclusivement remplacée par du maïs hybride F1 et de la vache laitière, alors que le blé y était une culture multiséculaire.

      Quant à l'enquête d'utilité publique, elle aurait une valeur si elle était faite honnêtement. Quand les décisions sont prises sur une étude d'impact bidon, quand l'Etat et le département se renvoient la patate chaude, et quand tout ce projet est émaillé de conflits d'intérêts crasseux dignes des républiques bananières, l'enquête d'utilité publique a moins de valeur que le papier sur lequel on l'imprime.
      Tu dis "Une fois que la collectivité a tranché, consciente des coûts et des avantages" sauf que ce tranchage là se fait malheureusement sur des bases pourries. Du coup quel choix nous reste-t-il?

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    5. Revoir le texte-ci dessous, et cliquer sur les liens qu'il donne.
      http://www.eauxglacees.com/Sivens-Testet-la-face-cachee-de-l
      "l’avenir sera tout sauf radieux : la suppression des Conseils généraux va provoquer le transfert de l’essentiel de la réalité de leurs pouvoirs aux "métropoles", institutions encore plus opaques, encore plus clientélaires, encore plus perméables, soumises aux intérêts privés plus puissants, plus urbains, plus centralisés, ceux des « partenariats public-privé », qui achèveront de balayer ce qui demeure d’une action publique sans cesse mise à mal par les odes à la "modernité"...

      Tous les fonctionnaires en police de l’eau connaissent les cas de collègues qui, ayant refusé d’émettre un "avis favorable" au massacre d’une petite rivière par une Installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE), ont été démis de leurs fonctions sur le champ, alors que leurs arguments techniques étaient en béton et qu’ils se sont révélés exacts par la suite, quand l’avis favorable a été émis par des arrivistes sans scrupules sur une étude d’impact bidon.

      Et ne parlons pas du scandale énorme des avis "réputés favorables" ! Il suffit à l’Etat d’affecter de moins en moins d’agents à la police de l’eau, comme c’est le cas depuis la RGPP et la MAP. Ils n’ont pas le temps d’analyser toutes les études d’impacts ICPE, et comme au CDH (CoDERST maintenant), "Sans réponse dans le délai imparti, l’avis est réputé favorable"... Ce n’est pas pour rien que la ressource en eau et la biodiversité sont à présent complètement dégradées et qu’il y a des pollutions accidentelles !

      Dans un très proche avenir, avec les « chocs de simplification », « chasse aux normes », expérimentations de « permis unique » et autres démantèlements de pans entiers du droit de l’environnement, les « dossiers Sivens » çà va hélas devenir la norme…

      Mais c’est pas grave puisque les travaux des mêmes brillants sujets, qui ont inventé le mantra "Eviter, réduire, compenser", grâce au transfert d’un demi-crapaud, de trois libellules et de deux ombellifères dans un fossé à quinze kilomètres de la zone de guerre permettront de poursuivre les hostilités..."

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  4. @ laborari:

    le grand roux n'est pas attaqué par les insectes et n'est pas envahi par les mauvaises herbes? Si c'est vrai je suis preneur..........
    sinon vous allez le désherber comment? avec la paire de boeufs?
    et comme cette année ou même des maïsculteurs intensifs ont eu des poussées d'herbe tardives, la maïs étant haut empéchant toute intervention ?

    ce n'est pas si simple.......

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